8 avril 2026 | Mise à jour le 8 avril 2026
La hausse des prix du carburant accentue la précarité du métier des aides à domicile, essentiel mais pourtant épuisant et déconsidéré. Alors que le gouvernement fait miroiter des aides ciblées, l’État a refusé de valider des hausses de salaires en octobre dernier, pour la troisème fois consécutive.
Sabine Le Bel, déléguée syndicale CGT au sein de l'ADMR de la Gironde, a fait les comptes : « En moyenne, les aides à domicile et les auxiliaires de vie parcourent 500 kilomètres par mois. En février, les frais d'essence représentaient un budget de 90 euros, il est passé à 130 euros depuis mars, pour des salariées qui travaillent à temps partiel et gagnent en moyenne 1200 euros par mois ». Laetitia Maure, membre du collectif CGT des aides à domicile, le confirme : « entre la hausse des prix alimentaires, de l'électricité, la hausse des prix du carburant a été le coup de grâce pour nos professions ».
De fait, pour ces métiers essentiels affichant un revenu annuel moyen de 7000 à près de 9000 euros selon les statistiques du ministère de la santé, la flambée des prix à la pompe consécutive à la guerre au Moyen-Orient a plongé des milliers de salariées des services à la personne et des soins à domicile dans une grande précarité.
Travailler ne suffit plus à vivre dignement
En témoigne le succès de la pétition lancée par Manuela Cabot Salar, auxiliaire de vie, par ailleurs représentante CGT qui à ce jour, a recueilli près de 55 000 signatures. « Je suis aide à domicile. Et aujourd'hui, je n'arrive plus à m'en sortir. Les prix du carburant explosent…Et mes indemnités kilométriques elles, n'ont pas bougé. Avec un salaire en dessous du smic chaque mois, comment faire face ? Aujourd'hui, travailler ne suffit plus à vivre dignement », écrit-elle dans son texte adressé au Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Le gouvernement a beau promettre des nouvelles aides ciblées « pour les Français qui travaillent et qui font face à des difficultés », mentionnant entre autres les aides-soignantes, les aides à domicile, aucune mesure concrète n'est sortie de la rencontre entre les syndicats et le Ministre de l'économie, Roland Lescure, mardi 7 avril 2026. Ce dernier ayant selon Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, balayé d'un revers de la main les cinq mesures d'urgence demandées par son syndicat, notamment le blocage des prix du carburant et l'indexation des salaires sur les prix.
En attendant, « les salariées se serrent un peu plus la ceinture, plutôt que de rentrer chez elle le midi, elles déjeunent dans leur voiture », constate Ana Fernandes, aide à domicile au sein de l'ADMR du Loir et Cher, où dans ce territoire rural, « les intervenantes à domicile roulent facilement jusqu'à 150 kilomètres par jour. Un plein d'essence fait rarement plus d'une semaine ». « Le 7 de ce mois, les salariées n'avaient toujours pas reçu leur paie et leurs indemnités kilométriques, alors qu'elles doivent avancer les frais d'essence. Elles n'ont pas d'autre choix que de creuser leur découvert à la banque, des collègues disent qu'elles ne pourront plus assumer certains déplacements », témoigne Sabine Le Bel.
Indemnités kilométriques dérisoires
La convention collective de la branche Aide à domicile fixe à 38 centimes par kilomètres, le montant minimum des indemnités. « Sachant que ce taux ne suffit pas à couvrir l'usure de la voiture, les frais d'assurance et que par ailleurs, les employeurs ont parfois tendance à sous-estimer le nombre de kilomètres parcouru », observe Valérie, aide à domicile et déléguée syndicale CGT au sein de l'ADMR Puy-de-Dôme. Un constat partagé par sa collègue de la Gironde, Sabine le Bel : « l'année dernière sur six mois, la direction m'a rattrapé près de 600 kilomètres passés à la trappe ».
Face à une indemnité kilométrique qui ne suffit plus, quelques-unes de ces salariées isolées ont fini par faire grève dans le Loir et Cher, le Maine et Loire. « Nous avons obtenu 5 centimes de plus », raconte Ana Fernandes. Reste que la situation est très disparate selon les départements. Dans le Puy-de-Dôme, Valérie raconte que son employeur a acté une hausse temporaire, pour avril seulement de 3 centimes. « J'ai cru à un poisson d'avril ». « Les indemnités kilométriques sont variables d'un département à l'autre. Ce qui creuse les inégalités », observe Laetitia Maure. Des employeurs tentent aussi de revoir les tournées de manière à optimiser les kilomètres.
L’État refuse de valider une augmentation de salaires
Pour ces professionnelles de l'aide à domicile, précieuse présence aux côtés de personnes âgées, handicapées, cette contrainte économique s'ajoute à un quotidien professionnel déjà éprouvant et déconsidéré. Alors que le gouvernement fait miroiter une aide, l'État a refusé en octobre dernier, pour la troisième fois consécutive, d'agréer un avenant à la convention collective. Celui-ci comportait une revalorisation de salaire de 64 euros brut par mois. L'État refusant de compenser aux départements les 145 millions par an que cette augmentation aurait représentée. « Il n’y a pas eu d’augmentation de salaires dans la branche depuis 2022 », décrypte Laetitia Maure. « Les départements et l'Etat jouent au ping-pong avec les salariées. Qui désertent le secteur alors que les besoins vont croissant », souligne Karima Amara, membre du collectif CGT des aides à domicile.