26 février 2026 | Mise à jour le 26 février 2026
Le géant français du petit électroménager Groupe SEB annonce 2 100 suppressions de postes dans le monde, dont 500 en France. Un plan d'économies jugé « purement financier » par la CGT, qui dénonce des délocalisations et exige un moratoire sur les licenciements.
L'annonce a fait l'effet d'une onde de choc. Mercredi 25 février, le Groupe SEB (Moulinex, Tefal, Rowenta)
a présenté aux représentants du personnel un vaste plan d'économies prévoyant jusqu'à 2 100 suppressions de postes dans le monde, dont 1 400 en Europe et 500 en France.
Officiellement, la direction assure qu'il n'y aura «
pas de départs contraints » dans l'Hexagone et que la production ne serait pas concernée. Les suppressions viseraient principalement les fonctions support (R&D, marketing, qualité, informatique, logistique), avec un recours annoncé à des
ruptures conventionnelles collectives (RCC) et à des congés de fin de carrière.
Un « plan rebond » dans un contexte de rentabilité sous tension
En présentant ses résultats 2025, le groupe met en avant la nécessité de « retrouver une trajectoire de croissance rentable » face à une concurrence internationale accrue et à l'accélération des cycles d'innovation. Le chiffre d'affaires recule de 1,2 % à 8,17 milliards d'euros. Le résultat opérationnel chute de 25 %, même si le bénéfice net progresse à 245 millions d'euros. La direction table sur 200 millions d'euros d'économies à l'horizon 2027-2028 et vise un redressement de la marge opérationnelle.
Mais pour la CGT, les chiffres racontent une autre histoire. Dans son tract du 25 février, le syndicat souligne que le chiffre d'affaires du groupe atteint 8,2 milliards d'euros, avec un résultat opérationnel sur activité (ROPA) de 601 millions et une marge opérationnelle de 13,3 %. Chez Calor, le chiffre d'affaires reste stable à 300 millions d'euros pour 22 millions de bénéfices. « Pour la CGT, ce plan de suppression d'emplois est purement financier. Il vient satisfaire les actionnaires », écrit le syndicat, pointant une hausse immédiate de l'action et des dividendes annoncés à 2,80 euros par action, alors que les salariés ont connu 0 % d'augmentation salariale.
Des délocalisations déguisées ?
Sur le site de Pont-Évêque (Isère), la pilule ne passe pas. Deux services – soin de la personne et confort domestique – sont appelés à disparaître, soit 55 emplois supprimés. Ouria Belaziz, déléguée syndicale centrale CGT, dénonce un transfert des activités vers l'Asie : « Les principales cibles, ce sont les fonctions support. Leur métier et leur fonction seront transférés en Asie pour être au plus près des lieux de production. »
Pour la syndicaliste, le discours sur le volontariat masque une stratégie plus large : « La direction parle de suppressions d'emplois par départs volontaires, via des ruptures conventionnelles collectives. Mais rien ne garantit que cet accord-cadre ne serve pas demain à d'autres suppressions. » Elle insiste sur le contraste entre la santé financière du groupe et les annonces sociales : « On a affaire à un leader mondial du petit électroménager. Le chiffre d'affaires dépasse les 8 milliards d'euros, la marge opérationnelle est à plus de 13 %. Pour nous, ce plan rebond est purement financier et inacceptable. La priorité doit être l'emploi en France et l'investissement industriel. »
« C'est très violent »
Invitée de la Matinale sur TF1, la secrétaire générale de la Confédération générale du travail, Sophie Binet, a immédiatement et vivement réagi :
« C'est très violent, ça vient malheureusement s'ajouter à la longue liste des plans de licenciements que la CGT a recensés depuis près de deux ans. »
Elle dénonce une absence de réponse politique à la désindustrialisation : « Ça fait deux ans que la CGT tire le signal d'alarme sur la désindustrialisation et que tous les gouvernements qui se succèdent ne font rien. Il faut prendre des mesures fortes pour protéger notre industrie et notre économie en commençant par un moratoire sur les licenciements, le temps de chercher des repreneurs et de transformer les entreprises pour les décarboner. »
Pour la CGT, l'enjeu dépasse le seul cas SEB. Il s'agit de défendre les emplois, les savoir-faire industriels et l'ancrage territorial face à des logiques financières jugées court-termistes. « L'urgence est d'investir dans les projets produits et dans l'outil de production, et de préserver nos emplois en France », martèle Ouria Belaziz.
Alors que s'ouvrent les discussions sur un éventuel accord de rupture conventionnelle collective, le syndicat promet de « défendre l'emploi avant tout ». Le « plan rebond » voulu par la direction pourrait bien se transformer en bras de fer social.