10 mars 2026 | Mise à jour le 9 mars 2026
Le Planning familial, qui fêtait ce 8 mars ses 70 ans, a joué un rôle central dans l'histoire des droits reproductifs en France, par ses actions éducatives et militantes en faveur de la liberté des femmes à disposer de leurs corps. Retour sur quelques jalons qui ont marqué son histoire.
Ce 8 mars, on célébrait le journée internationale des droits des femmes. Le Planning familial, qui a tant fait pour cette cause, fêtait ce même jour ses 70 ans. Alors qu’il est aujourd’hui menacé sur plusieurs fronts, et d’abord par la baisse des subventions qui lui sont alloués, retour sur les grandes dates qui ont balisé son parcours.
Naissance en 1956
Les époux Bacs, d'origine modeste et âgés de 25 ans, sont jugés et emprisonnés à la suite de la mort d'un de leurs enfants, leur quatrième, sur fond de négligences, dans un contexte social et conjugal très difficile. La gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé témoigne à leur procès en appel pour que soient reconnues des circonstances atténuantes : Ginette Bac était déjà mère de quatre enfants et enceinte d'un cinquième au moment de la mort de Danielle, leur dernière née, tout ceci en l'espace de cinq ans. La cour d'appel réduit leur peine de sept à deux ans.
Quelques mois plus tard, la médecin et la sociologue Évelyne Sullerot s'associent pour fonder, le 8 mars 1956, l'association la « Maternité heureuse », qui promeut la contraception dans la mesure de ce qui est permis par la loi de 1920 qui interdit les « pratiques anticonceptionnelles ». Quatre années plus tard, l'association devient le Mouvement français pour le planning familial (MFPF). Les premiers centres ouvrent dans les années suivantes à Grenoble, puis Paris, et progressivement à travers le pays.
Décembre 1967 : le combat pour la contraception
Dans les années 1960, les centres du planning familiaux vendent des contraceptifs, en majorité des diaphragmes et des gels spermicides, importés clandestinement depuis le Royaume-Uni, ainsi que des pilules contraceptives venues des États-Unis. Ces distributions rencontrent un grand succès, et le MFPF commence à former des « hôtesses d'accueil » pour accompagner les patientes.
Pendant cette période, si ces pratiques sont vivement critiquées par l'Église catholique ainsi que par une partie du corps médical, « des évolutions importantes sont perceptibles dans certains organismes phares de l'expertise publique, comme à l'Institut national d'études démographiques, qui incite à une certaine dédramatisation des enjeux de la contraception et de l'avortement », expliquent Arnaud Régnier-Loilier, Henri Leridon et Fabrice Cahen dans un article paru dans la revue Population & Sociétés. « C'est dans ce changement général de sensibilité, dont beaucoup reste à étudier, et non dans le huis clos de la représentation politique, que la loi de 1967 trouve ses racines. » L'Assemblée nationale vote la loi Neuwirth – du nom du député Lucien Neuwirth qui porte le texte et finit par le faire admettre à un général de Gaulle initialement réticent – qui autorise la fabrication et prescription de contraceptifs sur ordonnance fin 1967. Il faudra toutefois attendre cinq ans avant que ses décrets d'application soient véritablement publiés. Autres bémols, les contraceptifs ne sont alors pas remboursés par la sécurité sociale, et les mineurs doivent disposer d'une autorité parentale pour s'en faire prescrire.
Début des années 1970 : du manifeste des 343 à la loi Veil, le droit à l'avortement
Le MFPF continue de structurer le mouvement pour la contraception en France, et devient un acteur important au sein de la galaxie d'associations et d'organisations qui œuvrent en faveur de la légalisation de l'avortement, en particulier au début des années 1970. Le travail de sensibilisation et d'éducation réalisé dans les Plannings familiaux contribue à politiser la question, notamment alors que l'association se rapproche de plusieurs syndicats, dont la CGT et la CFDT. En avril 1971, le manifeste des 343, signé par autant de femmes qui reconnaissent avoir eu recours à un avortement, est publié.
La vice présidente du Planning familial, Simone Iff, fait circuler le manifeste parmi les célébrités pour obtenir des signatures influentes. Elle participe à fonder, deux ans plus tard, le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) dont elle sera vice présidente. Dès la promulgation de la loi Veil en 1975, le MFPF milite auprès de l'État pour qu'il ouvre des centres d'IVG.
Un renforcement progressif au fil des décennies
Le MFPF participe, en militant à grande échelle et par des actions de lobbying auprès des députés et sénateurs, à renforcer les droits à la contraception et à l'avortement au fil des années. En 1992, une loi dite « contre le délit d'entrave à l'IVG » entre en vigueur : l'IVG est totalement dépénalisé, il était jusqu'alors considéré comme « une dérogation à un délit ». Les mineurs ont un accès plus étendu à la contraception, sans autorisation parentale. En 2001, l'avortement quitte le code pénal pour entrer dans le code de santé publique. Il faut ensuite attendre 2013 pour que l'IVG soit pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. En 2024, le Parlement vote l'inscription dans la constitution « de la liberté garantie pour chaque femme d'avoir recours à l'IVG », une première mondiale. Le MFPF aura participé, par son travail éducatif, par la production d'étude et de statistiques, à convaincre une partie de l'opinion publique, et une majorité de parlementaires, de la nécessité de protéger ce droit.