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Société

Lolie Roberts, infirmière en pédiatrie : « Pour soigner un enfant, il faut créer un lien »

16 avril 2026 | Mise à jour le 16 avril 2026
Par | Photo(s) : Laurent Hazgui pour La Vie Ouvrière
Lolie Roberts, infirmière en pédiatrie : « Pour soigner un enfant, il faut créer un lien »

Une journée avec Lolie, infirmière en pédiatrie à l'hôpital Trousseau (Paris, XIIe).

Diplômée depuis six ans, Lolie Roberts est infirmière à l'hôpital pédiatrique Armand-Trousseau, dans le sud-est de Paris. Aux conditions de travail et de rémunération peu attractives, elle oppose son amour du métier et la défense du service public.

10 h 30. Service de chirurgie orthopédique et viscérale, avenue du Docteur-Arnold-Netter. Lolie enfile sa blouse blanche au sous-sol du grand bâtiment, puis monte rapidement les étages jusqu'au service des consultations. Au premier, elle pousse la porte de son « box », une salle de soins avec son mur tapissé de dessins d'enfants, sa boîte de jouets, son mobile au plafond. Après avoir allumé l'ordinateur et consulté le planning, elle prépare le lit d'examen et les produits de soin. La journée sera rythmée par tranches de quarante minutes. Sa première patiente, une adolescente opérée d'un kyste pilonidal (poil qui pousse sous la peau), arrive avec sa mère. Vingt minutes plus tard, les points de suture sont retirés. Lolie raccompagne la jeune fille, désinfecte la salle, jette les déchets, et note les soins dans le dossier. « Ce n'était pas compliqué mais, à 15 ans, montrer ses fesses à un soignant, ce n'est pas simple », confie-t-elle. L'infirmière de 26 ans a intégré ce service en septembre dernier, après cinq ans de nuit en postopératoire dans le même hôpital. « Soigner un enfant ou un adolescent, c'est passionnant et particulier : il faut créer un lien avec le patient et le parent, adapter sa communication. »

Faire au mieux, avec moins

Julie, 3 ans, arrive avec sa mère pour le renouvellement du bandage protégeant son pouce, opéré après un écrasement dans une porte. Écouter, rassurer, rester concentrée sur les soins, transmettre les recommandations… Des compétences propres aux infirmières pédiatriques, trop rares en ville. Le service, avec ses quinze salles de consultation, accueille jusqu'à 500 enfants certains jours. « Avant, on était douze infirmières, aujourd'hui, on est huit. Il nous manque aussi trois aides-soignantes, explique Lolie. J'ai toujours connu le service en sous-effectif. »Mais une infirmière vient d'être recrutée, et puis « c'est pire ailleurs ». Syndiquée CGT — « c'est de famille » — Lolie préfère se battre pour défendre l'accès à des soins de qualité pour tous et les conditions de travail. « L'an dernier, l'équipe souffrait d'un management toxique », témoigne-t-elle. Résultat : des démissions et le témoignage d'un parent. « Nos délégués ont lancé une alerte sur les risques psychosociaux pour exiger le départ de notre cadre. »« Il faudra qu'il soit remplacé, mais son départ a été un soulagement, admet Isabelle Pugliese, secrétaire du syndicat CGT. Les salaires ne sont déjà pas attractifs… Beaucoup de jeunes préfèrent le privé. »

Transmettre, c'est vital

Avec ses 2 200 euros net mensuels, Lolie peine à se loger dans le quartier. « Pourtant, les salaires d'entrée ont été revalorisés, mais pas ceux des milieux de carrière, qui stagnent malgré l'expérience », précise la syndicaliste. 12 h 30, pause déjeuner et coordination. Dans la salle de détente, entre deux bouchées, l'équipe évoque les congés d'été à poser, discute des patients suivis et s'organise avec le service des enfants brûlés, situé au 5e étage. « On échange beaucoup d'informations lors de ces pauses, c'est un travail de transmission indispensable », souligne Lolie. C'est là qu'elle apprend l'arrivée, prévue l'après-midi, de Mahdi, 14 ans, partiellement amputé après qu'un mortier lui a emporté la main. « Il a encore peur de la regarder. On sera trois, avec une stagiaire, pour aménager la salle et le rassurer », explique l'infirmière.