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Réforme des retraites

L'exécutif face à une mobilisation qui s’annonce forte

25 novembre 2019 | Mise à jour le 28 novembre 2019
Par | Photo(s) : Christophe ARCHAMBAULT / AFP
L'exécutif face à une mobilisation qui s’annonce forte

A quelques jours d'une journée de grève et de manifestations qui s'annonce puissante, le chef de l'Etat et sa majorité multiplient les opérations de communication. Emmanuel Macron est ainsi revenu le 22 novembre à Amiens où l'attendaient les ex salariés de Whirlpool à nouveau menacés de perdre leur emploi.

À 10 jours de la mobilisation du 5 décembre, une sorte de fébrilité s'est emparée de l'exécutif et de sa majorité. La presse de ces derniers fait son miel en analysant la contrattaque du gouvernement pour éviter au chef de l'Etat de se prendre ce que les éditorialistes ont baptisé le « mur du 5 décembre ».

L'inquiétude gouvernementale est d'autant plus justifiée que tous les mouvements sociaux de la dernière période ont pour caractéristiques d'être massifs, approuvés par l'opinion et pugnaces en dépit des annonces de saupoudrage. On en a encore eu une belle démonstration samedi dernier avec une manifestation féministe contre les violences sexistes et sexuelles d'ampleur inédite.

Face à des foyers de contestation qu'il ne parvient pas à éteindre et dans la perspective du 5 décembre, Emmanuel Macron aurait annulé des déplacements à l'étranger pour rester focalisé sur ce qui s'annonce d'ores et déjà comme une journée de très grande ampleur. Les appels à faire grève et à manifester se multiplient. Ainsi la CFE-CGC a appelé jeudi 21 novembre à rejoindre la manifestation du 5 décembre pour « marquer son opposition au projet de réforme » des retraites tandis que la CFDT cheminots a également appelé à cette journée.

La mobilisation contre le projet de système universel de retraites à points s'annonce en effet massive et devrait aller bien au-delà des régimes spéciaux comme le pressent le secrétaire général de la CGT que nous avons interviewé le 20 novembre à l'occasion de sa venue au 12e congrès de la CGT Services publics à Montpellier.

Les apparences du dialogue social

Le gouvernement et le chef de l'État sont engagés dans une bataille de l'opinion qu'ils livrent sur plusieurs fronts en multipliant les postures. Une nouvelle fois, il tente de convaincre l'opinion que cette réforme découle du dialogue social en convoquant syndicats et patronat pour des entretiens bilatéraux ces 25 et 26 novembre.

Déni de réalité

Le déni de réalité ensuite comme on l'a vu à Amiens la semaine dernière où Macron n'a pas hésité à couper la parole à une étudiante qui évoquait la baisse des APL pour faire la leçon aux jeunes passablement choqués par l'immolation d'un étudiant à Lyon devant le Crous où il voulait dénoncer la précarité dans laquelle vivent des milliers d'étudiants.

« On a l'impression, si on s'écoute collectivement, si on branche la radio ou qu'on allume la télé, que tout est terrible, a osé répliquer le président. (…) En ce moment notre pays est, je trouve, trop négatif sur lui-même ».

Des éléments de langage martelés ensuite par Sibeth Ndiaye, invitée sur BFMTV. « Je pense qu'il est important que, dans notre pays, on voit aussi ce qui va bien et ce qui marche bien. Il y a évidemment beaucoup de souffrances, a-t-elle déclaré, mais on a aussi des nouvelles positives et ça, il faut pouvoir s'en féliciter ».

Jouer les oppositions entre les Français

L'autre posture est plus classique, plus attendue. Il s'agit de jouer sur les divisions… opposer les travailleurs entre eux comme s'y sont employés ce weekend Richard Ferrand et Agnès Buzyn. Le premier pour affirmer que le 5 décembre est « une mobilisation pour conserver des inégalités », la seconde pour assurer que « la grève du 5 décembre sera très corporatiste ». Là encore, des éléments de langage élyséens destinés à faire le service après-vente présidentiel une fois qu'Emmanuel Macron eut affirmé que la grève du 5 décembre mobilise « avant tout » les salariés bénéficiant de régimes spéciaux « d'une autre époque », avec « des demandes catégorielles qui pénalisent le reste de la société ». « Embaucher de nouveaux jeunes dans le système historique, ça n'a plus aucun sens », a-t-il insisté.

Tentative d'intimidation

Mais il est une autre posture très risquée dans laquelle Macron et ses obligés semblent vouloir se murer : la menace. À Amiens le chef de l'Etat a mis en garde « tous ceux qui essaient de jouer avec les peurs » et « prennent des responsabilités au regard de la démocratie ». Un message évidemment adressé aux organisations syndicales qu'il n'hésite pas à assimiler aux casseurs.

« Il n'y a pas de liberté de casser », a ainsi averti Emmanuel Macron, lors de son discours devant des étudiants. Macron a donc bien une nouvelle fois l'intention de traiter les questions sociales par le sécuritaire comme il le fait depuis un an avec le mouvement des Gilets jaunes.

Justice et police, gaz lacrymo et LBD pour faire passer une réforme massivement rejetée par l'opinion ? Pas sûr que l'intimidation fonctionne tant la volonté de faire converger toutes les mobilisations est forte.