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Coronavirus : même confinés on peut agir

Frédéric Dayan
25 mars 2020 | Mise à jour le 25 mars 2020
Par | Rédacteur en chef adjoint
La crise des masques n’a pas fini d’enfler tant elle est d’abord une crise politique. Elle jette le doute et fait perdre toute confiance dans la manière dont l’exécutif gère cette crise qu’il aurait pu prévoir depuis le début de l’épidémie à Wuhan.  Qu’il aurait dû anticiper en renouvelant les stocks stratégiques destinés aux pandémies. La crise fait aussi tomber les masques des gouvernements précédents dont les décisions calamiteuses ont fait fondre en sourdine un stock de plus d’un milliard de masques et dépouillé le système de santé.

Les fantassins en blouses blanches, vertes et bleues ne nous demandent pas seulement de rester confinés pour les aider à combattre l’épidémie. Ils crient aussi leur détresse. Ils ont plus que jamais besoin de moyens pour travailler bien, pour soigner bien. Hors depuis le début de cette épidémie, avec les acteurs de la santé en ville, ils ont le sentiment d’être de la chair à canon. Dans leur combat contre la pandémie, ils reçoivent chaque soir le soutien de la population confinée qui applaudit et crie aux fenêtres des villes. Si ces manifestations témoignent à la fois d’un besoin de solidarité entre voisins cloîtrés, d’une gratitude vis-à-vis des personnels directement engagés, elles sont aussi la marque d'un attachement bien connu et toujours fort à un service public malmené. Ce soutien du public qu’on avait mesuré à travers les sondages depuis un an est d'autant plus fort que toute la chaîne du soin apparaît aujourd'hui fragilisée par des années de coupes claires, de fermetures de lits, de budgets déficitaires, de suppressions de postes et maintenant, de pénurie de médicaments aussi banals que du paracétamol, de masques.

Cette crise sanitaire majeure met en lumière l’absurdité de notre politique industrielle. On l’a vu évidemment dès les premiers jours de l’épidémie en Chine qui a très tôt et très vite paralysé des pans entiers de notre industrie. Au point que les tenants du libéralisme ont couru les plateaux de télé pour nous parler de démondialisation, de relocalisation. Qu’il s’agisse des masques, des médicaments, des tests de dépistage, tout comme du matériel médical, l’épidémie révèle des gâchis inacceptables. Ainsi, notre capacité de fabrication de masques est aujourd’hui réduite, alors qu’on a appris qu’une usine bretonne, Honeywell, fabricant de masques respiratoires a fermé son site de Plaintel (Côtes-d'Armor) en septembre 2018. Cette même année, c’est le groupe Luxfer qui entamait la fermeture de la seule usine européenne de fabrication de bouteilles de gaz respiratoires. De la même manière, il serait absurde de laisser fermer le sous-traitant pharmaceutique FAMAR à St-Genis-Laval placé en redressement judiciaire en juin 2019 « 'unique usine enregistrée pour délivrer le marché français en Nivaquine (Chloroquine) » , rappelle la CGT.

C’est de la seule responsabilité des pouvoirs publics, de sauver et faire repartir ces industries nécessaires à notre souveraineté, tout comme à l’économie des bassins d'emploi. Face à ces gâchis, confinés que nous sommes depuis plus d’une semaine, nous ne pouvons nous contenter de constater et regretter. Nous avons la possibilité d’agir pour faire pression sur les pouvoirs publics en signant et en relayant les pétitions adressées au gouvernement pour sauver Luxfer ou celle pour exiger du ministère de la Santé qu’il donne les masques et les protections  aux personnels de soins en première ligne.

Et quand Covid-19 sera passé, l’heure des comptes viendra tout comme viendra le temps de se remobiliser pour l’hôpital et exiger les moyens d’un système de santé à la hauteur d’un pays riche comme le nôtre. En attendant, nous pouvons faire plus qu’applaudir et crier à nos fenêtres, nous pouvons aussi revendiquer, dialoguer sur les réseaux sociaux, convaincre, informer, agir en citoyens 2.0.