24 avril 2026 | Mise à jour le 24 avril 2026
À l’issue du congrès de la Fédération CGT des activités postales et des télécommunications (
FAPT) qui s’est tenu du 20 au 24 avril, Romain Boillon, secrétaire général nouvellement élu, évoque pour NVO.fr les enjeux et perspectives de la mandature à venir. Un mandat qui doit faire face à la crise d’envergure subie par le secteur : la revente de l’opérateur SFR à ses trois concurrents.
Quel bilan tirez-vous du congrès qui vient de s'achever ?
C'était un beau congrès, avec beaucoup de débat. Il y avait 60 % de primo-congressistes ce qui est très positif. C'était sous une forme particulière, sur deux sites, entre Montreuil et Paris, mais ça a permis à beaucoup de découvrir la Bourse nationale du travail qui est un bâtiment remarquable et le siège de la CGT.
Il y a eu plusieurs moments marquants, comme la table ronde sur le droit à la communication qui, en réunissant la FERC, la Filpac, la Métallurgie, l'audiovisuel, et même la FSE avec un représentant de CapGemini, nous a fait réaliser que la communication était un droit dont tous ces corps de métiers sont garants d'une manière ou d'une autre. Et qui appelle donc une action globale et coordonnée pour la défendre. On sentait dans ce congrès des camarades qui ont envie de travailler les uns avec les autres, quels que soient les murs des entreprises qui les séparent, et de se retrouver pour vraiment avancer tous ensemble et porter autre chose.
Quels seront les enjeux principaux de la mandature qui s'ouvre ?
À l'issue du congrès, pratiquement 80 % du secrétariat général a été renouvelé, pour le bureau confédéral c'est plus de 50 %. Donc le premier enjeu sera de trouver une nouvelle organisation collective, en travaillant à partir des orientations qui ont été dégagées pendant le congrès. Ensuite, notre mission, sera de recréer des sections syndicales sur tous les lieux de travail, parce qu’on sait que sans organisation, sans syndiqués impliqués, c’est très compliqué de créer du rapport de force.
Donc on voudrait que chaque syndiqué soit le vecteur de la CGT, mais ça va demander beaucoup de ténacité, beaucoup de réflexion sur notre structure de base, qu’ils soient des syndicats, en territoire, dans chaque département, pour questionner leur rôle, pour aider justement ces sections syndicales à fonctionner. Ça passera notamment par la formation syndicale des jeunes militants, qui sont très en demande sur ce point. On aimerait également avoir une stratégie plus offensive pour les élections professionnelles, pour faire gagner la CGT grâce à une dynamique revendicative.
La vente de SFR sera aussi certainement un chantier d'envergure…
Oui, on y était préparés parce que ça date un peu, l’idée de consortium entre Orange, Bouygues et Free pour racheter leur quatrième concurrent. Drahi a accepté l'offre de 20 milliards et, pour le moment, ça reste encore flou, on n’a pas tous les détails des découpages. Ce qu’on sait, c’est qu’il y a au minimum 8 000 salariés de SFR qui ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il faut qu’on soit proche de ces salariés-là, que la CGT s'implique dans le dossier.
En outre, ce sont 8 000 au bas mot, parce qu’il va y avoir des répercussions en cascade. Déjà, on sait qu’il y a des entreprises, des centres d’appel qui ne font pas partie de l’offre, mais avec lesquels SFR va arrêter son partenariat. Il y aura aussi des doublons sur les services des autres opérateurs Orange, Bouygues Télécom et Free, qui ne pourront pas absorber tout SFR.
Donc à mon avis, sur une fourchette haute, 20 000 emplois peuvent être facilement menacés dans cet épisode-là. Il faut donc qu'on s'attaque à ce dossier par le prisme de la filière télécom et pas entreprise par entreprise. Il faut aussi qu'on ait le suivi de l’État et du gouvernement. On a besoin aujourd’hui, au-delà de l'emploi, de construire une planification sur les télécoms, d'aborder d’une réflexion à long terme.
Quelle forme ça pourrait prendre ?
Il y a des exemples concrets. On a reçu par exemple des représentants de la marie d'Echirolles, en Isère. Ils ont monté, eux, un système interne à la mairie avec leur propre réseau autonome. Ils sont indépendants des GAFAM, ils sont indépendants des quatre opérateurs. Ce sont eux qui ont les données stockées dans leurs propres clouds et serveurs, à une époque où les datas sont presque aussi chères que l’or ou le pétrole.
Leur démarche amène de la perspective, car ils ont démontré qu’à l’échelle d’une commune, on pouvait trouver de la souveraineté. La mairie a réalisé 2 millions d’euros d'économies en mettant en place un projet de long terme. Ça pose la question aujourd'hui : est-ce qu’on peut mettre en place ce système-là à l’échelle d’un pays ? Pourquoi pas.