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Philip Golub : « Il faut prendre au sérieux les menaces de Trump sur Cuba »

21 mai 2026 | Mise à jour le 21 mai 2026
Par | Photo(s) : Thierry Nectoux
Philip Golub : « Il faut prendre au sérieux les menaces de Trump sur Cuba »

Philip Golub, professeur de relations internationales à l'Université américaine de Paris.

Alors que Washington vient d'inculper l’ex-président Raúl Castro pour un dossier remontant à 1996, la pression américaine sur Cuba se fait plus intense. Esbroufe ou prélude à une agression ? Pour Philip Golub, professeur de relations internationales à l'Université américaine de Paris, l'administration Trump envisage sérieusement une opération contre La Havane, dans la continuité de sa stratégie militaire dans la région et sur fond de rivalité avec la Chine. Entretien.

Les États-Unis ont inculpé mercredi 20 mai Raúl Castro, ancien président de Cuba, pour complot en vue d’assassiner des ressortissants américains. L'affaire date de 1996, alors que le frère de Fidel Castro était ministre de la Défense et que deux avions pilotés par des opposants politiques avaient été abattus par La Havane. En janvier, Donald Trump s'était appuyé sur un acte d'accusation pénale pour « conspiration narcoterroriste » pour capturer et exfiltrer le président vénézuélien, Nicolás Maduro. Faut-il attendre une attaque de ce type à Cuba ? Le président américain a déclaré à la presse : « Il n'y aura pas d'escalade. Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Cet endroit est en train de tomber en ruines. » Todd Blanche, procureur général par intérim (soit, dans le contexte, ministre de la Justice) n’en a pas moins affirmé qu’il s’attendait à ce que l’ex-leader cubain termine ses jours derrière les barreaux aux États-Unis. Ainsi, Washington continue d'exercer la pression sur le régime aujourd'hui dirigé par Miguel Díaz-Canel Bermúdez. À quelles fins ? Philip Golub, professeur de relations internationales à l’Université américaine de Paris, nous donne son éclairage.

À ce stade, une future attaque américaine sur le sol cubain est-elle crédible ?

Il faut prendre tout à fait au sérieux les menaces de l’administration Trump sur Cuba. Ça fait maintenant quelques mois que les Américains rassemblent des forces navales et aéronavales, avec quelques unités d’intervention associées, afin de mener une opération à Cuba pour renverser le régime actuel. Ils espèrent reproduire ce qu’ils ont fait au Venezuela et ainsi, dans leur vision, changer de façon essentielle la donne dans les Caraïbes, en éliminant les deux régimes idéologiquement opposés aux États-Unis.

Au profit de qui ?

Au profit, on l’a vu dans le cas du Venezuela, d’un changement intérieur qui ne transforme pas le régime, mais en change la figure principale. L’administration américaine est maintenant chargée de l’industrie pétrolière vénézuélienne, c'était donc une intervention politico-militaire purement prédatrice sur le plan économique. Avec évidemment pour ambition sous-jacente de limiter l’influence chinoise dans la région, puisque le Venezuela était un exportateur, non pas très important, mais quand même non négligeable, de pétrole pour la Chine.

Pour ce qui est de Cuba, on peut parler d’une configuration similaire. Cuba n’est pas producteur de pétrole, mais représente un problème pour les États-Unis depuis la révolution castriste. Éliminer ce qu'il reste de ce régime représenterait pour Trump et son entourage une victoire politico-idéologique importante. Tout en consolidant également la situation des États-Unis dans la région contre la Chine. Dans les deux cas, je pense qu’il y a, à la fois, un désir d’affirmation de puissance, un acte de prédation dans le cas du Venezuela, et un effort de limitation de l’influence chinoise régionale.

Est-il envisageable pour les États-Unis de s'engager dans un tel conflit alors que la guerre en Iran suit son cours ?

Je pense que ce serait une manière aussi, bien évidemment, d’essayer de faire oublier l’Iran à l’opinion publique. Il me semble très difficile qu’ils réussissent sur ce plan-là, puisque l’économie mondiale est profondément déstabilisée et que l’affaire iranienne est très loin d’être résolue pour l’instant. Je pense que Trump voudrait s’extirper de la guerre en Iran pour pouvoir se concentrer sur des victoires beaucoup plus faciles.

Que représente l’agression de Cuba dans l’imaginaire politique américain ? Une guerre contre l’île serait-elle plus fédératrice dans l'opinion publique américaine que la guerre au Moyen-Orient, qui est plutôt impopulaire ?

Ça le sera au sein de la propre base de Trump. L’esprit derrière tout ce qui se passe maintenant dans la région, c’est Marco Rubio, le secrétaire d’État, c’est lui qui dirige ces opérations, avec l’approbation totale du président. Marco Rubio est un néo-conservateur d'origine cubaine, comme on sait, qui depuis très longtemps a voulu opérer ce genre de changement sur l’île. Dans le passé, c’était un partisan des transitions démocratiques néo-conservatrices. Aujourd’hui, il semble parfaitement satisfait de suivre Trump dans ses ambitions prédatrices plus spécifiques.

Au-delà de la base trumpiste, je ne suis pas sûr que ça aura les effets escomptés. Il y a une très forte détestation du président qui s’est installée dans l’opinion publique. Tous les sondages montrent qu’il est à des niveaux d’impopularité historiques pour un président. Je vois mal comment une attaque ou même une victoire à Cuba changerait la donne au niveau de l’électorat démocrate. Ça raffermira sa position au sein du Parti républicain et ce sera un moyen pour lui de le mobiliser pour les midterms, les élections législatives de novembre, mais pas plus.

Si les États-Unis attaquent Cuba, doit-on s'attendre à un « succès » comme au Venezuela, ou à un fiasco digne du débarquement de la baie des Cochons ?

C'est une question intéressante. Est-ce qu’il y a des forces vives à Cuba capables de résister à une intervention de ce genre ? Oui. Est-ce qu’il y a des éléments du régime ou des institutions à Cuba qui sont prêtes à collaborer avec les États-Unis pour changer la donne ? Également. D’une part, il y a des forces vives qui résisteront, mais d’autre part, l'île est asphyxiée. Les Cubains sont dans une position extrêmement difficile économiquement, et pourraient vouloir négocier, sans forcément jouer entièrement le jeu des États-Unis.