16 janvier 2026 | Mise à jour le 16 janvier 2026
À l'Unédic, la réunion de négociations sur le chômage du 15 janvier n'a pas débouché sur des propositions concrètes. Entre attente du retrait de la lettre de cadrage gouvernementale, désaccord sur l'objet des négociations et contestation d'études jugées « indigentes » sur les ruptures conventionnelles, les prochaines réunions devraient rester sous tension.
« Et les derniers seront les premiers », plaisante Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT, alors que sa délégation se présente en dernier devant les journalistes. Ce 15 janvier, au siège de l'Unédic à Paris, une nouvelle réunion de négociations réunissait organisations patronales (Medef – CPME – U2P) et syndicales (CGT – CFDT – FO – CFE-CGC), avec l'objectif donné par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou de parvenir à un accord paritaire pour réaliser 400 millions d'euros annuels d'économies sur l'assurance chômage.
Dans l'attente du gouvernement
À l'issue des quatre heures de discussions, pas de proposition pour le moment. Le patronat et les autres organisations syndicales attendent pour cela le retrait de la lettre de cadrage émise cet été par l'ex-Premier ministre François Bayrou, laquelle visait 2 milliards d'économies annuelles en durcissant les conditions d'indemnisation.
Les organisations, hors-CGT, attendent également l'agrément d'un avenant au dispositif bonus-malus sur les contrats courts, signé en juillet 2025, demandé via un courrier paritaire envoyé au gouvernement début janvier. « Le Medef ne participera pas à la négociation du 28 janvier [sur les contrats courts, ndlr] si le gouvernement ne procède pas à l'agrément » a déclaré Hubert Mongon, négociateur pour le Medef. La CGT n'avait pas signé cet accord, sur ce dispositif qui consiste à augmenter ou réduire les cotisations patronales en fonction du comportement d'embauche des entreprises.
Des études contestées
La session du jour était dédiée à l'audition de différents experts sur les questions des ruptures conventionnelles (RC). Ce dispositif mis en place en 2008 permet de mettre fin à un contrat de travail à l'amiable, par un accord entre le salarié et l'employeur, en donnant tout de même droit à des allocations chômages. Deux intervenants de l'Institut des politiques puliques (IPP) ont présenté des résultats qui n'ont pas convaincu Denis Gravouil. « Ces études ne nous ont pas semblé prudentes. Surtout que l’IPP avait fait l’impasse sur le fait que 50 % des RC sont signées dans des entreprises de moins de 11 salariés. » Les études de l'IPP ne faisaient pas mention des RC dans les TPE.
« On doit quand même parler de la dernière audition, c'était grandiose » a souligné le syndicaliste, en référence à la présentation de Thalia Breton, directrice générale adjointe Gouvernance responsabilité sécurité de France Travail, et Maria Giovanna Falzone, directrice de la prévention des fraudes et du contrôle interne de France Travail. « La grande idée de France Travail, c’est de dire qu’on n’a pas repéré les comportements abusifs […] Alors on nous explique qu’on a fait 12 000 contrôles sur les personnes qui ont eu des RC en Île-de-France et qu’on a trouvé 18% de manquements qui ont donné lieu à des sanctions. Mais [Thalia Breton] a été incapable de nous définir ces comportements abusifs, qui ne sont pas des fraudes […] Nous estimons cette étude indigente et indigne d'un service public. »
Les représentants patronaux ont également affirmé vouloir lutter contre les « abus » dans les RC, sans vouloir remettre en cause le système en soi. Pour Denis Gravouil, « il faudrait faire un bilan plus sérieux de la loi de 2008, de l’usage des RC, bien avant de parler de droit au chômage ».
Un cadre flottant
Une première réunion avait eu lieu en l'absence du Medef début décembre, puis une autre le 7 janvier. Les négociations devaient concerner le recours des employeurs aux contrats courts et les ruptures conventionnelles. La CGT avait alors reproché au patronat de « bordeliser » les négociations, lorsque celui-ci avait proposé de réaliser un milliard d'euros d'économie, en « mettant à plat » toute la convention, y compris la durée et le niveau d'indemnisation, le régime de sanctions, et les conditions d'entrée dans le régime. Des paramètres que les organisations patronales espèrent aborder lors de la réunion du 11 février. « Ça risque d'être assez tendu. Il n'est pas question pour nous de remettre à plat les paramètres de l'assurance-chômage », promet Denis Gravouil.
En l'attente du retrait de l'actuelle lettre de cadrage, et de l'éventuelle émission d'une nouvelle, le cadre et l'objet des négociations pourraient encore changer. En cas de nouvel accord, ce serait la cinquième réforme de l'Assurance chômage depuis l'élection d'Emmanuel Macron. Le dernier accord en date, non signé par la CGT, en novembre 2024, avait à nouveau fait reculer les droits des chômeurs en mensualisant les indemnisations sur trente jours, ce qui excluait les 31 du mois, tout en réduisant les cotisations patronales.