10 avril 2026 | Mise à jour le 10 avril 2026
Le mardi 31 mars, la filiale française de l'entreprise belge transnationale de transport Ziegler a été placée en liquidation. En condamnant près de 1400 emplois, la fermeture des sites la société en France vient illustrer une stratégie plus large de démantèlement menée par son patron Alain Ziegler.
La décision est tombée au tribunal administratif de Lille à la fin du mois de mars : l'entreprise belge Ziegler, qui se présente sur son site internet comme « un architecte du transport et de la logistique », est placée en liquidation. Si cette décision intervient après quatre semaines d'observation, les salariés des différents sites de Ziegler commençaient à se poser des questions depuis plusieurs mois. Retour sur une liquidation qui ne semble pas découler de simples problèmes financiers.
Des derniers mois remplis de doute
À Bayeux, en Normandie, l'entreprise Ziegler est installée depuis longtemps – d’abord, sous le nom de Chatel, l'une des filiales du groupe belge. Il y a neuf mois, le P-DG y inaugurait même un nouveau bâtiment. « Pendant cette cérémonie d'inauguration, Alain Ziegler, le grand patron, s'était même déplacé et avait rappelé que Ziegler se portait très bien, qu'il n'y avait aucun souci », raconte Cédric Surire-Boutry, secrétaire général de l'union locale CGT de Bayeux. Ce nouvel entrepôt, massif et doté des dernières technologies, témoignait alors de la confiance de l'entreprise, qui ouvrait au même moment d'autres nouveaux locaux dans toute la France. Malgré tout, certains indices laissaient déjà entrevoir quelques difficultés. Cédric Surire-Boutry ajoute : « L'entrepôt en question était très standard ; il n'y avait pas les équipements prévus et, finalement, il aurait pu servir à n'importe quelle autre entreprise de transport. » Un bâtiment déjà prêt à l'emploi pour toute autre société donc.
Quelques mois plus tard, l’inquiétude monte sérieusement chez les salariés. Julien Jeannette, représentant CGT de Ziegler Bayeux, explique : « À partir de novembre et décembre, on nous a fait comprendre qu'il y avait de grandes difficultés, mais qu'un nouvel actionnaire allait arriver pour soutenir l'entreprise. » En janvier, pourtant, aucune nouvelle de cette reprise hypothétique. Peu à peu, actionnaires, clients et fournisseurs se raréfient et s’éloignent vers la concurrence. Début mars, les salariés sont informés du placement de l'entreprise en redressement judiciaire avec une période d'observation d'un mois. Le 31 mars, le jugement tombe : la filiale française du géant des transports est placée en liquidation. Une fin brutale, sans un mot d'Alain Ziegler, pas même une excuse auprès des employés qui se sont rapidement organisés au niveau national pour agir en justice contre ces licenciements. « Il y a une action collective en préparation. On s'organise tous par message ; la CGT devrait aussi attaquer Ziegler et le CSE Normandie a mandaté un avocat pour contester les motifs de la liquidation. »
Une stratégie claire
Si les salariés sont sous le choc de cette annonce, ce n'est pas la première fois que l'homme d'affaires belge justifie une liquidation par des problèmes financiers. Récemment, l'entreprise C2L Transport avait été rachetée par Ziegler avant que certaines branches soient elles aussi placées en liquidation pour les mêmes raisons quelques mois ensuite.
Dans le cas de Ziegler, certains montages financiers laissent planer un doute sérieux sur les causes de cette liquidation, et le caractère accidentel de cette dernière ou non. Julien Jeannette raconte ainsi que « Ziegler a déplacé 20 millions d'euros vers l'une de ses holdings à l'étranger en novembre ou décembre, alors qu'au même moment le groupe était censé rechercher de nouveaux actionnaires. » Un mouvement qui met en lumière la structure même du groupe : celui-ci est entièrement organisé en succursales louant différents services Ziegler, ce qui permettrait de fermer certaines branches jugées moins rentables. Certains des bâtiments neufs, ouverts récemment en France, semblent d’ailleurs avoir déjà trouvé (eux) des repreneurs.
« La partie immobilière avait été vendue à des sociétés immobilières, qui ont ensuite été rachetées par d'autres sociétés, mais dans lesquelles on retrouve Alain Ziegler dans les directions », témoigne Cédric Surire-Boutry. Une stratégie financière légale apparemment, mais jugée trompeuse par les employés, qui se retrouvent seuls face aux conséquences, certains sans mutuelle, celle-ci n'ayant pas été payée par l'entreprise belge. Julien Jeannette, très mobilisé auprès des salariés de Bayeux, évoque une sorte de sidération : « Tant que la lettre de licenciement n'est pas arrivée, on ne réalise pas vraiment. Beaucoup de salariés commencent seulement à comprendre tout ce qu'ils devront gérer dans les prochains mois. »
Les près de 1 400 licenciements représentent un bouleversement majeur, dans un secteur du transport déjà fragilisé, notamment par la hausse du prix du gazole. Pour les salariés, l'affaire est loin d'être terminée : des rassemblements continuent d'être organisés et des députés ont été contactés afin de donner à cette liquidation une visibilité nationale.