23 janvier 2026 | Mise à jour le 23 janvier 2026
À Villeurbanne, les salariés du site de GE Vernova (filiale de General Electric spécialisée dans l'énergie) sont en grève depuis le 19 janvier 2026 pour protester contre la décision de la direction de revenir sur certaines primes. Le site d'Aix-les-Bains les a rejoints dans la grève quelques jours plus tard.
Ce mercredi, le froid est saisissant à Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise. À l'entrée du site de GE Vernova (ex-Grid Solutions) de Villeurbanne, filiale de General Electric, une vingtaine de salariés sont regroupés autour d’un piquet de grève, entamée le 19 janvier. Malheureusement pour eux, la colère ne réchauffe pas. Car les salariés sont très remontés depuis les négociations annuelles obligatoires (NAO) de la semaine précédente et une centaine d'entre eux ont débrayé à l'appel de la CGT, pour défendre des acquis sur lesquels la direction envisage de revenir.
« La direction nous a annoncé la fin de la prime de production collective, qui représentait environ 2000 euros par an pour les non-cadres. Elle a décidé de la remplacer par un bonus individuel de 4% du salaire annuel, conditionné aux bons résultats du groupe, à la performance de production du salarié et à la note que celui-ci aura de son manager. Pour un salaire moyen de 30 000 euros, la prime sera de 1200 euros. Ils promettent un bonus doublé si les résultats sont bons mais ça fait beaucoup de « si » », s'agace Nadir Bennat, délégué syndical CGT du site et délégué syndical central adjoint. Autre point d'achoppement : la fin de la prime d'intéressement « pourtant promise lors des entretiens d'embauche », tant qu'il y aura une prime de participation. Il faudra choisir entre les deux.
Dans cette entreprise qui assemble des disjoncteurs à haute tension, plus d'un tiers des 600 salariés est non cadre et sera touché par ces changements. « Ce qui nous révolte, c'est l'arrogance de la direction, qui a rétorqué aux élus qui protestaient : « la vie est injuste » », s'énerve un salarié. Contacté, General Electric n'a pas répondu aux questions de La Vie Ouvrière. L'entreprise compte quatre sites, dont deux de production à Villeurbanne et Aix-les-Bains. Les salariés du second site ont rejoint la grève le 21 janvier, à l'appel de la CGT, de la CFDT et de FO. 200 des 1200 salariés du site ont débrayé. À la suite de quoi, la CFDT a rejoint la grève à Villeurbanne.
À l’américaine
Si les salariés sont aussi remontés, c'est que les voyants sont au vert ; la CGT pointe par exemple des carnets de commande pleins. « Le PSE de 2020 avait provoqué le départ de 150 salariés, depuis la tendance s'est inversée et 200 ont été embauchés », précise l'élu CGT. Philippe Piron, président de la branche Electrification Systems de General Electric, annonçait dans Décideurs magazine fin octobre un chiffre d'affaires de GE Vernova « autour des 35 milliards de dollars » et évoquait pour sa branche une « croissance à deux chiffres » et le recrutement de « 1000 personnes par an depuis trois ans ».
Alors Thierry, salarié depuis une dizaine d'années, ne décolère pas : « On fait une super année et on nous balance ça ! C'est fou de se bagarrer pour garder nos acquis ». Même son de cloche chez Christian Oliva, adhérent CFDT, qui affiche 25 années d'ancienneté : « On nous demande des efforts et on n'a rien en retour ! Chaque année, il y a quelque chose : fin 2024, on avait déjà fait trois semaines de grève pour réclamer l'augmentation de la prime de production. »
Les salariés évoquent aussi un « état d'esprit à l'américaine » de l'entreprise, qui favorise l'individu, au détriment du collectif. « Ils différencient les cadres et les non cadres. Quand on propose aux non cadres un bonus de 4%, on propose aux cadres un bonus de 10 à 15% sur un salaire annuel de 65 000 euros en moyenne. Cela crée des différences énormes ! ajoute Nadir Bennat. Ils ont aussi mis en place une politique d'« awards » avec des chèques Cadhoc pour récompenser ceux qui font plus que leur travail. Certains salariés n'en ont jamais eu. »
« Il faut une grève de la faim pour être entendu ? »
Et, alors que la CGT déplore une augmentation de 3% lors de ces dernières NAO (+3,5% l'an dernier), elle souligne une politique qui fait la part belle aux augmentations individuelles. « Je suis un ancien de Fagor Brandt, j'y ai travaillé 30 ans (le site de Lyon a fermé en 2010, NDLR). Dès que les Américains nous ont racheté, c'était fini : ils n'en ont pas grand-chose à faire des salariés », déplore Thierry.
Le directeur de la sécurité fait irruption sur le piquet et somme les salariés de déplacer des palettes pour laisser passer les livraisons. « On est là car il n'y a pas de dialogue ! Il faut qu'on fasse une grève de la faim pour que vous nous écoutiez ? », s'énerve Nadir Bennat. Façon de rappeler que fin 2020, suite à l'annonce d'un important plan de suppression d'emplois et après trois semaines de grève, plusieurs salariés avaient entamé une grève de la faim sur le site de Villeurbanne.