Ils ne nous épargneront rien…

Le livret A aura bientôt deux siècles. Et jamais son taux de rémunération n'aura été aussi bas. Le 1er août, il passera de 1 % à 0,75 %. Une décision du gouvernement, suite aux recommandations de la Banque de France, qui évoque le faible taux de l'inflation et pour laquelle il s'agirait, en allégeant les crédits, d'aider la croissance et l'emploi.
ÉPARGNE POPULAIRE EN BERNE
En fait, avec cette baisse, qui entraînera celle des autres livrets d'épargne réglementée – livret de développement durable (LDD) et livret d'épargne populaire (LEP) –, « l'épargne populaire risque désormais de ne rien rapporter aux épargnants », souligne la CGT dans un communiqué. La confédération ajoute : « le taux d'inflation reflète la hausse moyenne des prix de l'ensemble des biens et services ». Quid, dès lors, « pour les ménages à revenu modeste », des prix des produits et biens de première nécessité ?
La CGT dénonce aussi les faux prétextes de cette décision : « La baisse du taux du livret A s'inscrit dans une logique de désinflation compétitive, et risque d'alimenter les tendances déflationnistes. »
MENACE SUR LES LOGEMENTS SOCIAUX
Autre risque : que l'épargne continue d'aller vers des placements plus rémunérateurs, comme l'assurance vie. Ce qui entraînerait des conséquences dramatiques pour les capacités de financement du logement social et d'autres services d'intérêt général. Car l'argent qui circule via ces livrets d'épargne finance non seulement la construction de logements sociaux, mais aussi une part de la rénovation du bâti et de la politique de la ville, via la Caisse des dépôts et consignations, sous contrôle du Parlement. L'an passé, par ce biais, près de 125 000 logements sociaux ont pu voir le jour et près de 275 000, être réhabilités.
Pour les classes populaires et les ménages à revenus modestes, c'est donc la double peine. Les assureurs privés, eux, voient déjà tous les bénéfices qu'ils pourront tirer de cette opération de réorientation de l'épargne.