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Pauses supplémentaires, cagoules ventilées... Ces entreprises qui adaptent (ou pas) le travail à la canicule

26 juin 2026 | Mise à jour le 26 juin 2026
Par | Photo(s) : Joël Saget / AFP
Pauses supplémentaires, cagoules ventilées... Ces entreprises qui adaptent (ou pas) le travail à la canicule

Un ouvrier du BTP répandant de l'asphalte en pleine chaleur.

Face à la canicule, des entreprises adaptent plus ou moins les organisations du travail, à travers des plans spécifiques dont le contenu dépend pour beaucoup du rapport de force. En attendant la mise en place d'un groupe paritaire chargé de plancher sur l'adaptation du monde professionnel, la CGT milite pour une véritable prise en compte de ces nouveaux risques liés au dérèglement climatique.  

 « Dans des chambres d'hôpitaux, il fait 37 degrés. La canicule révèle le sous-investissement chronique que nous dénonçons depuis des années », critique Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT au sortir d'une réunion le mercredi 24 juin avec le ministre du travail Jean-Pierre Farandou sur la protection des travailleurs face aux chaleurs extrêmes. « On lutte contre des problèmes structurels, le manque de moyens de l’inspection du travail, de différentes administrations, des représentants du personnel, continue le dirigeant confédéral qui juge la réponse apportée insuffisante, faisant référence à la proposition du ministre de se revoir à l'automne « pour travailler à l'adaptation en profondeur du monde du travail », selon Jean-Pierre Farandou.  

Suspension des chantiers 

En attendant, tandis que la température n’en finit plus de flirter avec les 40 degrés, le gouvernement a demandé aux préfets dans les départements en vigilance rouge de suspendre les chantiers entre 13 et 21 heures. Ce qui a été fait notamment dans le Rhône, la Haute Garonne, le Puy de dôme, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine… 

« Une première », selon Frédéric Mau, en charge des questions de santé et de sécurité au travail au sein de la CGT-construction, qui regrette déjà deux morts dues au dernier épisode de canicule. Particulièrement exposé aux risques d'intempéries, le secteur du bâtiment est soumis à des obligations renforcées et bénéficie depuis 2024 du chômage technique pour intempéries en cas de canicule.

Parmi les réponses communément avancées pour continuer l'activité, démarrer plus tôt, à la fraîche. « Ce peut être une partie de la solution, mais une partie seulement car cela suppose que les ouvriers se lèvent très tôt, dorment parfois très peu, avec comme conséquence une baisse de vigilance due à la fatigue. Par ailleurs, il n'est pas dit que l'environnement alentours tolère les nuisances sonores associées. Des mecs envoyés sur un chantier à la campagne à 6 heures du mat' ont été reçus au fusil par la ferme d'à côté, il faut faire dans la dentelle », relève Frédéric Mau.  

Solutions à géométrie très variable 

Ailleurs, alors que les employeurs doivent faire en sorte de limiter les risques liés aux fortes chaleurs depuis le décret du 27 mai 2025, les entreprises revoient plus ou moins l'organisation et les conditions de travail, le rapport de force syndicale faisant souvent la différence. Mise à disposition de bouteilles d'eau, équipements adaptés, salles de repos climatisées, aménagement des horaires, renfort de personnels, rotations plus fréquentes… Telles sont au mieux, les solutions avancées à travers les plans canicules… quand ceux-ci existent.

Dans le verre et céramique, où une majorité d'ouvriers sont de par leur métier exposés à la chaleur, la canicule peut rendre les conditions de travail intenables et dangereuses. « Dans certains ateliers, il fait chaud toute l'année. En temps normal, les systèmes de ventilation, la hauteur sous plafond rendent la situation supportable. En période de canicule, l'entreprise actionne un plan, qu'elle révise chaque année, et qui permet aux ouvriers de faire des pauses supplémentaires dans une salle climatisée. De l'eau, des fruits sont aussi mis à disposition », témoigne Ludovic Krzyworzeka, délégué syndical central de Verescence, fabricant de flacons de luxe.

Autre exemple, dans le Vaucluse, le plan canicule d'Isover prévoit une extension des horaires de travail, des travaux anticipés autant que possible sur le poste de nuit et du matin pour éviter les moments les plus chauds de la journée. « Des employeurs peuvent aussi mettre à disposition des cagoules ventilées, des foulards réfrigérants », complète Philippe Thibaudet, secrétaire général de la CGT verre-céramique. Lequel souligne que « les protocoles peuvent être très variables d'un site à l'autre, au sein même d'un groupe, et dépendent pour beaucoup du rapport de force ». Pour lui, il faut passer « des simples recommandations à un droit opposable ». La Fédération CGT Verre et Céramique exige en outre « l'ouverture d'une négociation de branche sur le risque chaleur dans les industries du verre et de la céramique, avec des garanties minimales obligatoires pour tous les salariés, dans toutes les entreprises, quel que soit leur statut, et des droits nouveaux ».

Dans l'Indre, chez Harrys, fabricant de pain de mie, outre la mise à disposition d'eau fraîche, l'installation de brumisateurs extérieurs sur les quais de chargement, Pascal Charlon, délégué syndical central CGT se félicite du renfort de personnel, « deux personnes en plus par équipe à l'emballage et à la préparation de commandes. En outre, l'entreprise profite des aides de l'État pour électrifier trois lignes de production et les climatiser ».  

Gagner des droits nouveaux  

Chez Michelin en revanche, les salariés du site de Gravanches attendent toujours la mise en œuvre d'un plan canicule digne de ce nom. « Quand j'ai alerté sur la dégradation des conditions de travail lors d'un CSE extraordinaire, le responsable sécurité m'a répondu que le plan était en préparation. Pour l'instant, des canettes d'eau sont mises à disposition, des temps de pause supplémentaires sont accordés. Récemment, l'activité a été interrompue dans un atelier où il faisait 38 degrés, non pas pour protéger les salariés, mais pour préserver la qualité du produit », constate Benjamin Kleiber, militant CGT. « Lorsque nous sommes en vigilance orange ou rouge, les risques devraient être réévalués chaque jour, selon le décret mis en oeuvre en juillet 2025, ce n'est pas fait du tout », regrette de son côté Gilles Sevilla, délégué syndical central CGT chez Sodexo. Sur le site d’ArcelorMittal à Fos, où le groupe Sodexo assure la restauration collective, les élus CGT du CSE ont alerté leur direction après avoir mesuré une température de 40 degrés au poste de plonge. 

Le ministère du Travail se vante d'avoir mobilisé les inspections du travail pour contrôler l'application des obligations, avec 1400 contrôles en moins d’un mois, donnant lieu à 75 mises en demeure. Pour aller plus loin, la CGT exige notamment que des températures maximales de travail soient inscrites dans la réglementation ; l'intégration du risque chaleur dans toutes les entreprises via le document unique d'évaluation des risques ; une véritable adaptation des organisations du travail.