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Le Medef menace les négociations chômage

21 avril 2016 | Mise à jour le 15 février 2017
Par | Photo(s) : DR
Le Medef menace les négociations chômage

Le 19 avril, Pierre Gattaz a lancé un ultimatum au gouvernement : il supprime les rares amendements au projet de loi « travail », ou le patronat suspend sa participation aux négociations Unedic en cours.

C'est sa conception du « dialogue social » : faites ce que je veux, tout ce que j'exige et rien d'autre, ou les privés d'emploi en paieront le prix lourd. Ce 19 avril, à l'issue d'un conseil exécutif du Medef, Pierre Gattaz a lancé une « mise en garde solennelle » au gouvernement : la loi dite « travail » doit demeurer identique en tout point à ses exigences.

Sinon, si le gouvernement cède sur certains points, et même si la philosophie du texte est maintenue (avec de facto « un Code du travail différent par entreprise » soumis au rapport de forces dans chacune d'elle), alors le patronat suspendra sa participation aux négociations en cours sur l'assurance-chômage.

EXIGENCES ET ULTIMATUM

« Il n'est plus question aujourd'hui de continuer à faire semblant, à travailler dans une logique absurde de “donnant-donnant” », assène le patron des patrons. En clair, on continue à donner au Medef ce qu'il demande – qu'il s'agisse de finances ou de droits des salariés – ou bien les privés d'emploi paieront.

Ainsi, le patronat exige-t-il la suppression du compte personnel d'activité (CPA) ; celle de la surcotisation sur les contrats courts (CDD) qui laissent des milliers de salariés dans la précarité et font supporter les conséquences des politiques des entreprises à la solidarité nationale ; et le retrait du projet de mandatement syndical pour négocier dans les PME.

PRÉCARITÉ ET BUDGET DE L'UNEDIC

Or, précisément, c'est bel et bien la précarité (contrats courts, temps partiels, etc.) qui pèse déjà sur le budget de l'Unedic et nourrit son déficit (aujourd'hui proche de 25 milliards d'euros cumulés), de même que l'explosion du nombre de « ruptures conventionnelles » ces dernières années.

Mais Gattaz fils, à l'instar de Gattaz père, exige que la loi permette de précariser davantage – notamment en laissant aux employeurs la possibilité de licencier sans entraves et en faisant porter les « risques » par les salariés – au prétexte que cela permettrait de créer de l'emploi. C'est la fameuse formule qui se transmet de père en fils dans la famille patronale selon laquelle les licenciements d'aujourd'hui créeraient les emplois de demain. Mais l'histoire a prouvé le contraire, et il est temps de changer de méthode.

L'ANNONCE DE VALLS

En recevant les organisations de jeunes, le 11 avril dernier, Manuel Valls a entrouvert une porte, espérant dégonfler le mouvement intersyndical et intergénérationnel contre le projet de loi « travail ». Il a ainsi annoncé l'inscription dans cette loi d'une surcotisation obligatoire des contrats courts. Une bonne nouvelle, que le patronat rejette donc.

Mais il a en même temps invité syndicats et patronat à envisager, dans la négociation sur l'assurance-chômage, l'hypothèse d'une modulation des cotisations patronales, laquelle pourrait signifier une diminution du taux de cotisation sur les CDI. La surtaxation des CDD serait ainsi compensée financièrement pour les employeurs, et l'Unedic demeurerait sans recettes supplémentaires.
Propositions syndicales

À l'inverse, la CGT, qui souhaite aussi étendre les droits des privés d'emploi, insiste sur la politique de recettes de l'Unedic. Elle met en lumière la nécessité de surcotisation des contrats courts, ce que revendique du reste l'ensemble des organisations syndicales. Elle réclame aussi une contribution sur les ruptures conventionnelles…

LES FAUX-FUYANTS DU MEDEF

Souhaitant restreindre les droits des privés d'emploi, afin de ne pas devoir augmenter les dépenses du régime, le Medef ne cesse depuis l'ouverture des négociations de tergiverser, de remettre en cause les droits des intermittents… comme pour que ces négociations n'aboutissent pas.

C'est dans ce contexte que Pierre Gattaz a lancé son ultimatum au gouvernement et n'hésite pas à « prendre en otages » (formule qui lui est chère) les privés d'emploi, à l'approche de l'ouverture du débat parlementaire sur la loi « travail » le 3 mai prochain.

De quoi, pour le gouvernement, laisser entendre que finalement il ne serait pas tant que ça adoubé par le Medef, qu'il ne cesse pourtant de servir. « Le gouvernement est convaincu qu'il y a un équilibre qui a été trouvé dans ce texte, et cet équilibre, on le défendra. Ce n'est pas un ultimatum du Medef qui va peser sur le débat parlementaire ou sur l'engagement du gouvernement », commente ainsi Matignon.

Reste que le patronat menace. Mais aussi que les salariés et les jeunes ne se laissent pas abuser, et que la mobilisation intersyndicale, avec les organisations de jeunes, est loin de décroître. Prochain rendez-vous le 28 avril.