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DROITS DES FEMMES

Agressions sexuelles, pénibilité au travail, maladies professionnelles : la CGT organise une journée d’étude sur la santé des femmes au travail

13 mars 2026 | Mise à jour le 13 mars 2026
Par | Photo(s) : Bapoushoo
Agressions sexuelles, pénibilité au travail, maladies professionnelles : la CGT organise une journée d’étude sur la santé des femmes au travail

La journée sur la santé des femmes au travail le 12 mars 2026.

Alors que les femmes représentent 48,5 % de la population active, la dégradation de leurs conditions de santé physique et mentale au travail reste encore invisibilisée. Quelques jours après la journée des droits des femmes, la CGT a organisé, le 12 mars, une journée d'étude pour en faire l’état des lieux, et tracer des pistes vers la mise en place d'environnements de travail enfin égalitaires.

« Cette société s’est habituée à ce que les femmes s’adaptent au travail alors que cela devrait être au travail de s’adapter aux réalités qu’elles vivent et qu’elles subissent. » C'est sur ces mots de Nawel Benchlikha, secrétaire de l'Union régionale CGT Île-de-France (Urif), que cette journée d'étude sur la santé des femmes au travail s'est ouverte jeudi 12 mars. Une première pour le syndicat, qui souhaitait mettre à l'ordre du jour une problématique trop souvent ignorée.

Pourtant, les chiffres ne manquent pas et dressent un état des lieux glaçant. Au cours de l'année passée, une femme sur cinq a fait l'expérience d'au moins un fait de violence dans le cadre de son travail. 25 % des agressions sexuelles se font sur le lieu de travail tandis que dix viols ou tentatives de viols ont lieu chaque jour dans le cadre de l'environnement professionnel. Des statistiques qui « existent mais ne sont pas exploitées », regrette Nawel Benchlikha, et qui ne se limitent pas aux violences sexistes et sexuelles.

Transport de charges lourdes, risque d'infarctus, troubles musculosquelettiques… Dans son rapport annuel sur les risques professionnels, l'Assurance maladie observe que, depuis 2001, les accidents du travail ont continuellement augmenté chez les femmes (+26 %), alors qu'ils ont largement diminué pour les hommes sur la même période (-40 %). « Pendant longtemps, la santé au travail a été pensée autour d’une norme prétendument universelle, celle du travailleur moyen. Mais ce modèle n’a rien de neutre, puisqu'il correspond en réalité à un profil masculin », dénonce la secrétaire de l'Urif.

Alors que des outils, comme la médecine et l'inspection du travail, existent en théorie pour pallier ces carences, les intervenantes de la table ronde ont souhaité rappeler la nécessité pour les travailleuses de faire valoir leurs droits. Par exemple, Valérie Barca, directrice d'étude dans une société de conseil sur la santé, la sécurité et les conditions de travail, malgré le passage d'un décret qui étend désormais à cinq ans (au lieu de deux) le délai possible entre ces deux visites « d'information et de prévention », souligne qu’il est possible de « demander à tout moment une visite durant cet intervalle de temps pour demander des adaptations de postes en raison d'une pathologie ».

Elle regrette aussi un manque de demande explicite de la part des représentants du personnel pour creuser la spécificité genrée des conditions de travail. S'il ne s'agit pas d'un déficit d'intérêt, selon elle, « c'est peut-être parce que les élus ne savent pas qu'on a cette possibilité de travailler sur cette thématique. »

Diffuser les connaissances

Car c'était là l'un des enjeux principaux de cette journée d'étude : faire en sorte que les personnes syndiquées sachent comment et à quel moment défendre une adaptation genrée de leurs conditions de travail.

Sarah Lakbal, du syndicat CGT des Eaux de Paris, autre membre de la table ronde, a rappelé que depuis 2014, le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) qui permet d’assurer la sécurité et de protéger la santé des salariés, doit inclure une disposition genrée dans ses préconisations. « Ce document est obligatoire et le CSE doit être consulté pour sa rédaction. C'est un bon moyen, à ce moment-là, de mettre en visibilité les risques spécifiques aux travailleuses, sachant qu'un refus de l'employeur de consulter le CSE dans ce cadre doit être justifié », a-t-elle complété.

