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Assemblée nationale

Politiques, CGT, signataires de la pétition... Pourquoi ils disent non à la loi Yadan ?

9 avril 2026 | Mise à jour le 9 avril 2026
Par | Photo(s) : AFP
Politiques, CGT, signataires de la pétition... Pourquoi ils disent non à la loi Yadan ?

(Photo d'illustration)

Déposée à l'Assemblée nationale en novembre 2024, la proposition de la députée Caroline Yadan visant à lutter contre « les formes renouvelées de l'antisémitisme » devrait être examinée en séance plénière les 16 et 17 avril. Mais une pétition lancée le 18 février sur le site de l'Assemblée nationale a (largement) franchi le cap des 500 000 signatures, soulevant un débat tendu sur les frontières entre lutte contre l’antisémitisme et défense de la liberté d'expression.

Il aura suffi d'une semaine et d'une mobilisation sur les réseaux sociaux pour que la pétition prenne de l'ampleur, alors que l’adhésion au texte, mis en ligne le 18 février végétait jusqu’alors. Lancée par Alexandre Balasse, 26 ans, ingénieur agronome et bénévole pour le Musée d'histoire naturelle de Palestine, elle dépasse désormais les 600 000 signatures au moment de la publication de cet article. Un seuil qui ouvre la possibilité d'un débat à l'Assemblée nationale, dont le sort sera tranché le 15 avril à la conférence des présidents.

Un texte qui divise profondément

La proposition de la loi Yadan, cosignée par plus de 120 députés du camp gouvernemental ainsi que quelques socialistes dont François Hollande, entend répondre à l'explosion des actes antisémites en France depuis le 7 octobre 2023. Elle prévoit notamment d'élargir le délit d'apologie du terrorisme à des formes « indirectes », de sanctionner la présentation d'actes terroristes comme des actes de résistance, et de créer un nouveau délit d'appel public à la destruction d'un État « reconnu par la France », passible de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. Le texte entendrait également sanctionner la comparaison de l'État d'Israël au régime nazi, considéré comme une « banalisation outrancière » de la Shoah.

Ses défenseurs, parmi lesquels l'ancien Premier ministre Manuel Valls et la philosophe Élisabeth Badinter, y voient un outil indispensable contre un antisémitisme qui se dissimulerait derrière l'antisionisme. Ses opposants, eux, redoutent tout autre chose.

« Criminaliser les voix en soutien au peuple palestinien »

La cheffe du groupe de La France insoumise, Mathilde Panot a dénoncé un texte qui risquerait de « criminaliser les voix en soutien au peuple palestinien ».  La ligue des droits de l'Homme estime : « Alors qu’elle prétend protéger les personnes juives, la loi Yadan affaiblit en réalité le combat contre l’antisémitisme » ,  et Attac proclame : « Non à une police de la pensée ! ». Emmaüs France, lui, pointe un risque de confusion entre antisémitisme et critique de la politique israélienne, estimant que c'est la loi elle-même qui essentialise les Juifs en les liant automatiquement à l'État d'Israël. La CGT a également publié un article s’opposant fermement à la loi Yadan: « Un danger pour la liberté d’expression ». « Il existe une réelle montée de l'antisémitisme en France, au même titre que tous les racismes. De véritables politiques de lutte contre les discriminations raciales doivent être mises en œuvre, pas une loi qui assimile les personnes juif·ves de France (et du monde) à un État coupable de multiples infractions au droit international, et qui vise à censurer les critiques légitimes qu'il reçoit », poursuit la Confédération.

Même au sein de la majorité, des voix d'élèvent. Les députés du MoDem ont appelé à retirer le texte de l'ordre du jour « On est très réservés. Compte tenu de la situation géopolitique, je ne sais pas si le timing est opportun pour ce genre de texte qui nécessite de l'apaisement » a déclaré Perrine Goulet, députée de Nièvre au Monde. 

La voix des signataires

Et qu’en disent les signataires de la pétition ? Pourquoi ces anonymes issus de la société civile ont-ils choisi de s’engager et de demander aux parlementaires de ne pas adopter cette nouvelle législation ? Parmi ceux qui ont signé, Kemeth, 22 ans, étudiant, plaide : « Je refuse que l'on instrumentalise la lutte contre l'antisémitisme pour museler toute critique légitime des politiques d'Israël. Cette loi représente une forme de censure qui sert avant tout les intérêts du gouvernement israélien d'extrême droite, et non ceux de la communauté juive de France ni de la République. »

Pour Emil Vardanyan, 23 ans, très engagé à gauche, le geste citoyen s'imposait : « Sur la loi Yadan, on n'a pas trop de pouvoir. Le seul levier qui existe, c'est ces pétitions citoyennes. Alors j'ai signé. »

Cléo Marelli, 23 ans déclare quant à elle : « L'assimilation à l'antisionisme, à l'antisémitisme est une manipulation d'une malhonnêteté intellectuelle grave. Le gouvernement israélien et ses soutiens ne sont pas critiqués parce qu'ils sont juifs, mais parce qu'ils sont en train de commettre un génocide. Quand arrêterons nous d'utiliser les juifs comme bouclier humain pour coloniser et génocider d'autres peuples ? C'est pour toutes ces raisons que j'ai signé la pétition contre la honteuse loi Yadan. »

La pétition signée par LFI et une partie du Parti socialiste, rappelle le succès de celle lancée contre la loi Duplomb, qui avait recueilli plus de 2 millions de signatures – et avait d’ailleurs été le premier texte du genre à passer le seuil des 500 000 parrainages – en juillet 2025. Ce manifeste contre une autorisation du pesticide de l’acétamipride avait généré un débat à l’Assemblée nationale en février dernier. La discussion avait toutefois revêtu un caractère essentiellement symbolique. On ignore  si la pétition contre la loi Yadan connaîtra le même destin, elle fragilise encore un peu plus un texte déjà contesté au Palais-Bourbon avant même son examen.