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ENTRETIEN

Sophie Binet dans « Libération » : « Augmenter les salaires, c'est aussi régler la question des retraites »

22 juin 2026 | Mise à jour le 22 juin 2026
Par | Photo(s) : Ludovic Marin / AFP
Sophie Binet dans « Libération » : « Augmenter les salaires, c'est aussi régler la question des retraites »

« Le déclassement est inédit, on assiste à une véritable smicardisation », déplore Sophie Binet. Ci-dessus, le 13 avril 2026.

Dans un entretien accordé à « Libération » et paru ce lundi 22 juin, Sophie Binet rappelle le lancement d’une semaine de mobilisation pour l’augmentation des salaires. Dans le détail, la secrétaire générale de la CGT plaide pour leur indexation sur les prix.

Ce lundi 22 juin marque le coup d’envoi d’une semaine d’actions conduites par la CGT pour soulever la question des salaires et en réclamer l’augmentation. En résumé, le syndicat espère bien obtenir l’ouverture de négociations dans toutes les entreprises. Inflation record, contraction des salaires en raison de l’absence de bonne volonté du patronat… La donne est en effet accablante pour les salariés. Dans un entretien accordé à Libération et publié ce lundi 22 juin, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, fait le point sur les revendications de l’organisation.

« Un déclassement inédit »

Mais, pour y voir plus clair, encore faut-il prendre le temps de peindre le tableau. Sophie Binet livre ainsi son analyse en préambule : « Pour la première fois depuis 1945, le pouvoir d'achat des salariés baisse de façon durable alors que, jusque-là, il augmentait. Depuis l'invasion de l'Ukraine par Poutine, les salaires n'ont pas retrouvé leur niveau d'avant 2020. » Situation d’autant plus asphyxiante que les prix avaient augmenté en moyenne de 2,4 % en mai dernier, par rapport à leur niveau douze mois auparavant, et que l’inflation pourrait même culminer à 2,7 % selon les projections de l’Insee sur l’ensemble de l’année, comme le rappelle le quotidien. « Le déclassement est inédit, on assiste à une véritable smicardisation : depuis l'augmentation mécanique du smic, 80 % des branches ont une grille qui commence sous le salaire minimum », note alors Sophie Binet.

Si aucun secteur ne paraît échapper à cette grande fragilisation, certains pans du monde du travail se révèlent plus friables que d’autres. Et la secrétaire générale de la CGT de pointer le gel pour ainsi dire permanent du point d’indice des fonctionnaires depuis une vingtaine d’années, mais aussi la précarisation des femmes, qui représentent environ 80 % des temps partiels du pays. « À la fin du mois, beaucoup sont payées loin du smic mensuel parce qu'elles ne travaillent pas à temps plein. »

Il n’est toutefois pas tout à fait juste, à la réflexion, de dire que personne ne sort indemne de cette équation infernale. La rente, après tout, se porte très bien… « On est à 100 milliards d'euros distribués aux actionnaires en 2025, la France est championne d'Europe en versement de dividendes », souligne encore Sophie Binet auprès de Libération.

Cette rigueur dont nous ne sommes jamais sortis

L’urgence est donc à la recherche de solutions. La dirigeante de la CGT fournit les siennes : « La seule mesure vraiment efficace, c'est d'indexer les salaires sur les prix pour que tous les salaires augmentent en même temps que le smic. » Une désindexation qui est aussi un héritage du « tournant de la rigueur », impulsé par le gouvernement Pierre Mauroy en 1983.

« Augmenter les salaires, c'est aussi régler le problème de financement des pensions de retraite. Le contexte de stagnation salariale est très dangereux pour les comptes sociaux parce que cela fait moins de cotisations. Et donc moins d'argent pour nos retraites et notre Sécurité sociale », plaide encore Sophie Binet.

Quant à l’antienne selon laquelle faire monter les salaires reviendrait mécaniquement à nourrir l’inflation, elle semble bien abstraite face à l’essor des prix malgré la stagnation salariale. « La vraie boucle, c'est la boucle prix/profit : les prix augmentent parce que les profits augmentent, notamment dans l'énergie ou l'alimentaire », remarque ainsi Sophie Binet auprès du journal.