27 janvier 2026 | Mise à jour le 27 janvier 2026
La section CGT des urgences du CHU de Caen a alerté la direction, mi-janvier, sur un danger grave et imminent pour les équipes. Si l’établissement a ouvert temporairement une dizaine de lits, une réorganisation en profondeur demeure nécessaire. La situation reste tendue et le syndicat n'exclut pas le recours à la grève.
Les situations de saturation sont de plus en plus fréquentes dans les hôpitaux. Au CHU de Caen, c’est même un sentiment de détresse qui domine, au point que des membres du personnel ont sonné l’alarme en ce début d’année. Nous sommes le 13 janvier 2026. Et les urgences sont à un stade critique. Déborah Le Lièvre, secrétaire générale CGT au sein de l’établissement, se souvient d’agents en pleurs, fatigués, « verbalisant une réelle souffrance ». « Idem chez les médecins. Et des patients partout sur des brancards, dans les couloirs, pas assez de lits… », poursuit-elle : « Dès le lendemain, et sur la base de l'article 4132-2 du Code du travail, nous avons alerté la direction sur un danger grave et imminent (DGI) pour les équipes médicales et paramédicales. »
Le syndicat alerte sur les risques d'épuisement professionnel, d'accidents du travail liés à la précipitation, de stress chronique, de détresse morale. La conséquence, selon Déborah Le Lièvre, d'années « de politique de réduction des lits et de la masse salariale. La publication d'un rapport de la Société française de médecine d'urgence (SFMU), en 2025, appelle à une réorganisation du service. » Auprès de l'AFP, la direction de l'établissement justifie le climat délétère par « un contexte national de tension, lié à la grève des médecins libéraux et à une circulation soutenue des virus hivernaux. »
Face à la situation, la CGT exige l'ouverture de lits. La direction en a ouvert dix, aujourd'hui refermés. « Cette manœuvre immédiate nous a obligé à lever le DGI, le 20, après six jours. » Devant l’ampleur de la crise, on a donc paré au plus pressé mais la demande de recrutement en renforts, elle, est restée lettre morte. Mais Déborah Le Lièvre met en garde : « Rien ne nous interdit, dès que ça ne va pas, de déclencher un préavis de grève. »
Plus d'interne depuis le 1er novembre
La suspension pour six mois, au 1er novembre 2025, de l'agrément indispensable à l'accueil en stage des médecins internes est une autre composante du désastre actuel aux urgences du CHU. Depuis, une vingtaine de ces soignants ne figurent plus aux plannings, dans un service où transitent 150 personnes par jour en moyenne.
La faute à un nombre insuffisant de médecins encadrants, attirés par des conditions de travail plus favorables dans d'autres établissements publics ou privés. « Nous avons six-sept praticiens, il en manque 16-17 supplémentaires », s'alarme Déborah Le Lièvre.
« Les internes ont alerté le doyen de la fac (l'UFR Santé de l'université de Caen Normandie, NDLR) au sujet de leurs conditions de travail et de l'encadrement défaillant. Ils ont été affectés dans d'autres hôpitaux ou spécialités », expose la syndicaliste. L'Intersyndicale nationale des internes évoque des « risques de burn-out. » Pour pallier leur absence, la réserve sanitaire a été mobilisée. On a également eu recours à l’intérim et SOS Médecins intervient sur place depuis décembre afin de mieux réguler les urgences.
« Ce ne sont pas des solutions pérennes, tout peut s'arrêter du jour au lendemain. Nous ne sommes pas sereins », témoigne Déborah Le Lièvre. Dans ces conditions, le CHU pourra-t-il récupérer son agrément le 1er mai ? « J'en doute. Nous n'avons connu aucune amélioration jusqu'à présent. » Questionnée sur la manière dont elle comptait assurer la continuité pédagogique auprès des étudiants, la direction n'avait toujours pas répondu au moment de la publication.
Jonathan Konitz