22 avril 2026 | Mise à jour le 22 avril 2026
Par
Emil Dromery | Photo(s) : Jean-Louis Zimmermann © CC BY 2.0
Samedi 18 et dimanche 19 avril, des salariés de l’UGC Les Halles, célèbre cinéma multiplex au cœur de Paris, se sont mis en grève quelques heures pour demander une augmentation des salaires et des effectifs. Ils dénoncent de surcroît le mépris de la direction face à leurs revendications. Le mouvement, qui a débuté en décembre, est soutenu par la CGT Spectacle, l'Union départementale de Paris et la SNEC-CGT.
Samedi 18 et dimanche 19 avril, premier week-end de vacances pour la zone parisienne… et pic de fréquentation au cinéma. L’action – une grève de quelques heures à chaque fois – avait été bien pensée, selon le modèle décliné lors des premières journées de lutte. Les travailleurs et travailleuses de l'UGC Les Halles, premier cinéma du monde avec 2 599 667 entrées en 2025, s'étaient en effet déjà mobilisés à deux reprises, en décembre puis au début de mars, déjà en plein cœur du week-end, pour demander une hausse des salaires et de meilleures conditions de travail, ces dernières étant décrites comme « pas soutenables » dans un communiqué publié par le groupe de grévistes créé pour l’occasion et nommé Ciné en colère.
Une stratégie de désordre
Des événements ponctuels, donc, mais qui se répètent sur le temps long. Voilà le plan mis en place par les salariés pour éviter de perdre trop de salaire, eux dont les postes sont très précaires. « On a réfléchi à la stratégie qui était la plus efficace pour porter leurs revendications, pour être entendus par la direction et pour mettre en place le démarrage des négociations », explique Salomé Gadafi, secrétaire générale adjointe de la CGT Spectacle. Se mobiliser de loin en loin permet aussi de provoquer un effet de surprise maximum au sein de la direction. Cette dernière, pour sa part, ne fait pas un pas vers les salariés, se contentant d’organiser des réunions d'information. « On espère que ça va donner quelque chose et qu’il y aura de réelles négociations d’ouvertes », ajoute Salomé Gadafi.
Mais la surprise a fait long feu : ces moments de lutte inopinés ont suscité une réaction de défense de la part de la direction du cinéma. En effet, les responsables ont commencé – après la première journée de grève de décembre – à recruter de nouveaux employés, en CDD, afin d’être capables, le cas échéant, de combler les effectifs diminués par les grévistes. Ce week-end, des directeurs de cinémas UGC partenaires à celui des Halles sont même venus pour aider les équipes non participantes au mouvement à tenir la cadence infernale imposée par le cinéma le plus visité du monde. Des pratiques qui s’apparentent à du cassage de grève, alerte la CGT. « On est sur le coup, ce sont des pratiques qui nous semblent plus que dénonçables », ajoute Salomé Gadafi.
Si cette lutte a débuté à la seule initiative des salariés, elle est, depuis la deuxième journée de mars, accompagnée par la CGT, à travers la fédération Spectacle, l'Union départementale de Paris et le SNEC-CGT (Syndicat national de l’exploitation cinématographique). Un changement marquant qui montre une action prête à s’inscrire dans le temps, et traduisant la détermination des salariés. Pour Salomé Gadafi, le soutien du syndicat « permet de construire la lutte différemment, on a pu fournir du matériel et lancer une caisse de grève pour aider financièrement ».
Un futur qui ne semble pas radieux
Outre leurs revendications sur les salaires et la charge de travail, les salariés dénoncent également l'arrivée au capital d'UGC du groupe Canal+, propriété de Vincent Bolloré, qui s’apprête à devenir majoritaire d'ici à 2028. « Le rachat a été présenté comme une opportunité permettant le remplacement des projecteurs et la rénovation des salles […], mais il n'est toujours pas question de se pencher sur les conditions de travail des agents », déplore le groupe Ciné en colère. Ce rachat par le milliardaire d'extrême droite laisse aussi planer une inquiétude et impose une « vigilance spécifique », d'après Salomé Gadafi, quant au futur des cinémas UGC. Car, au-delà de leur lutte présente, pointent déjà les nouveaux défis de défense de la liberté d'expression dans le monde de la culture…