Se connecter à son compte :
?
Où trouver mes identifiants ? J'ai oublié mon mot de passe
Récupérer son mot de passe :
Je me connecte
cgt.fr
À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT
Santé au travail

Quand la musique fait mal : la santé des musiciens quitte les coulisses

26 décembre 2019 | Mise à jour le 20 décembre 2019
Par | Photo(s) : Stéphane Klein/Divergence
Quand la musique fait mal : la santé des musiciens quitte les coulisses

Festival Musik à Pile 2011 à Saint Denis de Pile en Gironde. 14e édition. Concert du groupe Hangar.

L'état de santé des musiciens est longtemps resté en coulisse. Si les langues se délient un peu, des médecins ont commencé à ausculter les corps. Enquête sur un problème de santé au travail qui ne dit jamais son nom.

Pour Catherine Durand (Le nom de la personne a été changé), le trop-plein s'est fait sentir il y a dix ans. Cette saxophoniste, qui est aussi manageuse et administratrice d'un groupe de blues-funk, a d'abord connu le stress au quotidien, puis le burn-out.

« Je passe ma vie, mes week-ends et mes nuits pour des résultats qui ne sont pas toujours à la hauteur des investissements en temps et financiers, explique cette adhérente de l'Union nationale des syndicats d'artistes musiciens de France (SNAM-CGT). En autoproduction, faire un album coûte entre 25 000 et 40 000 euros. Entre les budgets à monter, les demandes de subventions, cela représente deux ans de ma vie à chaque fois. Si ça fait un flop, parce que vous avez un entourage qui n'a pas fait ce qu'il fallait, c'est beaucoup de pression psychologique. Quand tout ça se cumule, le corps et la tête disent stop. »

Rythmes de vie et précarité usent les corps

S'il connaît surtout les stars, le grand public sait peu que beaucoup de musiciens en France remplissent des salles de moins de 400 places, à l'image du groupe que Catherine accompagne. Il ne se doute pas non plus de ce qui se passe derrière le rideau. Au mois d'octobre dernier, le collectif CURA a un peu levé le voile sur cette réalité à l'occasion d'une conférence intitulée, « L'industrie musicale en France est-elle en bonne santé ? ».

Il a révélé les conclusions d'une première enquête réalisée sur 503 personnes, artistes et membres de l'entourage professionnel. Dans les « musiques actuelles » (rap, pop, rock, jazz…), quatre personnes sur cinq souffriraient d'anxiété, une personne sur quatre serait sujette à la dépression, soit une proportion 2,5 fois plus importante que dans le reste de la population française. En cause, notamment, le rythme de vie décalé en tournée, et une précarité qui érode les corps et les esprits.

Des études font état d'une mortalité précoce

Le Dr André-François Arcier a été l'un des pionniers de la médecine qui soigne les artistes avec son association Médecine des arts, et sa Clinique du musicien, qui offre des consultations spécialisées. Il observe que les risques principaux pour les musiciens sont les « syndromes de surmenage » qui touchent le corps.

« Il y a les syndromes de surmenage spécifiques, les tendinites, et le deuxième type, c'est un surmenage non spécifique, qui correspond à des douleurs musculaires. Ils sont liés à des gestes répétitifs, dans des positions qui ne sont pas des positions de confort pour les articulations. C'est le risque principal dans les musiques classiques et les musiques actuelles, qui représentent désormais la moitié de nos consultations », constate-t-il.

Dans un monde où la fête est de mise, il est bien difficile de mesurer la part des addictions à l'alcool et à la drogue. Le Dr Arcier observe que des études anglo-saxonnes ont mis en évidence des pics de mortalité précoce, «  avant 30 ans » et « autour des 50 ans ».

« Presque un problème de riches »

Karine Huet, secrétaire générale adjointe à la SNAM-CGT, remarque, quant à elle, qu'on ne trouve « pas ­beaucoup de musiciens retraités » et que passé 40-50 ans, beaucoup quittent la scène pour travailler en coulisse.

« Le musicien dont on parle, c'est un intermittent. Ce qui a été mis en place, c'est de lui avoir apporté une assurance chômage à partir des années 1970, de la formation ­professionnelle dans les années 1980. Aujourd'hui, il manque encore les retraites, mais on a construit les choses décennie par décennie, pour avoir à peu près la fiche de salaire de quelqu'un qui cotise au régime général. »

Même auprès de leur syndicat, les musiciens parlent peu souvent de santé au travail. Leur problème est plutôt de se faire déclarer leurs heures correctement. « On est sur une espèce de survie. Dans ce contexte, la santé au travail, c'est presque un problème de riches », poursuit Karine Huet.

À la mi-novembre, à Madrid, la santé des musiciens a cependant fait l'objet d'un colloque de la Fédération internationale des musiciens (Fim), qui regroupe des syndicats de musiciens du monde entier. Au programme de ces rencontres plutôt à destination des musiciens d'orchestres, il y avait la prévention des pertes auditives, l'importance du sommeil ou la dystonie de fonction, une contraction involontaire des muscles qui perturbe le mouvement sur un instrument.

NVO - La Nouvelle Vie Ouvrière, le magazine des militants de la CGTÀ retrouverDans la NVO de décembre 2019