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SANTÉ

« Un sens dingue pour nous » : à Rennes, l'association Asalée se bat pour ses salaires... et un autre modèle de soins

27 mars 2026 | Mise à jour le 27 mars 2026
Par | Photo(s) : Lucie Inland
« Un sens dingue pour nous » : à Rennes,  l'association Asalée se bat pour ses salaires... et un autre modèle de soins

A Rennes, tous mobilisés pour Asalée.

Une centaine de personnes se sont regroupées devant les bureaux de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de Rennes le jeudi 26 mars. Infirmiers, médecins, médiateurs en santé et patients de l’association Asalée protestent à travers le pays contre le gel de ses activités ainsi que de la rémunération des salariés.

Ce n’est pas la pluie qui aura raison de la détermination des salariés de l’association Asalée et des personnes venues les soutenir ce jeudi 26 mars en fin de matinée à Rennes. Des gens entrent et sortent dans les locaux de la CPAM, à quelques pas de la gare, en lisant les panneaux écrits par les manifestants. Un indique « 54 jours sans salaire ». Ainsi, les derniers salaires en date versés aux soignants l’ont été… fin janvier. Une grande banderole affiche le prénom et le visage des infirmiers (très majoritairement des femmes), médecins, médiateurs en santé et patients mobilisés pour l’avenir de l’association. 46 professionnels sont concernés en Ille-et-Vilaine. Le mot d’ordre scandé dans le mégaphone : « Asalée, on veut quoi ? Le respect. » D’autres mobilisations de ce type ont lieu au même moment un peu partout, dont une à Paris à l’appel de la CGT Santé Action sociale qui dénonce une situation inacceptable

Un modèle de soin unique

L’association Asalée existe depuis 2004. Créé dans les Deux-Sèvres sous l’impulsion de Dr Isabelle Rambault-Amoros et d’autres professionnels de santé, ce dispositif de santé libérale mené avec la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) est d’abord expérimental, avant d’être généralisé à l’ensemble du territoire français. Elle est actuellement composée de 2080 infirmiers, dont 10 médiateurs en santé, et 9500 médecins généralistes partenaires. Tous sont formés en éducation thérapeutique du patient (ETP), afin que ce dernier apprenne à vivre avec une maladie chronique selon ses besoins et ses ressources. Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), diabète, risques cardio-vasculaires, mais aussi sevrage tabagique ou santé mentale… autant de champs d’action pris en charge grâce à une collaboration active entre patients, infirmiers et médecins. 

La priorité est l’autonomie du patient, loin de la relation de soins habituellement verticale entre les soignants et les patients. Pour atteindre ce résultat, les consultations Asalée sont plus longues (environ une heure) et entièrement prises en charge par la CNAM. « On a le temps d’écouter les gens et proposer une prise en charge globale » expliquent Lucie, Justine et Aline, trois infirmières d’Ille-et-Vilaine présentes. « On s’adapte aux patients, pas aux cases de la CNAM. Et on retrouve une qualité de travail, du sens et des valeurs qui nous ont fait choisir ce métier. » Un modèle aux antipodes du parcours de soins fait de consultations parfois difficiles à trouver, courtes, pour lesquelles il faut avancer les frais, qui ne coûte que 0,05% du budget de l’Assurance maladie et bénéficie à plus de trois millions de personnes. « Pour un euro investi, on en rapporte 30 » résument-elles. 

Bras de fer administratif  

Malgré ses excellents résultats sur le terrain à peu de frais, le torchon brûle entre Asalée et l’Assurance maladie depuis plusieurs années. Comme le rappelle Le Parisien, l’Assurance maladie, présidée depuis 2020 par Thomas Fatome, a pris la décision de geler salaires et activités pour faire pression sur l’association, au fonctionnement jugé trop bancal et opaque à la suite d’un rapport produit par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas). Une conclusion contestée par Asalée et sa présidente, Dr Margot Bayart, dans une lettre ouverte publiée le mois dernier. Lucie, Justine et Aline parlent d’un « discours contradictoire » de la part de Thomas Fatome – par ailleurs passé par l’Igas – affichant un soutien de façade à Asalée sans agir en conséquence pour sauver l’association.  

Résultat : les derniers salaires versés datent de fin janvier, Asalée n’ayant plus un centime de trésorerie. « On continue de se lever sans salaire pour les patients, les médecins, les collègues. C’est de la résistance. On continuera jusqu’au bout » assurent Lucie, Justine et Aline. Certains peuvent compter sur un soutien financier, à l’image de cet homme soutenant sa femme. « Pas touche à mon infirmière ! » sourit-il. D’autres doivent renoncer à se rendre au cabinet faute d’argent pour mettre de l’essence dans la voiture. « Une collègue infirmière diplômée en 1995 doit voir une assistante sociale » soupire Lucie. 

Un avenir incertain

« Si on change de gouvernance on ne sait pas ce que ça va donner. Ça nous empêche de dormir la nuit » poursuivent les trois infirmières. Elles n’ont aucune garantie de reclassement si l’association Asalée coule. Et ce n’est pas le projet de maisons de santé labellisées France Santé qui les rassure, éloigné de l’esprit plus libre d’Asalée. « On a peur d’être repris par un groupe privé, de recourir à la tarification à l’acte (T2A), devoir doubler le nombre de patients et faire du chiffre au détriment de qualité de la prise en charge. » Une quatrième infirmière ajoute : « Asalée est à l’opposé du modèle de soin autour du fric. Ça a un sens dingue pour nous. On évite des complications, des arrêts longs, des hospitalisations , on fait se rencontrer des patients. Tu vois arriver les gens dans le cabinet, ils changent, ils se redressent. » 

Les patients s’inquiètent aussi de leur devenir sans le suivi inédit proposé par Asalée. « Ils sont là pour nous soutenir quand ça ne va pas, on peut bien venir une heure les soutenir » glisse Céline, suivi par un infirmier de l’association depuis trois ans. Elle est venue avec un petit groupe de marche initié par ce soignant. « Il nous sort de notre quotidien, il est indispensable » confie cette femme vivant avec une dépression qui lui laisse plus ou moins de répit. « Avant je ne consultais que quand j’avais vraiment besoin, maintenant je vais au centre de santé toutes les semaines pour retrouver d’autres personnes et marcher. » Une activité qui prévient autant les risques cardio-respiratoires que l’isolement, que connaissent hélas bien les personnes devant vivre avec une maladie chronique. 

Une audience était fixée ce vendredi 27 mars à 9h30 au tribunal économique de Paris en vue de verser les salaires en attente.