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EMPLOI

« Il a laissé la France se désindustrialiser » : à ArcelorMittal, l'amertume après la visite de Macron

11 février 2026 | Mise à jour le 11 février 2026
Par | Photo(s) : Benoît Tessier / POOL / AFP
« Il a laissé la France se désindustrialiser » : à ArcelorMittal, l'amertume après la visite de Macron

Emmanuel Macron au milieu des ouvriers d'ArcelorMittal.

 

Mardi 10 février, le président Emmanuel Macron était en visite à Dunkerque pour officialiser la participation de l’État au plan d’investissements en direction d’ArcelorMittal, notamment pour décarboner la production d'acier. Des annonces qui n'ont pas convaincu les syndicats alors que la direction a annoncé en avril dernier un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) qui devrait aboutir à la suppression d'au moins 608 postes sur six sites français.

Il fallait bien une visite présidentielle pour officialiser les 1,3 milliard d'euros d'investissement – dont la moitié apportée via une aide publique – et la construction d'un nouveau four électrique décarboné censé remplacer l'un des deux hauts-fourneaux historiques du site. Dans le détail, l’aide publique est constituée par des certificats d’économie d’énergie (CEE), un dispositif qui oblige les fournisseurs d’énergie à financer des initiatives de réduction de cette dernière y compris via le paiement de surtaxes. Mais la visite d'Emmanuel Macron dans cette usine dunkerquoise d'ArcelorMittal, deuxième aciériste mondial, et les annonces qui ont suivi n'ont pas convaincu les syndicats, notamment la CGT qui s'est battue pour s'entretenir avec le président. « On a été écoutés, oui. Entendus, ça je ne sais pas » pose Gaëtan Lecocq, secrétaire général de la CGT ArcelorMittal à Dunkerque.

Il n'est pas le seul à dénoncer un coup de communication de la part de l'exécutif. « Pour nous ? Il y a un effet d’annonce indéniable, commence Ludovic Putter, secrétaire général de la CGT ArcelorMittal à Mardyck. Ils ont annoncé exactement la même chose que l’année dernière. ». Son collègue Gaëtan Lecocq évoque même des retards dans le démarrage des travaux qui devaient théoriquement commencer au troisième trimestre 2025. « Concrètement, rien n'a été fait pour le moment », constate-t-il.

Des investissements revus à la baisse

L'industriel a beau présenter ce nouveau plan comme le « plus important investissement du groupe en Europe depuis dix ans », les syndicats condamnent quant à eux des ambitions revues à la baisse de la part du groupe sidérurgique. « À l'origine on nous parlait d'1,8 milliard d'investissement et de plus de capacité de production et aujourd'hui on tombe péniblement à 1,3 milliard d'investissement, fustige l'élu de Mardyck. L'annonce de base prévoyait la mise aux normes écologiques des deux hauts-fourneaux du site de Dunkerque, qui devaient à terme être remplacés par des fours électriques beaucoup moins polluants. Au final, un seul sera construit, une décision lourde de conséquences pour Gaëtan Lecocq : « Ça ne sera pas suffisant pour sauver la production puisqu’on va devoir la réduire de beaucoup ». Et le soutien de l’État à l’entreprise ne change rien au sinistre qui menace ses emplois.

Car si la multinationale a annoncé un résultat opérationnel supérieur aux attentes en 2025, avec un bénéfice net de 2,6 milliards d'euros contre 1,13 milliard pour 2024, un premier plan social a été acté le 23 avril 2025, prévoyant la suppression de quelque 600 postes en France. Et d'autres suppressions d'emplois ont été annoncées par le groupe lors de son comité d’entreprise européen. Gaëtan Lecocq évoque une fourchette de 1 560 à 1 620 postes menacés pour l’ensemble des entités françaises de la firme. Ludovic Putter précise quant à lui que cette nouvelle phase devrait cibler les fonctions supports (cadres, administratifs) au niveau du groupe : « Il y a un vrai risque de voir notre savoir-faire partir à l'étranger et qu'on ne garde que la production brute en France. Mais dans ces cas-là, il est difficile de voir un avenir durable pour les sites localisés sur le sol national ».

À ces licenciements s'ajoute une vague de démissions, notamment à cause de rémunérations trop faibles et de conditions de travail compliquées. « L'année passée, sur le site de Mardyck, on a eu une cinquantaine de démissions sur un effectif de 600 salariés. Ce n'est pas anodin », évalue Ludovic Putter. Gaëtan Lecocq tire lui le bilan de la politique d'Emmanuel Macron vis-à-vis de l'entreprise. Il n'y voit « rien de positif », ajoutant même qu'à la manière des présidents François Hollande et Nicolas Sarkozy avant lui, Macron s'est inscrit « dans la lignée de ceux qui ont laissé la France se désindustrialiser ».

La question de la nationalisation

Afin de préserver les emplois et la production d’acier à ArcelorMittal, l’idée de nationaliser l’entreprise a été évoquée. Ainsi, le jeudi 27 novembre dernier, un vote historique des députés à l'Assemblée nationale avait permis l'adoption en première lecture d'une proposition de loi LFI visant à nationaliser le sidérurgiste ArcelorMittal France. Bien que le texte doive passer au Sénat le 25 février, « qui ne nous est clairement pas favorable » admet Gaëtan Lecocq, les syndicalistes se félicitent d'une « première victoire dans une guerre [qu'ils] mènent depuis bientôt deux ans ». Et, même si le président Emmanuel Macron a de nouveau fait part, lors de sa prise de parole à Dunkerque, de son opposition au passage de la société dans le giron de l’État, Gaëtan Lecocq estime que le rapport de force commence à payer pour les travailleurs.

Les syndicalistes gardent donc à l'horizon l’échéance-clé du retour du texte à l’Assemblée, prévue « vers le mois de juin » selon Ludovic Putter. En attendant, ils affirment avoir « pris en compte les annonces qui ont été faites le 10 février » et souhaitent juger « sur-pièces » les actions futures de leur employeur. « Si ArcelorMittal ne veut pas faire ce qu’il a à faire, alors l’État doit reprendre la main par le biais d’une nationalisation », appuie Ludovic Putter.