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Automobile

Jusqu'à 20 % d'ingénieurs en moins : la seule chose que Renault révolutionne... c'est le dumping social

16 avril 2026 | Mise à jour le 16 avril 2026
Par | Photo(s) : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Jusqu'à 20 % d'ingénieurs en moins : la seule chose que Renault révolutionne... c'est le dumping social

Le PDG du Groupe Renault François Provost, lors de l'annonce du plan stratégique FutuREady, le 10 mars à Guyancourt.

Dans la continuité de sa politique de réduction des coûts et de délocalisations, Renault prévoit de supprimer jusqu'à 20 % de ses postes d'ingénierie en deux ans via son plan « FutuREady », malgré une situation financière solide et de nouveaux contrats dans l’armement. La CGT dénonce un dumping social caractérisé et une « déclaration de guerre à tous les travailleurs de la filière ».

Renault va supprimer 15 à 20 % de ses postes d'ingénierie dans le monde d'ici à deux ans. Le constructeur automobile a annoncé cette réduction des effectifs ce mardi 14 avril dans le cadre de son plan de développement « FutuREady », dévoilé en mars par le directeur général François Provost. Un dispositif essentiellement tourné vers la réduction des coûts. Pour réaliser cett écrémage, la direction pourrait s'appuyer sur une mesure mise en place dans le dernier accord d'entreprise signé fin 2024 par la CFE-CGC et la CFDT, qui permet notamment la signature de ruptures conventionnelles collectives.

Ces suppressions devraient entre autres concerner les sites de Roumanie et du Brésil, au profit de ceux de l'Inde (où des ingénieurs seraient même recrutés), El Dorado de la délocalisation industrielle, où des groupes comme LVMH ou Stellantis ont également délocalisé une partie de leurs fonctions. Cette décision économique a de quoi surprendre, alors que le groupe est plutôt en bonne santé financière (son chiffre d'affaires a augmenté de 3 % en 2025), et que la direction générale de l'armement (DGA) lui a passé commande – selon des informations parues en janvier dernier dans la presse économique – pour produire de nouveaux drones kamikazes dans l'usine du Mans, en partenariat avec la société Turgis Gaillard. Selon Les Échos, le contrat qui prévoit la production de 600 drones par mois, pourrait rapporter un milliard d'euros à Renault en dix ans. La CGT déplore par ailleurs cette collaboration dans l'armement, pour des raisons éthiques. « Tu es ouvrier dans une entreprise qui fabrique des voitures, tu passes à de l’armement, tu vas fabriquer des bombes pour aller tuer des gens à l’autre bout du monde. Il y a de quoi être interloqué » pointe Jean-Philippe Juin, de la Fédération CGT des travailleurs de la métallurgie.

Success system

De plus, cette nouvelle orientation, n’a à l’évidence aucune traduction avantageuse pour les salariés. Car, contrat ou pas, Renault n’a pas prévu d'investissement dans le travail ou dans la production. Jean-Philippe Juin commente : « Il n’y a pas de gain. L’armement ça rapporte beaucoup d’argent, c’est subventionné à coups de milliards par l'État, tous les industriels se lancent dans le domaine. Mais pour Renault, je pense que c’est juste une façon de gagner de l’argent rapidement. L'objectif est simplement l'augmentation de la marge. Le plan FutuREady qui a été publié il y a un mois avait déjà annoncé la couleur, clairement ».

Ce plan se propose d'ouvrir « une nouvelle ère stratégique » pour « transformer une success story en un success system », en référence au redressement opéré par le précédent PDG Luca de Meo, au prix de suppressions massives d'emplois et d'accélération de la délocalisation. Entre 2020 et 2024, les effectifs dans le monde sont passés de 170 158 employés 98 636 et, en France, de 46 250 à 38 730. Provost se lance sur la même ligne, de réduction de masse salariale et de délocalisations. « En fait, c’est une véritable déclaration de guerre pour les travailleurs de toute la filière » affirme Jean-Philippe Juin.

L'objectif affiché par le groupe est de tenir la route face à une concurrence chinoise en pleine croissance en Europe, et de générer une marge opérationnelle entre 5 et 7 % sur le long terme. Malgré des noms stratégiques exaltant le changement (le précédent plan porté par De Meo, s'appelait « Renaulution »), la gestion économique du groupe évolue peu. « François Provost, c’est l’initiateur du projet de De Meo, donc je pense qu’il n’y a pas de rupture dans la conduite de la politique sociale et industrielle de Renault. Malheureusement, on subit encore les politiques de délocalisation et de dumping social qui sont initiées depuis plus de 30 ans maintenant dans l’automobile. »

Délocalisations en série

 Ce qui change en revanche, avec cette nouvelle annonce, c'est le secteur visé par les baisses d'effectifs. « Dans les usines, en tout cas chez les ouvriers, c’est déjà fait depuis longtemps. Je pense qu’ils n’ont pas grand-chose à gagner. Maintenant, ils s’attaquent aux ingénieurs et cadres. » Laurent Brunet, nommé directeur de l’ingénierie par Provost en septembre 2025, a entamé en début d’année 2026 le démantèlement d’Ampère, filiale du groupe spécialisée dans les voitures électriques, lancée trois ans plus tôt par De Meo. La dynamique n'est pas propre à la marque au losange ; Stellantis a également annoncé la suppression de 650 postes dans le centre de développement d'Opel, en Allemagne.

« Ce qu’on ne délocalisait pas il y a 20 ans, maintenant, on n’hésite pas à délocaliser. Si vous regardez la fabrication de la dernière Twingo, tout a été imaginé, étudié en Chine, avec des ingénieurs chinois. Ça met en concurrence directement les ingénieurs français. » Le syndicaliste y voit un dumping social caractérisé. « Sous couvert d’avoir plus de réactivité, plus de rapidité, on ne cherche que la marge, au détriment des conditions sociales et de l’environnement. Puisque faire fabriquer les voitures à l’autre bout du monde, forcément ça a un coût écologique aussi. »

La direction devrait avoir recours aux congés de fin de carrière ainsi qu'aux ruptures conventionnelles collectives pour effectuer ces baisses d'effectifs. Pour Jean-Philippe Juin, c'est un danger pour toute la filière. « Les gens qui partent, bien souvent, ne restent pas dans le secteur automobile, ils vont ailleurs. On s’attaque à la R&D (recherche et développement, NDLR), c’est en principe le cerveau de l’entreprise. Ils imaginent ce qui va se passer dans 5 ans ou dans 3 ans. Si on coupe cette tête, on va se retrouver avec des entreprises vidées de leur contenu, sans perspectives, sans projet, sans avenir. »