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iTélé : tout ça pour ça…

22 novembre 2016 | Mise à jour le 30 novembre 2016
Par | Photo(s) : DR
iTélé : tout ça pour ça…

Manifestation des journalistes devant les locaux d’iTélé

La grève aura duré trente et un jours. La plus longue grève du secteur audiovisuel français depuis mai 1968. Si la bataille des journalistes et techniciens de la chaîne d’information a permis de médiatiser le combat quotidien de nombreux journalistes pour leur indépendance et la liberté de la presse, les revendications de la rédaction restent, dans l’ensemble, insatisfaites.

Dimanche 20 novembre, 18 heures. Reprise du direct sur iTélé. La rédaction n'avait pas pu, pour cause de grève, couvrir les élections américaines ; l'équipe est de retour juste à temps pour couvrir les résultats du premier tour de la primaire de la droite et du centre. Car c'était justement l'objet de leurs revendications : pouvoir exercer leur travail de journalistes dans de bonnes conditions.

Cela passe par des moyens financiers, certes, mais aussi, et surtout, par « l'indépendance éditoriale », « la défense de l'honnêteté » et « la rigueur de [leur] travail », expliquent les salariés. Après un mois de grève, régulièrement reconduite avec plus de 80 % des voix, les salariés ont trouvé un accord avec la direction de la chaîne sur les trois pierres d'achoppement qui les opposaient.

Demi-victoires

Sur le cas Morandini d'abord, si le présentateur – dont l'arrivée à l'antenne avait mis le feu aux poudres – ne quitte pas la chaîne, les grévistes ont obtenu que « son travail soit très encadré et qu'aucun collaborateur d'i-Télé ne soit contraint de travailler avec lui contre son gré », expliquent les salariés dans « Les Jours ». Outre la mise en examen du présentateur pour « corruption de mineur », la rédaction s'inquiétait de la déontologie de leur nouveau collègue.

Mais le volet Morandini est « l'arbre qui cache la forêt », comme l'avait souligné, dans les pages de la NVO, Francis Kandel, membre du comité d'entreprise et délégué syndical CGT au sein du groupe Canal+, auquel appartient iTélé. Depuis le rachat du groupe Canal+ par Vincent Bolloré, les journalistes d'iTélé ont plusieurs fois fait part de leurs inquiétudes quant à leur indépendance. Ainsi, ils réclamaient également la nomination d'un directeur de l'information indépendant de la direction de l'entreprise. Sur ce point aussi, c'est une demi-victoire. Un directeur de l'information adjoint sera bien nommé, mais Serge Nedjar conservera la double casquette de directeur général de la chaîne et de directeur de la rédaction.

 

Enfin, conformément aux revendications des grévistes, une charte éthique du groupe Canal+ datant de 2002 – et dans laquelle figure la notion « d'indépendance » – a été réactivée, en attendant la rédaction d'une nouvelle charte propre à la chaîne d'information dans les semaines à venir.

En réalité, la rédaction de cette charte résulte moins de la bataille des journalistes d'iTélé que de la promulgation de la loi Bloche à la veille de la fin de la grève, le 15 novembre dernier. Cette loi « anti-Bolloré » prévoit en effet que toutes les rédactions doivent se munir d'une charte éthique avant le 1er juillet 2017, afin d'éviter les pressions éditoriales des actionnaires.

« Défendre l'honneur »

Ce mois de grève se termine donc en demi-teinte pour la rédaction d'iTélé. De nombreuses figures emblématiques de la chaîne ont signé une rupture conventionnelle. L'équipe a ainsi déjà perdu un sixième de ses journalistes. Un chiffre qui pourrait grimper à un tiers des effectifs d'ici le 23 décembre prochain, date à laquelle l'offre faite par Vincent Bolloré aux journalistes de quitter l'entreprise dans les mêmes conditions qu'un départ pour activation de la clause de conscience, arrivera à son terme. Des départs, la mort dans l'âme, pour des journalistes qui avaient parfois accompagné la chaîne depuis son lancement il y a dix-sept ans.

 

« Aujourd'hui, rester ou partir est un choix difficile, écrivent les journalistes, et pour beaucoup d'entre nous cela ne s'apparente pas à un choix. »

Pour les techniciens de la chaîne, le choix est encore plus difficile. Si certains aimeraient quitter le paquebot Bolloré, ils n'ont pas accès aux mêmes conditions de départ que les journalistes, et les perspectives, dans un secteur en mauvaise santé, sont faibles.

 

La chaîne a perdu, pendant ce mois de grève, près de la moitié de ses parts d'audience, allant même jusqu'à être rattrapée par la concurrente LCI. De plus, à l'image des autres chaînes du groupe (Canal+, C8, Cstar…), iTélé doit faire l'objet d'un lifting dans les semaines à venir pour devenir Cnews. Reste à voir si le public zappera à nouveau sur le canal 16.

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