27 avril 2026 | Mise à jour le 27 avril 2026
Le tribunal des affaires économiques de Lyon doit statuer, lundi 27 avril, sur l'avenir de Polytechnyl, entreprise chimique implantée à Saint-Fons, dans le Rhône, et Valence, dans la Drôme. Placée en redressement judiciaire depuis janvier, cette filiale du groupe belge Domo Chemicals ne fait l'objet que d'une seule offre de reprise, qui prévoit de conserver 72 salariés sur les 550 que compte l'entreprise.
Plus de 450 salariés de l'entreprise chimique Polytechnyl sont menacés de perdre leur emploi, près de Lyon et à Valence. Une seule offre de reprise a été déposée par le fonds d’investissement américain Lone Star. Minimale, cette offre s'élève à 10 millions d'euros et ne prévoit la reprise que de 72 salariés, en ne conservant que le site lyonnais. Le projet porte uniquement sur les brevets de la marque Technyl, la recherche, les stocks et le service commercial, sans inclure ni l'outil de production ni l'immobilier des deux sites. Une proposition jugée insuffisante par les salariés : à elle seule, la valeur des stocks de matières premières et de produits semi-finis atteindrait près de 17 millions d'euros, quand Lone Star ne les estime qu'à 50 000 €.
Filiale française du groupe belge Domo Chemicals, placée en redressement judiciaire depuis janvier, Polytechnyl produit des plastiques techniques destinés aux industries automobile, textile et électronique. Le tribunal doit trancher en cette fin d'après-midi et devra soit valider l'offre de reprise de Lone Star, soit prononcer la liquidation judiciaire, et de fait acter la suppression de tous les emplois.
« Les 72 salariés repris ne veulent pas en faire partie. Ils ont peur. Ils n'ont jamais travaillé dans cet atelier et ne seront pas formés, puisque tous ceux qui le connaissent seront licenciés. Que même les personnes potentiellement gardées refusent, ça veut tout dire », affirme Véronique Buttez, déléguée CGT sur le site de Valence.
Un abandon de l’État
Au départ, huit repreneurs s'étaient manifestés, mais seule l'offre du fonds d'investissement Lone Star a abouti. Parmi les candidats jugés « crédibles » par les syndicats figurait notamment le groupe chimique chinois Shenma. Pour ce dernier, mettre la main sur Polytechnyl représenterait une opportunité stratégique, l'entreprise étant issue de l'ancien Rhône-Poulenc, reconnu mondialement pour son expertise en recherche et développement. « Le groupe chinois est toujours intéressé, mais il lui faut du temps pour construire son projet », explique Véronique Buttez. Entreprise semi-publique, Shenma doit en effet obtenir l'aval du gouvernement chinois, une procédure qui peut demander du temps.
« C'est pourquoi, lors de nos réunions au ministère de l'Industrie et en préfecture, nous avions demandé une aide de 10 millions d'euros pour tenir pendant cette période, le temps que leur projet se concrétise », poursuit la syndicaliste. Une proposition rejetée par l'État, au motif qu'un tel dispositif n'existe pas. « D'habitude, ils savent faire des lois en deux minutes. Là, ils disent qu'ils ne peuvent rien faire. Ils préfèrent 500 chômeurs de plus », tacle-t-elle.
Un désengagement vécu comme un abandon par les salariés. « C'est absurde de fermer deux sites alors que celui de Valence a un carnet de commandes plein et est à l'équilibre, et que celui de Lyon est sur une très bonne trajectoire grâce au travail des équipes », déplore Véronique Buttez. D'autant que, selon les syndicats, certaines régions allemandes n'hésitent pas à intervenir directement pour préserver leurs industries, en rachetant directement les sites.
Un « Vencorex bis »
Cette situation alimente un profond désarroi face aux discours sur la réindustrialisation répétés par Emmanuel Macron depuis son premier mandat. « Si on laisse fermer des usines qui fonctionnent, tout ça, c’est du pipeau. Je l'ai dit à la représentante du ministre quand elle nous a reçus », explique Véronique Buttez. Un constat qui a visiblement déplu. « Elle m'a dit qu'il ne fallait pas parler comme ça. Je lui ai répondu que c'était plutôt clair et que leur politique de réindustrialisation était bidon. »
Chez les salariés, beaucoup ont en tête le cas de Vencorex, cette usine de Pont-de-Claix, en Isère, reprise par le groupe chinois Wanhua, qui n'avait conservé que 54 salariés sur 450. Et considèrent aujourd’hui être une sorte de « Vencorex bis ». À l'époque, un projet alternatif porté par les salariés, baptisé Exalia, avait été rejeté par le tribunal de commerce. « Ils avaient une belle alternative, refusée par la justice. J'ai du mal à comprendre comment elle pourrait accepter celui de Lone Star pour nous », s'interroge la syndicaliste, qui dénonce « un énorme gâchis ». Motif d’espoir peut-être : le projet Exalia n’est pas enterré, le ministre de l’Industrie et les syndicats s’étaient même voulus optimistes après une rencontre à Bercy.
Lors de l'audience du 9 avril, la procureure de la République a elle-même jugé l'offre de Lone Star largement insuffisante et l'a rejetée. Le fonds d'investissement conditionnait notamment son offre à une renonciation de l'État à exercer son contrôle sur les investissements étrangers. Selon les informations de Mediapart, une procédure de contrôle a bien été engagée, avec des exigences portant sur le maintien de la recherche et développement et de la propriété intellectuelle en France. Toujours selon le média d’investigation, le ministère aurait finalement autorisé, le 20 avril, la reprise sans condition ni garantie. Le verdict est attendu pour ce lundi 27 avril, en fin d'après-midi.