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Analyse

Vrai faux départ de Monique Barbut : au gouvernement, l'écologie n'en a pas fini d'avaler des couleuvres

22 juillet 2026 | Mise à jour le 22 juillet 2026
Par | Photo(s) : Dimitar Dilkoff / AFP
Vrai faux départ de Monique Barbut : au gouvernement, l'écologie n'en a pas fini d'avaler des couleuvres

Monique Barbut le 22 juillet 2026.

Après avoir annoncé présenter sa démission, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a finalement choisi de rester au gouvernement. Son coup de semonce illustre toutefois le malaise grandissant autour de la place accordée à l'écologie dans la politique d'Emmanuel Macron : celle d’une peau de chagrin. En effet, de l'abandon progressif de plusieurs engagements climatiques à la réintroduction de pesticides interdits, la ligne verte du macronisme s'est considérablement effacée.

Huit ans après la démission fracassante de Nicolas Hulot, le ministère de la Transition écologique revient hanter le pouvoir macroniste. Emmanuel Macron a traversé une nouvelle crise politique au cœur d'un été marqué par des records de chaleur, de sécheresse et d'incendies, la désamorçant in extremis.

Cette fois, sa ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, n'a pas quitté le gouvernement. Mais sa menace de démission, brandie après l'adoption définitive de la loi d'urgence agricole et la possible réintroduction de l'acétamipride, semble avoir agi comme un véritable signal d'alarme au sommet de l'État.

Dans un message publié sur LinkedIn le 22 juillet, la ministre, ancienne présidente de WWF France, révélait avoir envisagé de remettre sa démission au président de la République. Elle dénonçait un « recul environnemental de trop » et estimait que les engagements pris à son égard n'avaient pas été respectés. Ce n'était pas la première fois qu'elle agitait cette menace. Déjà, en janvier, elle avait laissé planer cette possibilité afin de peser sur le projet de loi relançant la recherche d'hydrocarbures dans les territoires ultramarins, mais aussi pour tenter de préserver le budget de son ministère. Car la séquence actuelle n’est qu’un énième signe de l’affaiblissement du thème écolo auprès de l’exécutif.

Dénoncer pour mieux rester

À la mi-journée, ce mercredi 22 juillet, la présidence de la République a finalement annoncé que la ministre avait accepté de poursuivre sa mission « à la demande » d'Emmanuel Macron, qui « l'a assurée de son soutien ». Le chef de l'État a refusé sa démission. Monique Barbut se maintient au gouvernement « face à l'urgence d'agir contre les conséquences du changement climatique qui frappent durement notre pays et pour répondre aux enjeux de santé environnementale », selon des propos rapportés par l'Agence France-Presse.

Ce recul de la ministre ne change toutefois rien au texte adopté la veille par le Parlement. Mardi 21 juillet, les députés ont définitivement entériné la loi d'urgence agricole, qui prévoit notamment la possibilité de réintroduire, à titre dérogatoire, certains pesticides autorisés au niveau européen mais interdits en France. Le texte permet à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) d'autoriser, sous conditions, l'usage de l'acétamipride et du flupyradifurone pour quelques filières en difficulté, notamment celles de la betterave et de la noisette.

Une série de renoncements

L'épisode est loin d'être isolé. Depuis son arrivée au gouvernement, Monique Barbut a vu s'accumuler les arbitrages défavorables à l'environnement. Elle a dû composer avec la poursuite du chantier de l'autoroute A69 malgré les recours et les critiques des associations écologistes, avec la suspension du plan Ecophyto sous la pression du monde agricole, avec l'affaiblissement progressif des zones à faibles émissions (ZFE) et, désormais, avec la perspective du retour d'un pesticide interdit en France depuis 2018.

Au fond, la succession des ministres importe moins que l'évolution de la ligne politique. En 2017, Emmanuel Macron faisait de l'écologie l'un des marqueurs de son premier quinquennat. Le Plan climat, placé sous le haut patronage de Nicolas Hulot, promettait la neutralité carbone à l'horizon 2050, la fin de l'exploitation des hydrocarbures sur le territoire français, une réduction de la part du nucléaire et une accélération de la transition écologique.

Neuf ans plus tard, le contraste est saisissant. Et il ne reste plus grand chose des ambitions initiales. Après la crise des Gilets jaunes, plusieurs mesures climatiques sont abandonnées ou fortement édulcorées. Les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, qu'Emmanuel Macron s'était engagé à reprendre « sans filtre », sont largement remaniées lors de leur traduction législative. Suivent la suspension du plan Ecophyto sous la pression d’une partie du monde agricole, l’affaiblissement progressif des ZFE ou encore des multiples reports de normes environnementales.

Rester, mais pour quoi faire ?

La loi d'urgence agricole adoptée en 2026 apparaît comme l'aboutissement de cette trajectoire. Présentée comme une réponse à la colère des agriculteurs, elle allège plusieurs contraintes environnementales et consacre un changement assumé de priorité : lorsque les objectifs écologiques entrent en concurrence avec les impératifs économiques ou agricoles, ce sont toujours les premiers qui s'effacent.

Reste désormais une série d'interrogations. Monique Barbut a-t-elle obtenu quelque chose en échange de son maintien au gouvernement ? Emmanuel Macron entend-il infléchir, même à la marge, la mise en œuvre de la loi tout juste adoptée ? La ministre disposera-t-elle encore d'une capacité réelle à peser sur les arbitrages à venir ? Ou son choix de rester ne fera-t-il que prolonger une séquence où la ministre de l'Écologie accompagne, plus qu'elle ne freine, les reculs environnementaux de la Macronie ? Autant de questions qui permettront de mieux comprendre la nature du moment politique.