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international

Référendum sur la réforme de la justice : la victoire du Non inaugure un « nouveau printemps » italien

26 mars 2026 | Mise à jour le 26 mars 2026
Par | Photo(s) : Andreas Solaro / AFP
Référendum sur la réforme de la justice : la victoire du Non inaugure un « nouveau printemps » italien

Le secrétaire général de la CGIL, Maurizio Landini, sur la place Barberini le 23 mars 2026, à Rome.

La Constitution comme boussole pour un changement mettant au centre de la politique les vrais besoins des gens. Pour le camp du « Non », c'est le message-clé des résultats du référendum du 22 et 23 mars portant sur une réforme constitutionnelle de la justice voulue par le gouvernement Meloni. 

«La meilleure façon de commencer un nouveau printemps dans notre pays ».  Le leader de la Confédération Générale Italienne du Travail (CGIL), Maurizio Landini, s'est félicité ainsi, dans la foulée de l’annonce des résultats, de la victoire du « Non » au référendum du 22 et 23 mars 2026 sur le projet de réforme constitutionnelle de la justice en Italie. Il s’exprimait lors de la conférence de presse du Comitato Società Civile per il NO (Société Civile pour le NON) – dont la CGIL est l’un des principaux moteurs. 

Rosy Bindi, co-dirigeante du Comitato (et entre autre ancienne vice-présidente de la Chambre des députés de 2008 à 2013 et ancienne ministre de la Santé de 1996 à 2008) a souligné : « Quand on touche à la Constitution, le peuple italien démontre encore une fois un patriotisme constitutionnel, sur lequel nous devons aussi nous appuyer pour affronter les grandes problèmes actuels.». Pour la troisième fois en vingt ans –  2006, 2016, 2026 – rappelle-t-elle, avec son « Non » à un référendum constitutionnel, le peuple a sauvé la Constitution. La leçon ? « Gagner les élections ne donne pas le pouvoir de la modifier comme on veut. ». 

La participation comme clé de voûte 

Remerciant les membres du Comitato pour le travail accompli, Rosy Bindi a mis l'accent sur le fait que la campagne a été initiée et menée par la société civile, faisant ainsi la différence. Résultat : un taux de participation à 58,93 %, de loin supérieur à celui des élections précédentes, et une marge de près de deux millions entre les «Non » et les « Oui ». Car non seulement le Non l'a emporté à 53,74 %, mais il a de surcroît obtenu des pics dans un grand nombre de villes : à Naples (75 %), Nuoro (Sardaigne, près de 70 %), Palerme et Bologne (plus de 68%), Florence (67%), Turin et Gènes (plus de 64%), entre autres.  

C'est donc une victoire nette pour le Comitato, dont les initiatives dans tout le pays, sous le signe d'un engagement sans faille pour remettre la Constitution au cœur du débat, ont également permis de reconduire aux urnes des électeurs qui s’en étaient éloignés depuis des années. Maurizio Landini voit dans ce résultat « une demande du pays à être écouté, à pouvoir décider, à pouvoir être impliqué ». Ainsi qu'une demande d'unité, face à la campagne de dénigrement et « de construction de l'ennemi » mise en place par le gouvernement.

Le leader de la CGIL a en conséquence invité toutes les forces politiques à «  avoir l'humilité d'écouter le pays » qui leur demande de résoudre ses problèmes et d'appliquer la Constitution. Et a précisé : « Le travail que nous avons accompli ensemble implique que la justice doit mieux fonctionner. Nous n’avons pas organisé cette campagne pour dire que tout va bien, car les procédures sont lentes et il faut des changements. Nous sommes prêts à formuler des propositions concrètes pour améliorer la situation et nous demandons au gouvernement et aux forces politiques de dialoguer avec nous ». Car, a-t-il ajouté : « Ceux qui gouvernent ne doivent pas dicter leur loi, mais respecter les règles et faire preuve de patience pour dialoguer avec tout le monde », en  tenant compte des « forces sociales », protagonistes de cette campagne, autant que des forces politiques.

La Constitution boussole du renouvellement 

La victoire du « Non » prouve que ce gouvernement ne bénéficie pas du consensus de la majorité du pays, ni représente sa majorité, a poursuivi Landini : « S’il refuse d’écouter le pays, il commet une erreur. Pour ceux qui aspirent à une autre façon de gouverner,  ce vote témoigne sans équivoque d’une demande de changement, un changement qui place la réalisation des objectifs de la Constitution au cœur du renforcement de notre démocratie ». 

Convaincu que « l’application intégrale de la Constitution permettra de reconstruire le pays », il a appelé les responsables politiques à remettre « les personnes qui doivent travailler pour vivre »  au centre de leurs préoccupations, afin de résoudre les problèmes les concernant.  Pour sa part, la CGIL veut « porter la voix » de la majorité du pays aspirant au changement, et a annoncé des propositions visant à relancer le système de santé publique, à lutter contre l'exploitation dans la sous-traitance et pour des politiques d’investissement face à la crise énergétique et institutionnelle que traverse le pays.

Le début de la fin pour Giorgia Meloni ?

Lors de la grande fête qui s’est tenue sur la Piazza Barberini  au centre de Rome, Maurizio Landini a réitéré ses propos devant cette place pleine des jeunes. Il s'est réjoui  de la majorité de « Non » parmi les 18-34 ans : « Nous avons une nouvelle génération qui non seulement demande d'appliquer la Constitution, mais aussi de construire un avenir. Le travail que nous avons fait ces derniers mois, ces dernières semaines, a été exceptionnel. Un à un, nous avons bâti une véritable majorité, en dialoguant avec les citoyens, alors même que le gouvernement pensait avoir la voie libre. Nul ne peut se sauver seul. Ensemble, nous pouvons constituer une force de changement irrésistible ».

Les oppositions parlementaires toutes présentes à ce rassemblement se sont dites prêtes à collaborer afin de construire une alternative unitaire pour représenter cette nouvelle majorité, en vue des législatives qui auront lieu dans un an.  Mais les slogans qui ont été les plus souvent scandés lors de cet événement ont appelé à la démission immédiate de Giorgia Meloni. À la fin de la fête, les membres du « Comitato nazionale per il NO sociale »  (Comité national pour le NON social) qui inclut un grand nombre de mouvements, de collectifs de la gauche extraparlementaire, ainsi que la confédération syndicale autonome USB, ont défilé jusqu'au palais Montecitorio, siège de la Chambre des Députés, derrière la banderole « Meloni Dimissioni ».

Malgré sa défaite, la Présidente du conseil maintient qu’elle resterait en poste comme elle l’avait annoncé à la veille du referendum en cas de victoire du Non, mais a néanmoins commencé à faire le ménage : deux personnalités du ministère de la Justice, qui ont suscité une grande indignation, l’une pour ses propos sur la magistrature (alors qu’elle est dans le viseur de la justice), l’autre pour sa  fréquentation de mafieux, ont dû démissionner. Le ministre de la Justice, Carlo Nordio, lui, reste à sa place malgré la débâcle.

Giannina Mura