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Santé au travail

Eaux de Paris : grève illimitée pour la compensation du risque amiante

26 février 2020 | Mise à jour le 28 février 2020
Par | Photo(s) : DR
Eaux de Paris : grève illimitée pour la compensation du risque amiante

Grève des agents d'Eau de Paris pour que la compensation aux risques d'exposition des agents aux fibres d'amiante et aux hydrocarbures aromatiques polycycliques prévue en 2014 soit appliquée. Paris, le 25 février 2020

Mardi 25 février, 100 % des agents d'Eau de Paris sont entrés en grève illimitée pour obtenir des compensations à l'exposition au risque amiante, notamment le doublement du congé de fin de carrière.

Trop longtemps contenue, la colère des deux-cents agents d'eau de Paris a fini par éclater, mardi 25 février, pour la deuxième fois en six ans. En 2014, déjà, ils avaient fortuitement découvert que 30 % des 1700 km de conduites souterraines sur lesquelles ils travaillaient au quotidien étaient amiantées et qu'ils étaient ainsi exposés depuis des années aux particules d'amiante et aux HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) contenus dans le revêtement des conduites.

À l'époque, ils avaient saisi leur CHSCT qui avait déclenché un droit d'alerte resté sans suites. Après quoi, les agents, avec le soutien de leurs syndicats (CFTC-CGT-FO-Solidaires), avaient mené une grève de cinq jours pour dénoncer des atteintes graves à leurs conditions de santé et exiger la prise en compte, par des compensations qui restaient à négocier, de leur exposition au risque amiante.

Les expertises confirment le danger des expositions à l'amiante

Cette première étape du conflit social s'était soldée par quelques avancées : des expertises et analyses, à la demande de la Ville de Paris, avaient été effectuées. Elles avaient toutes confirmé les expositions à l'amiante et aux HAP. Toutes avaient également conclu à la dangerosité de l'exposition des agents à ces particules et préconisé des mesures de protection et prévention.

Six ans de négociations, qui n'aboutissent à rien

En conséquence, la Ville et la Régie avaient doté leurs agents de tenues et de masques de protection permettant de limiter l'exposition aux particules d'amiante et HAP. En revanche, s'agissant des mesures compensatoires à l'exposition réclamées par l'intersyndicale, rien n'a jamais été négocié, alors que la Ville et sa régie de l'eau s'y étaient pourtant engagées.

« On revendiquait et on revendique toujours le doublement du droit au congé de fin de carrière pour le porter de 1,5 à 3 ans, ce n'est pas grand-chose, mais depuis 2014, on bute sur des pseudo-négociations qui n'aboutissent à rien », explique Henri Bousquet. Le délégué syndical CGT d'eau de Paris s'agace de ce qu'il considère comme des manœuvres dilatoires, qui s'enchaînent depuis six ans alors que nombre de ses collègues sont morts prématurément ou sont atteints de cancers.

Compenser les atteintes avérées à la santé

D'où cette nouvelle grève, votée par 100 % des agents et soutenue par une intersyndicale très soudée. Et d'autant plus unitaire que la revendication portée concerne rien de moins que le dédommagement d'un déficit de l'espérance de vie des salariés exposés à des dangers avérés. « Ce qu'on réclame est tout à fait à la portée de la Ville de Paris, ça n'a rien d'exagéré pour une régie qui dispose de dix millions d'euros provisionnés à son budget et qui, depuis son retour dans le giron public en 2010, a réussi le double exploit de réaliser des bénéfices tout en diminuant de 8 % le prix de l'eau facturé aux usagers », affirme Henri Bousquet.

Quoi qu'il en soit de la modestie comme de la légitimité de cette revendication du doublement du congé de fin de carrière — en sachant qu'il ne s'applique qu'à partir de 40 années d'ancienneté, pour ceux qui y parviennent… — eau de Paris et la Ville semblent jusqu'ici rechigner à y concéder.

Vers un printemps des luttes

Mais, dans le contexte des élections municipales de mars et du débat parlementaire sur la réforme des retraites rejetée par plus de 60 % des Français, les agents d'Eau de Paris considèrent disposer d'une fenêtre de tir pour faire aboutir leur revendication de 2014.

« Hier, premier jour de grève, la direction d'eau de Paris a refusé de nous recevoir, mais nous propose un calendrier », indique Henri Bousquet. Un calendrier qui pourrait bien faire le printemps de la lutte des agents d'Eau de Paris.

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