30 janvier 2026 | Mise à jour le 30 janvier 2026
Dans son premier rapport annuel, l'Observatoire des droits de l'enfant dresse un état des lieux préoccupant et chiffré des difficultés auxquelles les mineurs français font face. Un constat préoccupant et pourtant sous-évalué selon l'organisme, notamment par manque de statistiques sur les populations les plus vulnérables.
Pauvreté, mal-logement, accès aux soins… Dans son tout premier rapport, publié ce jeudi 29 janvier, l'Observatoire des droits de l'enfant, plateforme de l'UNICEF, passe au crible les enjeux principaux des droits et du bien-être des enfants en France actuellement. Sur les plus de 70 indicateurs mesurés par l'organisme, une écrasante majorité enregistre seulement des progrès faibles, voire très faibles. Pire, certains pointent au contraire en direction d’une dégradation de la situation. Ainsi, parmi les constats les plus alarmants, après des décennies de baisse, la mortalité infantile remonte. Elle est passée de 3,5 pour mille en 2011 à 4,1 pour mille en 2024. Autre augmentation préjudiciable, celle de la pauvreté infantile : en dix ans, elle a augmenté de 2,6 points de pourcentage, atteignant son niveau le plus élevé depuis 1996. 21,9 % des enfants vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté.
Des données supplémentaires viennent encore assombrir le panorama. À la fin de l’été 2025, 2 159 enfants étaient restés sans aucune solution d’hébergement après un appel au 115, et en 2024, 34 enfants sans domicile sont décédés dans la rue, selon le comptage de l’Observatoire.
« Une demande très claire aux pouvoirs publics »
Pour Silvia Molinari, cheffe du pôle recherche à UNICEF France, l’objectif premier de ce rapport inédit est de chiffrer la réalité pour empêcher les pouvoirs politiques de détourner le regard sur ce sujet d'intérêt général. « Le levier principal de ce rapport, c’est vraiment de mettre en lumière les manques et de chiffrer les besoins actuels. Et c’est à partir de cela qu’on peut aller identifier les solutions les plus adaptées. La demande faite très clairement aux pouvoirs publics, c’est de repositionner l’enfance au cœur du débat pour que ça devienne vraiment la boussole des politiques publiques. »
Elle constate avec dépit que la protection des droits des enfants n'est, aujourd'hui, « absolument pas » la priorité du gouvernement actuel et espère mobiliser les pouvoirs publics afin de pallier un manque de statistiques criant qui empêche la protection des mineurs, notamment étrangers et dans les territoires d'outre-mer.
Disparités
Si la situation globale des mineurs est tendue, tous les enfants ne sont malheureusement pas logés à la même enseigne. Dans son rapport, l'UNICEF révèle en effet de fortes disparités territoriales, estimant que le taux de mortalité infantile est deux fois plus élevé en Outre-mer qu’en Hexagone. À Mayotte, le taux atteint 9,5 pour mille contre 4 pour mille en métropole. « C’est un décalage qu’on voit en fait sur presque toutes les thématiques. Ça revient encore une fois de la priorisation, enfin plutôt de l'absence de priorisation politique, qu’on fait des territoires des Outre-mer », constate amèrement Silvia Molinari.
L'UNICEF appelle donc à la création d'un ministère dédié spécifiquement aux droits des enfants. Un « premier pas » pour la responsable du pôle recherche, qui permettrait de coordonner au niveau national des politiques de protection, et qui viendrait outiller et coordonner les associations de terrain pour permettre de sensibiliser au mieux parents et enfants sur leurs droits. À l'approche des élections municipales et présidentielles l'année prochaine, l'UNICEF souhaite remettre la protection de l'enfance au cœur du débat public.
Noah Gaume