31 août 2026 | Mise à jour le 31 août 2026
Aux États-Unis, la part de la richesse revenant aux salariés est aujourd’hui au plus bas depuis 1947. Un décrochage qui profite aux entreprises et aux détenteurs du capital, et que l'essor de l'intelligence artificielle pourrait encore accentuer.
Des profits qui ne cessent de grimper, mais une part du gâteau toujours plus petite pour les salariés : bienvenue aux États-Unis. Selon les données du service statistique du ministère américain du Travail publiées le 6 août dernier et reprises ici dans un article de BFMTV en date du 30 août, les travailleurs ont perçu, au deuxième trimestre 2026, 52,9 % de la richesse produite aux États-Unis, soit le niveau le plus bas enregistré depuis 1947. Dans les années 1980, pour chaque tranche de 100 dollars générée par l'économie américaine, les travailleurs en percevaient en moyenne 62,4 sous forme de salaires ou d'avantages sociaux. Aujourd'hui, cette part est tombée à 52,9 dollars.
Comment expliquer un tel recul, alors même que les bénéfices des entreprises américaines atteignent des niveaux records ? Ils se sont élevés, toujours au deuxième trimestre 2026, à 3 921 milliards de dollars, soit environ 14 % du revenu national. « D'un point de vue structurel, les salariés ont perçu une part moindre des fruits de la croissance au cours des vingt-cinq dernières années, explique James Knightley à l’agence d’analyse financière S&P Global, économiste international en chef chez ING. Ils reviennent de plus en plus aux bénéfices des entreprises et aux ménages à hauts revenus qui détiennent des actions. »
Mondialisation et concentration
Plusieurs facteurs expliquent depuis de nombreuses années cette évolution. La mondialisation a accru la pression sur certains emplois, notamment dans les secteurs exposés à la concurrence internationale, tandis que les délocalisations ont permis aux entreprises de réduire leurs coûts de production grâce à une main-d’œuvre peu coûteuse. Le renforcement du pouvoir de marché des grandes entreprises, les « méga-entreprises » comme Amazon, a également pu affaiblir la concurrence, ce qui entraîne mécaniquement une augmentation des prix.
Les transformations technologiques et les gains de productivité jouent, eux aussi, un rôle : lorsqu'une entreprise produit davantage avec le même nombre de salariés, la richesse supplémentaire ne se traduit pas nécessairement par une hausse équivalente des rémunérations. Enfin, l'affaiblissement des syndicats depuis les années 2000 a considérablement réduit la capacité des salariés à négocier leurs rémunérations et à défendre leurs emplois.
Cette tendance pourrait par ailleurs s’accentuer avec l’intelligence artificielle. Heather Long, économiste en chef de la Navy Federal Credit Union, estime que son adoption dans un nombre croissant d'entreprises pourrait ralentir les embauches, voire réduire certains effectifs, à mesure que les gains de productivité permettront de produire davantage avec moins de travailleurs.
La France résiste au décrochage
En Europe, et plus particulièrement en France, la situation est sensiblement différente. « Sur les trente dernières années, la part des dépenses liées au travail dans la valeur ajoutée des sociétés non financières a été relativement stable, autour des deux tiers », à en croire une étude publiée en mai 2025 par la Direction générale du Trésor. En 2025, les salaires bruts représentaient environ 50 % de la valeur ajoutée des entreprises non financières. En incluant les cotisations patronales et les autres dépenses liées au travail, cette part atteint entre 65 % et 67 %.
Pour le moment, la France se maintient. Mais alors que l'intelligence artificielle prend une place croissante dans les entreprises, quel que soit le pays, la question sera désormais de savoir si les gains de productivité espérés profiteront aussi aux salariés ou s'ils bénéficieront uniquement au capital…