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Analyse

Demande de placement en redressement judiciaire : à Fonderie de Bretagne, « le couperet vient de tomber »

29 juin 2026 | Mise à jour le 29 juin 2026
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Demande de placement en redressement judiciaire : à Fonderie de Bretagne, « le couperet vient de tomber »

À la Fonderie de Bretagne, soixante années de savoir-faire industriel et 266 emplois directs sont aujourd'hui menacés.

À peine un an après son rachat par Europlasma, la Fonderie de Bretagne est sur le point de faire l’objet d’une procédure de redressement judiciaire. Les salariés dénoncent l'échec d'une reprise marquée par des investissements insuffisants et des promesses restées sans lendemain.

Un an après sa reprise par Europlasma, la Fonderie de Bretagne (FDB) replonge. Selon un communiqué de la CGT diffusé en fin de semaine dernière, la direction serait sur le point de se lancer dans une procédure de redressement judiciaire pour cessation de paiement. « Malgré les alertes successives, depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, le couperet vient de tomber », déplore le syndicat, qui affirme n’avoir « jamais été pris au sérieux » par le repreneur.

Les représentants du personnel sont convoqués à un comité social et économique (CSE) extraordinaire, mardi 30 juin, afin d’officialiser cette décision.

Pour les 266 salariés du site de Caudan, dans le Morbihan, c'est à nouveau la douche froide… Longtemps spécialisée dans la fabrication de pièces automobiles, la Fonderie de Bretagne avait été reprise en 2025 par le groupe landais Europlasma, qui promettait de diversifier l’activité du site en le tournant vers l’industrie de la défense, avec la fabrication de corps creux d’obus.

Mais, sur le terrain, le projet n’a jamais réellement pris forme. Personne n'a vu un seul obus sortir de l'usine. Pour la CGT, les difficultés de la reprise trouvent leur origine dans le profil même du repreneur, « on a affaire à un financier [Jérôme Garnache-Creuillot] qui ne connaît rien à l’industrie. C’est Bercy qui l’a trouvé pour nous reprendre alors que ce n’était absolument pas son domaine », affirme Maël Le Goff, délégué syndical sur le site industriel.

L’objectif affiché par Europlasma était pourtant ambitieux : répondre à la forte demande en corps creux d’obus que les Forges de Tarbes, autre filiale du groupe, ne parvenaient plus à satisfaire, tout en maintenant l’activité historique de fonderie.

Des investissements jugés très insuffisants

À peine relancé, le site a été frappé par un important incendie au début de l’année 2026. Depuis, la production n’a jamais véritablement repris. L’arrêt, qui ne devait durer que le temps des réparations, s’est prolongé jusqu’à aujourd’hui.

Pour autant, l’incendie n’explique pas, à lui seul, l’échec de la reprise. Les représentants des salariés dénoncent également un manque d’investissements. Le plan industriel prévoyait une montée en puissance rapide de la production de corps creux d’obus : 250 000 unités la première année, puis 700 000 à terme.

« Au final, on en a fabriqué zéro depuis le début », affirme Maël Le Goff. « On ne fait rien depuis le début, on est au chômage. On a fait des pièces pour Renault mais pour lui rien. Il dit toujours que c'est de la faute des autres, mais c'est juste que personne n'a confiance en lui », affirme le syndicaliste.

Alors même que l'échec de la reprise peut s'expliquer par le manque d'investissement dans l'outil industriel de la part d'Europlasma. « On s’est servi de l’enveloppe laissée par Renault pour financer des investissements. Mais l’industriel n’a mis que 4 millions d’euros », dénonce Maël Le Goff. Bien loin de la promesse faite par le groupe lors de la reprise, qui s'était pourtant engagé à investir près de 15 millions d'euros sur trois dans la modernisation du site. Aujourd’hui, les salariés en appellent à l’Etat pour protéger un site industriel stratégique.

Une situation financière inquiétante

La santé financière d’Europlasma n’incite guère à l’optimisme. Malgré une forte progression de son chiffre d’affaires, à 70,4 millions d’euros, le groupe a enregistré une perte nette de 35,5 millions d’euros. Selon Les Echos : « les commissaires aux comptes à être dans l’impossibilité de certifier les comptes annuels et consolidés de l’exercice ».

Pendant ce temps, les salariés du site de Caudan disent surtout leur lassitude face à une succession de promesses non tenues et d’incertitudes : « Il y a un ras-le-bol général, même du dégoût envers Europlasma, Bercy et tous les politiques. On est à un mois des congés et on ne sait même pas si nos salaires seront versés mercredi », lâche Maël Le Goff.