
Lyon : menace à la bombe de l'extrême droite contre la CGT
La CGT Lyon a été ciblée par une menace à la bombe par un militant néonazi ce samedi avant la marche en hommage à Quentin Deranque. L’union locale a porté plainte et... Lire la suite

Yvan Benedetti, militant d'extrême droite, au milieu du défilé organisé après a mort de Quentin Deranque.
Quentin Deranque est mort le samedi 14 février, deux jours après avoir été roué de coups à Lyon. L’événement a frappé les esprits et n’a pas quitté les Unes de la presse. Profitant d’une telle audience et d’une certaine complaisance politique voire médiatique, l‘extrême droite – dont Quentin Deranque était un membre, émargeant au sein de plusieurs groupuscules – en a profité pour multiplier les actions à Lyon.
Ainsi, un homme, masqué, a d’abord attaqué le local de l’Union départementale de Solidaires dans la nuit du 14 au 15 février, et a tenté de forcer l’entrée à coup de barres de fer. Dans un communiqué, le syndicat rappelait : « Les stratégies de dénonciation calomnieuse, de victimisation et d'instrumentalisation politique dont le collectif d'extrême droite Némésis est coutumier sont de nouveau à l'œuvre depuis jeudi dernier. Alice Cordier, porte-parole de Némésis, avait jeté en pâture le nom de notre organisation sur le plateau de CNews jeudi soir, l'associant à tort et sans aucune preuve aux violences qui ont causé la mort d'un militant d'extrême droite ». Et dénonçait : «Ces procédés nous désignent comme des cibles pour toute la fachosphère. Cela semble avoir fonctionné ». Avant d’avertir : «Le fascisme a une longue histoire antisyndicale et nous ne l'oublions jamais. Dans le projet de société de l'extrême droite, la lutte des classes est niée et les syndicats n'existent tout simplement plus. Mais les syndicats ne disparaissent pas sans résister, sans lutter. »
Toutefois, les nuages au-dessus de Lyon – où les groupes identitaires, nationalistes ou fascistes sont historiquement puissants – sont nombreux, et les tentatives d’intimidation venues de l’extrême droite tout autant. La même nuit, la mosquée Koba, sur les pentes de la Croix-Rousse, a également été recouverte de tags, le 15 février toujours. Le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kebtane, a confié son inquiétude à nos confrères du Progrès et a appelé « toutes nos mosquées à être vigilantes ».
En 2 ans, c'est la 4ème fois que la mosquée Koba à #Lyon est attaquée par des néonazis.
Croix celtiques, croix gammées, etc, : où est l'indignation face à ces violences d'extrême droite ?
L'attaque a eu lieu le 15 février, et le 21 il y a une marche néonazie en ville… pic.twitter.com/2F29Sb0bz2
— Ricardo Parreira (@ParreirRicardo) February 25, 2026
Un autre syndicat a été visé : la CGT de la Ville de Lyon a fait l’objet le 21 février dernier de menaces assurant qu’un homme avait déposé une bombe dans les locaux dans la nuit, pour « tuer » tous les « les sales rouges et autres nègres ». Un danger révélé en fin de journée le 23 février par un communiqué de la CGT. L’auteur des menaces signait « 88 », un nombre utilisé par les fascistes et néo-nazis, renvoyant à « HH » (H étant la huitième lettre de l’alphabet) pour… « Heil Hitler ». Le même message à quelques mots près a également visé le siège régional des Ecologistes. « Je vais tous vous tuer, je viens de poser des explosifs, j'ai bien fait mon travail », peut-on lire dans le mail : «Vous allez le payer au centuple d'avoir assassiné Quentin. On va vous faire la misère en 2027 ». Ces mails ont été envoyés quelques heures avant la marche pour Quentin Deranque, le 21 février dernier, à toutes les mairies d’arrondissement. Défilé organisé et sécurisé par des visages connus de l’extrême droite radicale, et où on a remarqué force saluts nazis, insultes homophobes et racistes, et tatouages néo-nazis. Le parquet de Lyon a ouvert deux enquêtes pour faire la lumière sur ces faits.
