À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT
Conquis social

« Coup de poignard », « 49.3 parlementaire »... la colère et la mobilisation de la CGT après le passage en force des partisans du travail le 1er-mai

10 avril 2026 | Mise à jour le 10 avril 2026
Par et | Photo(s) : BAPOUSHOO
« Coup de poignard », « 49.3 parlementaire »... la colère et la mobilisation de la CGT après le passage en force des partisans du travail le 1er-mai

Mobilisation de la CGT près de l'Assemblée nationale le 10 avril 2026.

Ce vendredi 10 avril, au prix d’une manœuvre peu glorieuse, les députés macronistes, de droite et du RN ont enjambé tout débat sur leur volonté d’étendre le travail le 1er-mai pour le renvoyer devant une commission. La gauche est ulcérée. La CGT, qui avait organisé un rassemblement aux abords de l’Assemblée nationale dans la journée, a dénoncé le stratagème et dit sa détermination à préserver ce conquis social.

Les députés ont rejeté vendredi 10 avril le texte autorisant le travail de certains salariés le 1er-Mai… mais à la demande des macronistes pour contourner « l’obstruction » de la gauche et accélérer son parcours législatif. « Coup de poignard », a dénoncé la CGT. Déposée par le groupe de Gabriel Attal (Ensemble pour la République), cette motion de rejet tactique a été adoptée par 120 voix contre 105. Les quatre groupes de gauche s’y opposant tout comme le MoDem, hostile à la manoeuvre plus qu’au fond du texte. Insuffisant toutefois contre le reste de l’hémicycle, des macronistes jusqu’au Rassemblement national.

Exit donc les quelque 140 amendements à discuter avant la fin des débats à 17H30, le camp gouvernemental s’attendant ce que la gauche laisse à dessein s’enliser les débats. Le texte est donc renvoyé immédiatement devant une commission mixte paritaire députés-sénateurs (CMP), qui pourrait avoir lieu mardi 14 avril à 16H30 selon une source gouvernementale, avant un dernier vote dans chaque chambre. Ses soutiens espèrent ainsi avancer rapidement et appliquer le texte dès le 1er mai 2026.

« Je comprends la position exprimée par toutes les organisations syndicales pour préserver ce symbole auquel je suis, moi aussi, attaché », a affirmé auprès de l’AFP Jean-Pierre Farandou, promettant de veiller « personnellement à y exclure les supermarchés et les hypermarchés ». Le contenu précis du décret d’application fera l’objet de discussions avec les partenaires sociaux.

Dénonçant une forme de « 49.3 parlementaire », la gauche s’est insurgée. Des députés allant de LFI jusqu’au PS ont même entonné debout La Marseillaise, puis l’Internationale, alors qu’étaient rassemblés aux abords du Palais Bourbon plusieurs dizaines de manifestants rejoints par la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. Une mobilisation à laquelle s’était rendu NVO.fr.

Insoumis, socialistes et écologistes ont dit leur intention de saisir le Conseil constitutionnel contre le texte s’il était définitivement adopté.

« Le volontariat n’existe pas »

L’objectif de cette proposition de loi, déjà adoptée au Sénat, est de permettre l’autorisation pour les salariés de certains commerces de travailler le 1er-mai. Si le code du travail établit que « le 1er-mai est jour férié et chômé », il admet qu’un artisan boulanger ou un fleuriste puisse ouvrir ce jour-là mais en ne comptant que sur lui-même ou sur les membres de sa famille. Pas question de miser sur ses salariés ce jour-là.

Le débat a été relancé l’an dernier après que des boulangers en Vendée, en Charente et à Paris s’étaient émus de contrôles inopinés suivis d’amendes pour avoir fait travailler des salariés. De très rares cas, abondamment montés en épingle depuis par les partisans de l’extension du travail le 1er-mai. La CGT n’a relevé, dans un communiqué, que cinq procès-verbaux sur environ 35000 points de vente dans le pays en 2024 et ce pour… aucune sanction effective, les procédures se concluant toutes par une relaxe devant le tribunal de police.

La proposition de loi prétend clarifier les règles et « permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler », en l’espèce « des commerces de bouche de proximité » comme les boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries, fleuristes et établissements culturels (cinémas, théâtres). Payés double, seuls les salariés soi-disant « volontaires » seraient concernés et « le refus de travailler le 1er-mai ne constitue pas une faute ou un motif de licenciement », affirme encore le texte. La CGT y voit au contraire, dans son communiqué, « un texte dangereux qui permet d’étendre tous azimuts l’ouverture le 1er mai » et ce, via de multiples dérogations.

Volontaires… vraiment ? « Le volontariat ça n’existe pas », a critiqué près de l’Assemblée Natalie Huyghe, employée en jardinerie de 57 ans, et syndiquée CGT. « Si ça marche, ça va s’étendre à tous les corps de métier », s’est aussi alarmée Hadjia Djebbar, militante de 62 ans.