7 août 2026 | Mise à jour le 7 août 2026
Après 38 jours de grève, les salariés du Samu Social de Paris continuent de se mobiliser. Un conseil d'administration extraordinaire a été organisé jeudi 6 août 2026 dans l'espoir de sortir de la crise. Une soirée de soutien est prévue ce vendredi 7 août pour soutenir la caisse de grève.
Niché derrière un immense gratte-ciel flambant neuf, le siège du Samu Social de Paris, situé dans le 13e arrondissement, semble s'être transformé en camp de réfugiés. Des dizaines de tentes, faites de bâches, occupent le parvis. Allongés sur de minces couvertures, des personnes dorment, épuisées par la chaleur. Des enfants en bas âge, courent dans tous les sens. Des sanitaires, logés dans une camionnette, côtoient des couvertures de survie posées ça et là. « Plus de 400 personnes sans solution d'hébergement vivent actuellement là, dont 43 enfants de moins de 3 ans et 15 mineurs non accompagnés », précise Jordan Bernard, secrétaire général de la CGT au Samu social de Paris.
Un mouvement de grève historique
Depuis le 23 juin, l'organisme connaît un mouvement de grève inédit qui fait suite à l'annonce de la remise à la rue de 861 personnes. « Début juin, la direction a demandé aux écoutants du 115 de l'annoncer par téléphone à des familles qui pensaient disposer d'un logement pérenne », précise Jordan Bernard. « Cette annonce a été, pour beaucoup, vécue comme la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Elle est intervenue dans un contexte où la question des conditions de travail et des salaires cristallisait depuis un moment des tensions. » Armé d'un pot faisant office de caisse de grève, Théo, 33 ans, déambule dans les allées du camp de fortune. Écoutant au 115 depuis onze mois, il fait partie des grévistes de la première heure : « On nous demande de faire des choses complètement inhumaines tout en ne nous donnant pas les moyens d'encaisser les risques psycho-sociaux sur les usagers et nous-mêmes. Lorsque nous avons prévenu la direction que nous allions avoir des risques de suicide de la part des personnes remises à la rue, elle nous rétorqué que nous exagérions. Or, elle n'est jamais sur le terrain. »
Mi-juillet, l'antenne parisienne de l'association Utopia 56 à rejoint la mobilisation des salariés du Samu social. « Il faut qu’il y ait une union entre les travailleurs sociaux, les associations et les personnes accompagnées. Le secteur social et l'hébergement d'urgence sont aujourd'hui méthodiquement détruits par l'Etat. Or, améliorer les conditions de travail dans le social, c'est améliorer les conditions d'accompagnement et les solutions proposées aux personnes sans abri. », estime Nathan Laqueux, coordinateur à Utopia 56 Paris. En face de lui, des bénévoles distribuent nourritures et boissons.
12 milliards d'euros pour un nouveau porte-avion mais rien pour l’hébergement d'urgence
« Tous les problèmes liées à l'hébergement d'urgence proviennent d'une politique austéritaire et raciste, promue par l'Etat, qui vise en premier lieu les personnes sans-papiers que l'on condamne à la rue », souligne Pauline, 23 ans, référente bénévole à Utopia 56. « Si le gouvernement est capable de mettre 12 milliards d'euros dans un nouveau porte-avion, il peut mettre des moyens pour l'hébergement d'urgence », ajoute-t-elle. Une centaine de personnes se sont rassemblées. Plusieurs délégués de la CGT entament des prises de paroles. Un conseil d'administration extraordinaire est prévu dans quelques minutes, ce jeudi 6 août. « Cela n'est jamais arrivé dans l'histoire du Samu social », confie Jordan Bernard. Une délégation doit être reçue en début de conseil. « Nous demandons une augmentation des écoutant.e.s du 115 et des salaires ainsi que la mise à l'abri des personnes qui occupent le parvis. » Ces dernières suivent attentivement les discours. Certaines ont les larmes aux yeux tandis que d'autres se couvrent le visage par pudeur.
Difficile d’envisager l’avenir
Coiffée d'une casquette noire, Linsallah, 28 ans, écoute les prises de paroles, cachée dans un coin. Originaire de la République Démocratique du Congo, elle est arrivée en France en 2024. « Cela fait trois semaines que je dors ici », lâche-t-elle. Avant, elle campait devant l'hôtel de ville avec sa fille de 23 mois, Amara. « Elle est née en France mais n'a pas de papiers parce que mon mari n'est pas sur le territoire. J'ai quitté Kinshasa parce qu'il y avait trop de problèmes. Là-bas, j'ai été emprisonnée », confie Linsallah, qui n'a plus aucune nouvelle de son époux depuis des mois. Insouciante, Amara joue avec un drapeau de la CGT. « J'espère que la situation va s'améliorer. Actuellement, c'est très difficile d'envisager l'avenir », murmure-t-elle dans un sourire doux-amer. Le conseil d'administration vient de débuter dans les étages du Samu Social. En attendant des annonces, certaines personnes sans abri prennent la parole. C'est le cas de Claudia, originaire d'Angola. « J'ai vécu neuf ans dans la rue. En France, si tu n'as pas de situation administrative, tu n'es rien au yeux de la société. Nous demandons juste du respect. S'il vous plaît, aidez-nous ! », supplie-t-elle en s'agenouillant. Les applaudissements retentissent mais les visages sont graves. « Les règles en matière d'hébergement d'urgence sont de plus en plus répressives vis-à-vis des personnes précaires. Pour nous, l’enjeu est d'avoir un conseil d'administration qui se positionne politiquement. Le Samu social n'est pas qu'un rouage de l'Etat, il doit pouvoir s'opposer à des décisions politiques lorsque celles-ci sont injustes et illégales », plaide Jordan Bernard.