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DISCRIMINATION SYNDICALE

« Retrouver la solidarité et la fraternité »

24 octobre 2017 | Mise à jour le 24 octobre 2017
Par | Photo(s) : Bapoushoo
« Retrouver la solidarité et la fraternité »

Le procès en appel de Philippe Christmann aurait dû avoir lieu lundi 16 octobre. Il sera en fait reporté à la mi-janvier 2018. Deux mois et demi que le militant cégétiste, accusé d'avoir jeté des confettis et de la peinture, entend mettre à profit pour, au-delà de son cas, dénoncer l'ampleur de la criminalisation de l'action syndicale en France. Et la combattre.
Pourquoi avoir appelé à une mobilisation syndicale et politique le 16 octobre dernier, jour où aurait dû avoir lieu ton procès en appel ?

Tout simplement parce que mon dossier à une très forte dimension politique. C'est la procureur qui a fait appel alors que la Fédération française de la construction se satisfaisait du jugement du tribunal. Il faut dire qu'il tapait déjà fort : 17 000 euros d'amende alors que la représentante de l'État avait requis, un an de prison, une interdiction de circuler dans certaines rues parisiennes et 80 000 euros. La manifestation de soutien en ma faveur, place du Châtelet, lundi 16 octobre, nous permet aussi de faire valoir la dimension politique de ce dossier. De dire, nous ne sommes pas dupes de ce que vous faites, vous le gouvernement… La confédération de la CGT bien sûr, mais aussi les partis politiques comme le PCF, la France Insoumise, le Parti de Gauche… et des personnalités comme Gérard Filoche sont venus me soutenir pour dire : « stop à la criminalisation de l'action syndicale ». Dans le contexte actuel, l'heure est à la mobilisation de toutes les bonnes volontés, de toutes les forces pour faire reculer un gouvernement désireux de faire plier la CGT.

Le secteur de la construction est l'un des plus meurtriers. Les faits qui te sont reprochés entendaient faire la lumière sur ce que vivent les salariés de la construction. De quoi alimenter le sentiment du deux poids, deux mesures…

Exactement ou plutôt la morale de La Fontaine : « selon que vous serez puissant ou misérable,Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. –  »… Le verdict qui m'est tombé dessus, c'est déjà cher payé pour avoir lancé de la peinture, lavable ; et des confettis sur des murs. Bien sûr cela s'inscrivait dans un contexte : celui d'une mobilisation pour dénoncer les morts au travail dans le secteur de la construction : un mort par jour travaillé, un accident toutes les cinq minutes, 35 000 invalides par an dont 30 % se retrouvent avec le RSA pour vivre. Et là, qui est condamné ? Cette situation intolérable ne peut pas continuer comme ça.

Comment s'est passée l'audience et sur quoi a-t-elle débouché ?

Au prétexte que l'un des juges en charge du dossier n'était pas présent, l'audience a été renvoyée au 15 janvier 2018.

D'ici là que comptes-tu faire ?

On va mettre à profit ces deux mois et demi pour donner à ce procès une dimension nationale. Ce soir (lundi 23 octobre, NDLR), on rencontre Philippe Martinez pour en discuter. À partir de mon cas spécifique, il faut mettre en avant tous les dossiers de criminalisation du mouvement syndical. La Confédération a recensé à ce jour 800 dossiers. On ne peut pas laisser nos militants face aux juges. Face au stress qu'engendre un procès. Quand on est un militant, être accusé parce qu'on a agi pour défendre des droits, les siens, mais aussi ceux des autres, c'est un coup de bâton terrible. Bien souvent, les choses s'écroulent les unes après les autres : l'emploi, la vie de famille, la santé parfois… Et l'enjeu pour le syndicat, c'est aussi de considérer la perte de militants. C'est pourquoi notre slogan : « Quand on s'attaque à un militant de la CGT, c'est toute la CGT qui est attaquée » ne doit pas être qu'un slogan, mais une réalité forte. Dans toute la maison CGT, il faut retrouver cette solidarité et cette fraternité. C'est hyper important. Il faut donner une dimension nationale à cette affaire, mais pour faire connaître toutes les atteintes aux libertés syndicales qui sont à l'œuvre dans la France de Macron.

À titre personnel, comment vis-tu cette période ? Comment vas-tu ?

Je tiens le coup. Je suis convaincu de ce que je fais. Je sais pourquoi je le fais, mais je suis très déçu que l'on n'arrive pas à mobiliser plus pour contrer les ordonnances contre le Code du travail. Aujourd'hui, il faut renouer le contact avec les salariés. On a un peu trop perdu cette relation directe. On s'est laissé enfermer dans des discussions, des réunions avec les tauliers… Il nous faut aller à la reconquête du terrain, retrouver la solidarité, la fraternité entre les salariés et le mordant. Il faut se rappeler que les grandes conquêtes c'est par la lutte qu'on les a obtenus, pas autrement.