Après les organes syndicaux et politiques, ce sont les lieux solidaires qui ont été pris pour cibles. Le centre LGBTI+ de Lyon est en effet victime d’une campagne de désinformation du collectif homonationaliste Eros sur les réseaux sociaux de son leader, relayé par une autre officine locale d’extrême droite. L’histoire se déroule en deux volets. Tout début janvier, Eros tourne une vidéo dénonçant un livre intitulé Péchés et guérisons, écrit au XIVe siècle, par un théologien sunnite mais republié en 2012 et dont le contenu a fait les choux gras de l’extrême droite lorsqu’elle s’est aperçue que l’ouvrage était en vente dans certaines grandes enseignes. Quelques jours plus tard, trois personnes liées au collectif Eros débarquent au centre LGBTI+, interrogeant l’assistance à ce sujet, avant que la conversation s’envenime.
Le président du centre, Aymeric Martin, retrace les faits pour NVO.fr. « C’était le 6 ou 7 janvier. La discussion a tourné une quarantaine de minutes. Lorsque les trois personnes sont arrivées au centre, il y avait quelques personnes accueillies, une bénévole au desk d’accueil et une salariée, pas encore formée, qui était au fond », explique-t-il. La femme posant les questions se présente comme une membre du Parti socialiste, reprend le président du Centre LGBTI+ qui poursuit : « La conversation est montée en intensité au fur et à mesure, jusqu’à ce que les personnes tiennent des propos xénophobes, LGBTphobe… Tout du long, ces personnes demandent à la bénévole de prendre position. Mais elle n’est pas formée et n’est pas habilitée à prendre des positions politiques pour l’association », confie-t-il.
Le tout donnera une vidéo fallacieuse note Aymeric Martin qui regrette des « propos tronqués » et la manipulation de certaines phrases. Surtout, le collectif Eros oublie de donner la temporalité de cette vidéo. Et il la sort le dimanche 22 février au soir, profitant du climat politique après la manifestation à Lyon à la suite de la mort de Quentin Deranque.
Très rapidement, Aymeric Martin est contacté par les institutions publiques – qui financent le centre – à la suite de cette vidéo. Plus inquiétant encore : les flous sur les visages sautent à plusieurs moments. Les personnes identifiées sont donc assaillies, depuis la diffusion de la vidéo, « de menaces de viol, d’agressions physiques ».
Une alerte a été envoyée à la Préfecture, au procureur à la DILCRA et au ministère concerné. Une plainte va également être déposée. Le président du Centre LGBTI+ s’agace : « C‘est une manipulation » du moment politique, estime-t-il. Avec deux objectifs : « Viser les bénévoles pour instaurer un climat de peur, et décrédibiliser l’association pour que nous perdions nos financements ». L’association d’extrême droite locale ayant relayée la vidéo est, en effet, une association fondatrice du Centre LGBTI+, mais a été radiée il y a trois ans après son rapprochement avec le camp nationaliste et identitaire. Son président était d’ailleurs présent à la marche du 21 février. « On faisait partie des associations les plus ciblées le week-end de la marche, on a dû enlever tous les drapeaux de la façade et mettre en pause nos activités pour notre sécurité, sur conseils de certains interlocuteurs publics. On veut faire oublier que notre association est militante, mais pas partisane », conclut Aymeric Martin.
La longue liste ne s’arrête pas là. Les commerces de particuliers ont aussi pu payer les pots cassés. Un shop de piercing du 7e arrondissement, qui tient à rester anonyme, a ainsi retrouvé sur sa façade des stickers collés de croix celtique, mardi 24 février. Son gérant en est sûr : « Quand un sticker est apposé sur une vitrine cela veut dire « on vous a l'oeil » donc je pense que c’est réellement inquiétant pour l'avenir ». «Le message est assez clair », insiste le perceur auprès de NVO.fr, qui estime que les stickers ont été collés « après la marche, samedi ». L’homme revendique tenir un shop « Queer, antiraciste, inclusif », et affirme avoir porté plainte en ligne directement.
Côté préfecture de Lyon, on nous affirme que « les services de l’État sont très vigilants et mobilisés à tous les niveaux pour lutter contre toutes les formes de violences qui viennent des groupuscules radicaux violents d’ultra droite comme d’ultra gauche » et que « chaque menace, chaque dégradation, chaque propos haineux fera l’objet d’une enquête ». La préfète va, d’ailleurs, « organiser dans les prochains jours un groupe de suivi des mouvances radicales violentes », qui sera « une instance de coordination stratégique confidentielle », sans donner plus de détails.
Nathan Lautier

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