Nazli Nozarian, inspectrice du travail dans l'Essonne, a de son côté rappelé des dispositions du Code du travail, moins connues mais pourtant essentielles pour assurer des conditions de travail décentes aux travailleuses. « Peu de femmes le savent mais pour les mamans qui allaitent par exemple, l'employeur est dans l'obligation de fournir un local adapté. À l'inspection du travail, c'est dans notre champ d'action, et en cas de non-respect, on peut mettre en demeure l'employeur. »

Il en va de même pour les jeunes stagiaires ou apprenties qui sont en droit de saisir l'inspection du travail en cas de violences sexistes et sexuelles. Elles sont trop peu à le faire par peur de perdre une expérience professionnelle essentielle à la validation de leur diplôme ou de perdre un revenu vital. « Il faut qu'elles sachent qu'il existe des solutions pour les protéger. Il peut y avoir un maintien de leur revenu et un accompagnement de la part du centre de formation pour leur permettre de retrouver une autre entreprise en cas de suspension de leur contrat d'origine », a réaffirmé l'inspectrice du travail.

Une intersectionnalité des discriminations

Si les jeunes femmes qui entrent sur le marché du travail sont particulièrement vulnérables aux VSS ou forcées à effectuer des tâches dangereuses dans le cadre de leur travail du fait d'un manque de communication autour de leurs droits, elles ne sont malheureusement pas les seules.

Parmi les femmes présentes dans l'assemblée, elles sont nombreuses et de tous profils à avoir souhaité témoigner de situations complexes, notamment pour des femmes à l'intersection de plusieurs discriminations. La fille, en situation de handicap, de Dominique Hautier, hôtesse de caisse, travaille dans un établissement d'accompagnement par le travail (ESAT). « Malgré son statut de salariée, ma fille ne rentre pas dans le champ de la convention collective, s'insurge-t-elle. Si je ne m'investissais pas un minimum dans le CSE de l'entreprise, personne ne prendrait en compte son mal-être et ses besoins. »

Zohra Abdallah, secrétaire de l'union locale de Sevran a, quant à elle, souhaité parler de la situation des travailleuses sans-papiers qui sont nombreuses à la solliciter.  « Leur situation de précarité les exposent à des employeurs qui n’hésitent pas à exiger des faveurs sexuelles en échange de maintien de leurs droits. Cette réalité est celle d’un chantage intolérable rendu possible par l’exploitation et la peur. Ces situations ne sont pas des cas isolés. Elles révèlent une organisation du travail qui invisibilise les femmes, minimise les violences et laisse prospérer le sexisme à tous les étages », s'est-elle indignée.

Des pistes d'améliorations

Malgré ce constat alarmant, des pistes sont explorées pour améliorer les conditions de travail des femmes. Des changements qui finissent par bénéficier à l'ensemble des travailleurs, comme à la RATP où la mise en place d'un congé spécial d'ordre médical facilite le retour au travail des agents atteints d'affections fonctionnelles et motrices affectant leur capacité de travail. Gaëlle Andres, membre de la commission exécutive de l'Ugict-CGT à la RATP s'en est félicitée : « C'est un dispositif qui permet d'aménager le temps de travail, notamment pour les femmes atteintes d'endométriose. Mais c'est une amélioration qui profite à tous. On s'est battus pour l'avoir et aujourd'hui cela bénéficie même aux hommes qui ont un cancer de la prostate par exemple. Ce n'est pas un dispositif qui serait stigmatisant pour les femmes et qui pourrait créer de la jalousie ».

Une façon de défendre les droits des femmes et leurs conditions de travail en incluant chacun, et une approche nécessaire à l'heure où les acquis sociaux se rétrécissent et où la lutte pour les préserver doit être collective.