
Limoges, Toulouse, Vitry-sur-Seine... La CGT en cinq congrès
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Le 6 juin 1936, lors de la séance d'investiture à la chambre des députés. À la tribune, Léon Blum, qui a accédé à la présidence du Conseil des ministres deux jours plus tôt, présente son gouvernement.
« Tous les militants des organisations syndicales se réjouissent pleinement du triomphe électoral du Front populaire », écrit l'ex-boulanger et dirigeant syndical Julien Racamond, dans la Vie ouvrière, au lendemain des législatives des 26 avril et 3 mai 1936. L'alliance de gauche a remporté 386 sièges sur 610 au Palais-Bourbon, et le Parti communiste français (PCF) a doublé le nombre de ses députés.Lors des meetings des semaines précédentes, le changement était déjà palpable. Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, mais aussi Léon Blum, pour le Parti socialiste-Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), ont lancé le mot d'ordre « Pain, paix, liberté ». Un slogan repris entre les deux tours lors des manifestations du 1er-Mai. Nombre de travailleurs estiment que la victoire électorale doit être un point d'appui pour de véritables conquêtes sociales dans le monde du travail.
Aussi, le scrutin du 3 mai ne clôt pas une séquence qui s'inscrit dans un temps plus long et un espace politique plus large. Les émeutes et la tentative de putsch des ligues d'extrême droite, fomentées le 6 février 1934, ont éveillé les consciences quant aux menaces pesant sur la démocratie. Les syndicats et organisations ouvrières ont, dans la foulée, multiplié les manifestations pour défendre les libertés publiques et l'unité du monde du travail.La dynamique du « Rassemblement populaire » antifasciste a nourri la réunification de la CGT et de la CGTU (pour « unitaire »), en mars 1936, puis la coalition entre le PCF, le PS et le Parti radical aux législatives.
Le mouvement social ne va donc pas se contenter d'un résultat électoral. Du 11 au 13 mai, les premières grèves éclatent. Les usines aéronautiques du Havre et de Toulouse inaugurent un mode d'action inédit : la grève « sur place » qui fait bientôt tache d'huile, avec des centaines d'usines occupées. Fin mai, le ministère du Travail recense jusqu'à 2,4 millions de grévistes.
Vingt ans plus tard, la Vie ouvrière revient sur ces événements historiques en donnant la parole aux acteurs de juin 1936. Lucien Jayat, l'un des responsables de la Fédération CGT des services publics au moment des événements, raconte les occupations : « Les grèves se déroulaient dans une atmosphère chargée d'enthousiasme […]. On était accueillis au milieu des rires, des chants, des flonflons d'accordéon et des danses. » D'autres témoins se souviennent de l'extension fulgurante d'un mouvement qui « gagnait tous les magasins et les entreprises comme une traînée de poudre » . Pour beaucoup d'ouvriers, ces journées marquent une transformation profonde de leur place dans la société.
La philosophe Simone Weil, qui a enduré le travail en usine en 1935-1936, en parle comme d'une expérience exceptionnelle : « Cette grève est en elle-même une joie. » La pression populaire conduit rapidement le patronat à demander des négociations. Dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, les accords de Matignon sont signés entre l'État, la CGT et, pour la partie patronale, la Confédération générale de la production française. Ils entérinent des avancées sociales majeures : une hausse des salaires de 7 à 15 % et la reconnaissance des délégués du personnel. S'y ajoutera, les semaines suivantes, l'adoption des deux conquêtes les plus spectaculaires de ce magnifique printemps : la semaine de quarante heures et les quinze premiers jours de congés payés.

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