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Analyse

« Les gens choisissent d’être à la rue ! » : l’idée reçue à déconstruire

8 juin 2026 | Mise à jour le 8 juin 2026
Par | Photo(s) : Alex Proimos (DR)
« Les gens choisissent d’être à la rue ! » : l’idée reçue à déconstruire

En 2025, la Fondation pour le logement des défavorisés estimait à 350 000 le nombre de personnes à la rue en France, soit une hausse de 145 % depuis 2012;

Loin du cliché du SDF qui aurait fait « le choix » de vivre à la rue, les enquêtes de terrain dévoilent, au contraire, des parcours de vie marqués par les ruptures subies : exil, perte de logement ou d'emploi, placement durant l'enfance… Un article à retrouver dans notre mensuel Ensemble en date de mai 2026.

« Ce que je vais dire va peut-être vous choquer… » Interviewée par Marc-Olivier Fogiel, le 23 février sur RTL, la pianiste Hélène Mercier-Arnault, épouse du milliardaire Bernard Arnault, déclarait à propos des personnes vivant à la rue que c'était « un choix de vie » de leur part, ajoutant qu'elles avaient « décidé de lâcher la société », de « se retirer du monde ».Le passage, coupé au montage, mais révélé par le Canard enchaîné, avant d'être repris par Blast et Mediapart et de circuler abondamment sur les réseaux sociaux, aura provoqué de nombreuses réactions scandalisées.

Fragilités et accidents de la vie

Mais au-delà de l'outrance du propos, d'autant plus choquant qu'il émane de l'épouse d'un des hommes les plus riches du monde, cette déclaration s'ancre dans un préjugé tenace : l'idée que les personnes sans domicile fixe (SDF) seraient, d'une manière ou d'une autre, responsables de leur sort. Voire pire, qu'elles en auraient fait un choix de vie.En réalité, la notion de « choix » ne figure nulle part dans les enquêtes menées sur les trajectoires des personnes SDF. Ce sont plutôt les fragilités et les accidents de la vie qui conduisent, en premier lieu, à vivre dans la rue, comme le corroborent les données du Collectif Les Morts de la Rue (CMDR), qui s'est donné pour mission de reconstituer les parcours des personnes retrouvées mortes dans la rue, et ainsi de lutter contre l'indifférence.Sur les 912 décès recensés en 2024 par le collectif dans son rapport épidémiologique annuel, 40 % des défunts avaient connu une rupture liée à une migration ou à la perte de leur logement, 25 % une addiction à des substances illicites, 19 % à l'alcool et 15 % une séparation conjugale. « Ces parcours sont marqués par des ruptures multiples qui peuvent se cumuler – familiales, professionnelles, administratives –, qui fragilisent les individus, constate Bérengère Grisoni, présidente du collectif. Et ça peut aller très vite, après un divorce, une expulsion, une sortie sèche de l'aide sociale, de l'hôpital psychiatrique ou de prison…  »

Un quart des personnes à la rue travaillent

L'Insee, dans une étude de 2012, avait montré dans une étude que les difficultés telles que le chômage ou la faiblesse des ressources « peuvent se reproduire d'une génération à l'autre, en particulier lorsque surviennent des ruptures familiales, le décès précoce des parents, des démêlés avec la justice ou une scolarité achevée sans diplôme ». Autre idée tenace : les SDF seraient sans emploi… Or, un quart des personnes à la rue travaillent, selon cette même étude.D'ici fin 2026, une nouvelle étude est attendue sur le sujet mais, au regard de l'aggravation de la précarité, nul doute que la situation n'a fait qu'empirer. L'an passé, la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé-Pierre) estimait à 350 000 le nombre de personnes à la rue en France, soit une hausse de 145 % depuis 2012. Il serait opportun d'interroger les politiques publiques qui ont tourné le dos à ces personnes, et qui ont laissé, en 2025, 2 159 enfants dormir dehors la veille de la rentrée scolaire…