19 mars 2026 | Mise à jour le 18 mars 2026
Avant les municipales 2026, NVO.fr met en lumière l’état des communs dans nos territoires. Si les précédents épisodes reliaient tous une problématique à une ville, le septième est thématique : l’idée d’armer la police municipale a en effet pris une place très importante dans le débat public et local. Or, tandis que l'armement des polices municipales n'a cessé de progresser depuis les années 2000, y compris dans les communes tenues par la gauche, déléguer davantage de pouvoir aux agents municipaux c’est donner indirectement davantage de pouvoir aux mairies, qui pilotent ces forces locales. Entretien avec
Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT – Intérieur Police.
62 % des policiers municipaux sont armés, un chiffre en forte hausse depuis les années 2000. Comment expliquer que des mairies de gauche cèdent sur ce terrain sécuritaire, traditionnellement réservé à la droite ?
Pour moi, ça remonte à Nicolas Sarkozy. Il a su imposer le thème sécuritaire au cœur de sa campagne électorale dès 2007, et en faire un sujet politique de premier rang. Ce qui lui a permis de faire sauter beaucoup de digues. En parallèle, il a détruit la police de proximité, et il invite largement les maires à prendre en charge une partie de la sécurité de leur collectivité. La droite, aujourd'hui, continue à défendre ça dans le débat public. Et la gauche tente de se rattraper mais elle n’y arrive pas vraiment, elle ne parvient pas à politiser la question de la sécurité, il y a une forme d'abandon. Et parfois, sur la question de l'armement, c'est la corporation qui peut mettre la pression aux mairies. À Bordeaux, le maire écologiste Pierre Hurmic (qualifié au second tour des municipales face à une liste Renaissance et une autre divers droite, NDLR) avait promis de ne pas armer la police municipale, mais a dû s'y résigner. C'est le rapport de force qui a été mis en place par les fonctionnaires territoriaux : ils disposent du droit de grève, ce que l'on n'a pas dans la police nationale, et sont donc mieux organisés. Là on sort du débat politique, c’est un corps de métier qui s’est positionné, qui avait des revendications et qui a fait plier l'employeur.
Un projet de loi, voté au Sénat, qui doit être examiné en avril à l'Assemblée nationale, prévoit de renforcer les prérogatives de la police municipale et des gardes champêtres, qu’est-ce que ça implique ?
On était récemment en audition à l'Assemblée nationale, sur ce projet de loi. Elle prévoit de faciliter la formation au port d'arme des agents, leur permettre d'utiliser des drones et d'autres dispositifs. Elle leur donne aussi des missions de police judiciaire, en leur donnant le droit de délivrer des amendes forfaitaires délictuelles, et donc de sanctionner sans passer par un magistrat ni un procès. Ce qui leur donnerait tout de même une grande marge de manoeuvre. Les gardes champêtres, eux, ont déjà des contraintes d'armement plus souples que la police municipale, pour des raisons historiques. La réforme réduirait un peu les différences entre les deux.
Est-ce que certains agents, au sein de ce corps de métier, sont opposés à l'armement ?
Non, je ne suis pas certain qu’il y ait grand monde qui se pose la question de savoir si c’est une bonne chose ou pas, l’accélération et la montée en puissance des polices municipales. Par contre, ce que se disent les collègues de la police nationale, et à tort selon moi, c’est que, la police municipale, c’est pas mal, parce que ça pourrait améliorer leurs conditions de travail. Puisque les missions que les policiers municipaux vont faire, les policiers nationaux n’auront plus à les assumer. Et puis, l’autre enjeu, c’est aussi, pour eux, une porte de sortie. C’est-à-dire que, quand t’en as marre d’être à Paris, que t’as fait dix ans ou huit ans dans la capitale, et que tu veux retourner chez toi mais que tu n’arrives pas à avoir de mutation, ou que le boulot te fait chier dans la police nationale parce qu'il y a trop de travail, eh bien, tu demandes à intégrer le corps des policiers municipaux, et puis comme ça, tu vas dans une plus petite commune rurale ou urbaine, où les missions sont quand même plus tranquilles.
Est-ce que la hausse de l'armement entraîne une hausse des blessures ou accidents ?
Mécaniquement, c'est inévitable, pour moi. Il n'y a pas vraiment de chiffres là-dessus. Pareil, il n’y a pas d’études empiriques qui montrent que là où il y a de la police municipale, il y a une baisse de la criminalité. Aujourd’hui, ça n’existe pas. Ce qu'il faut comprendre aussi, c'est que dans le choix des armes, à la police nationale, il y a une doctrine d'emploi, d’achat de l’arme et de compétence stricte. Les maires, eux, peuvent acheter les flingues qu’ils veulent pour leurs agents (parmi les catégories B, C et D, ce qui recouvre tout de même une vaste gamme d’armes allant des bombes lacrymogènes aux armes de poing létales, NDLR).