22 juin 2026 | Mise à jour le 22 juin 2026
L'antienne selon laquelle « les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain » irrigue la pensée libérale depuis la création, dans les années 1970, du fameux théorème de Schmidt par le chancelier ouest-allemand éponyme. Mais on en cherche encore la preuve ! Un article à retrouver dans le mensuel « Ensemble » de juin 2026.
« Les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain ! » déclarait, en 1974, Helmut Schmidt, alors chancelier social-démocrate ouest-allemand, au lendemain du premier choc pétrolier qui avait fait quadrupler le prix du baril de pétrole et de l'énergie, et fait grimper l'inflation à 8 % outre-Rhin.Ce théorème, dit « de Schmidt », est un pilier fondateur de la politique de l'offre. L'idée est qu'en période de crise, l'État doit favoriser les profits des entreprises – par exemple au moyen d'exonérations d'impôts –, avec l'espoir que celles-ci les réinvestissent dans l'économie et créent des emplois.
Tout dans la poche des actionnaires
En 1978, en France, l'inspecteur des finances Michel Albert reprend le slogan pour défendre le plan d'austérité du Premier ministre Raymond Barre, l'érigeant cette fois-ci en vérité absolue, même en dehors d'une crise. Ce théorème suppose néanmoins que les entreprises réinvestissent mécaniquement leurs profits, ce qui n'est pas le cas.En France, si le taux de marge a bel et bien évolué régulièrement, de 25 % à la fin des années 1970, à 32,2 % en 2024, la part d'investissement de ces profits a régressé jusqu'en 1997 où elle a atteint 18 %, avant de se relancer, très lentement, pour atteindre 21,7 % en 2024, loin des 24 % affichés en 1974. Mais où sont passés ces profits ? Dans la poche des actionnaires, qui les absorbent massivement. Ainsi, en 2012, les entreprises du CAC 40 leur ont versé 36 milliards d'euros en dividendes et rachats d'actions, en 2024 c'était près de 100 milliards !
Taxer les superprofits
Les profits d'aujourd'hui semblent donc surtout bénéficier aux profiteurs, et certaines crises ont plutôt tendance à amplifier le phénomène. L'actuelle guerre en Iran, avec la fermeture du détroit d'Ormuz et la hausse des prix du pétrole, est une aubaine pour les firmes pétrolières. TotalEnergies a affiché un résultat net de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre 2026, en hausse de 51 % par rapport à la même période l'an passé. En parallèle, en septembre 2025, le pétrolier a annoncé dans un communiqué réduire ses investissements : « 16 milliards de dollars en 2026 et 15-17 milliards de dollars par an sur 2027-30, en baisse d'un milliard de dollars par an par rapport à la précédente guidance ».Des chiffres qui ont relancé le débat sur une éventuelle taxation des superprofits en France et à l'échelle européenne. Une solution déjà prônée par la CGT en 2022, lors de l'invasion russe de l'Ukraine, laquelle avait engendré une explosion des prix de l'énergie et des profits du CAC 40. À l'époque, plutôt qu'une taxe, le gouvernement avait mis en place un bouclier tarifaire. « Résultat : des mesures extrêmement coûteuses pour les finances publiques que les citoyens et les agents de la fonction publique payent encore aujourd'hui », fustigeait la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, dans une lettre adressée au Premier ministre début mai.