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Show élyséen

15 avril 2016 | Mise à jour le 15 février 2017
Par | Photo(s) : Stéphane de Sakutin/AFP
Show élyséen

La rue a contraint François Hollande à s'exprimer. Sur France 2, il a assuré que la France allait mieux et, à un an de la présidentielle, a tenté de se présenter en défenseur des salariés et des jeunes. Mais face à la réalité de son bilan et à l'obstination libérale de sa politique, son show n'a guère convaincu.

Les mises en scène les plus sophistiquées, vues, revues et corrigées, ne suffisent pas toujours à vendre de mauvaises pièces. Ce jeudi 14 au soir, François Hollande en a fait la démonstration sur France 2.

AU CORDEAU

Tout avait pourtant été préparé au cordeau, pour la prestation présidentielle dans l'émission « Dialogues Citoyens ». Pas du tout « sous la dictée de l'Élysée », assure Michel Field, directeur de l'information de France Télévisions. Selon lui, c'est ainsi à la seule initiative de la chaîne qu'a été écartée Nathalie Saint-Cricq, responsable du service politique de France 2. De même qu'il a démenti avoir envoyé le conducteur de l'émission à l'Élysée, qui n'aurait pas non plus choisi ni écarté les citoyens dits représentatifs du pays censés « dialoguer » avec le chef de l'État.

« REPRÉSENTATIFS »

Quatre citoyens ont donc été retenus pour représenter le pays. D'abord, un électeur FN, que Franz-Olivier Giesbert, débriefant ensuite l'émission, n'a pas hésité pas à classer du même côté que la CGT, le NPA et le Front de gauche. Peu importent les oxymores, pour l'éditorialiste du Point, dès lors commentateur de l'actualité qualifié pour les chaînes publiques… Puis la mère d'un jeune embrigadé par les « jihadistes » (ou autoproclamés tels), décédé en Syrie.

Puis une patronne de start-up, électrice de Nicolas Sarkozy, pour débattre d'économie, d'entreprise, de travail ; sans doute parce que ceux qui manifestent aujourd'hui contre le projet de loi de démantèlement du Code du travail, ce sont les patrons et non les salariés, actuels ou en formation, actifs ou privés d'emploi ; sans doute aussi parce que les start-ups sont tellement représentatives des TPE-PME qui se débattent avec leurs donneurs d'ordre et avec les banques.

Et enfin, un jeune étudiant marseillais en école de commerce, qui participe aux Nuits Debout, qui a su rappeler au locataire de l'Élysée le hiatus entre les promesses du « Vous, candidat » et les orientations du « Vous, président », mais qui a vite été interrompu…

Pour revenir, sans doute, aux choses sérieuses. Deux autres invités, en revanche, ont été déprogrammés : une déléguée syndicale du volailler Doux et un agriculteur ; de fait, on comprend les choix de la direction de France Télévisions : qu'auraient-ils eu à dire de pertinent, ces deux-là ?

« PÉDAGOGIE » SUR UN BILAN

En chute libre, vertigineuse, dans les sondages, faisant face à une mobilisation contre le projet de loi dite « travail » qui ne cesse de s'étoffer parmi toutes les générations et de renouveler ses formes, et à un peu plus d'un an de la présidentielle, le locataire de l'Élysée, déclarant qu'il annoncerait ou non sa candidature à la fin de l'année, devait bien aux citoyens une heure de pédagogie (selon les mots de Jean-Christophe Cambadélis) sur la qualité de son bilan.

Les grèves, débrayages, manifestations, assemblées générales dans les entreprises, les lycées et les facs, les Nuits debout qui font tache d'huile dans le pays – et au-delà –, auront au moins obligé le président à tenter de s'expliquer.

On oubliera donc sagement la courbe du chômage et la situation des privés d'emplois. On omettra la pauvreté et la précarité qui ont encore progressé, les déficits imposés des collectivités territoriales privées des financements attribués au patronat, les restrictions imposées aux hôpitaux, les projets de désintégration des droits des salariés et du principe de faveur, l'état d'urgence comme mode de gouvernement, les violences policières contre des jeunes – et moins jeunes – en colère, la répression antisyndicale et l'acharnement des Parquets contre les militants, le rejet assumé de milliers de réfugiés en quête de survie, et puis aussi quelques autres menus détails du même ordre, et l'on se convaincra facilement du bilan globalement positif des quatre premières années du quinquennat.

FACE À UNE SOCIÉTÉ EN MOUVEMENT

Sachez-le : « la France va mieux ». François Hollande l'assure. Il y a « moins de déficits, il y a moins d'impôts, plus de compétitivité », ou encore « plus de marges pour les entreprises ». Eh oui, aller mieux, c'est cela.

Il ajoute qu'il y aurait aussi « plus de pouvoir d'achat pour les salariés » qui apprécieront. Du coup, il entend bien poursuivre « jusqu'au bout » la logique de ses réformes. Notamment la loi dite « travail ».

Cela s'appelle, paraît-il, « moderniser le pays tout en protégeant son modèle social ». Il faut bien trouver les mots pour reconquérir ceux qui espéraient le changement. Mais à écouter de jour comme de nuit les revendications des salariés, des jeunes, leurs débats, leurs propositions, qu'il s'agisse de travail, de formation, d'égalité des droits, de démocratie…

Il n'est pas si sûr que les mots suffisent à convaincre.