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Bataille culturelle

« Combattre le mensonge » : à Saint-Denis, une conférence pour s'armer contre l’extrême droite

22 mai 2026 | Mise à jour le 22 mai 2026
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« Combattre le mensonge » : à Saint-Denis, une conférence pour s'armer contre l’extrême droite

La commune de Saint-Denis, dirigée par Bally Bagayoko, accueillait une conférence sur la criminalisation de l'antifascisme, jeudi 21 mai. Le premier édile dionysien avait été la cible d'attaques racistes au début de son mandat (ci-dessus, lors d'un rassemblement antiraciste qu'il avait convoqué, le 4 avril, à Saint-Denis).

La Bourse du travail de Saint-Denis a accueilli, jeudi 21 mai, une conférence sur la criminalisation de l'antifascisme. Cinq tables rondes, composées de personnalités du monde politique, syndicaliste, culturel et judiciaire, se sont succédé. L'occasion de penser la bataille culturelle contre l'extrême droite et d’échanger avec le public.

À l'intérieur de la salle Marcel-Paul, au deuxième étage de la Bourse du travail de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, c'est l'effervescence. Lancée à l'initiative du Bureau européen de résistance judiciaire (Berj) et du site d’actualité le Média, la conférence publique contre la criminalisation de l'antifascisme doit débuter dans quelques minutes ce jeudi 21 mai. « C'était important que l'évènement ait lieu à Saint-Denis. La ville compte, de fait, de nombreux quartiers populaires, peuplés d’habitants qui vivent dans leur chair le racisme. Par ailleurs, organiser ce débat est aussi un moyen de rendre hommage à toutes celles et ceux qui résistent. Pour moi, c'est important de rappeler que la ville est une terre de lutte contre l'extrême droite », rappelle Bally Bagayoko, maire de la commune récemment élu.

Sur scène, la première table ronde vient de commencer. Plusieurs personnalités politiques ainsi que des syndicalistes, philosophes et écrivains sont présents, à l'instar du cinéaste Robert Guédiguian. « Je suis de plus en plus effrayé par l'atmosphère actuelle, nous confie le réalisateur. Des événements comme celui d'aujourd'hui sont essentiels. J'essaye, dans la mesure de mes possibilités, de les soutenir du mieux que je peux. En tant que producteurs de culture, nous devons réfléchir à la forme et aux messages des films que nous voulons faire. »

Imposer un contre-discours de gauche

« L'extrême droite et le fascisme progressent partout en France, lance la présentatrice en ouverture du débat. Nous sommes à un an d'une élection présidentielle cruciale, qui pourrait plonger le pays dans une situation inédite depuis la Seconde Guerre mondiale. Or, depuis quelque temps, nous assistons à la répression et à la criminalisation de quelque chose qui semblait aller de soi : l'antifascisme. » La salle, où quelques places sont restées vacantes, accueille néanmoins un public divers, composé aussi bien d'étudiants que de retraités. Dyonisienne, Chafia, 72 ans, tenait à être présente. « J'avais entendu parler de la conférence par des camarades de la CGT. Pour moi, y participer est un moyen de se rencontrer et de s'organiser. La bataille à venir contre l'extrême droite fasciste va être très dure. Il est important, en tant que militants de gauche, de pouvoir échanger. »

D'autres habitants de Saint-Denis ont fait le déplacement pour assister à la conférence, comme Tibor, 25 ans, pour qui ce genre d'événement permet de « proposer un contre-discours ». « Les médias mainstream diffusent à longueur d'antenne des propos qui criminalisent l'engagement antifasciste. Il y a un renversement des valeurs, où lutter contre le fascisme est vu comme être fasciste. Organiser des débats comme celui-ci nous permet de combattre ce mensonge », développe-t-il. Une position partagée par Alice Ferraglio, 32 ans, conseillère municipale à Saint-Denis : « Il y a une banalisation du racisme et des idées réactionnaires dans les médias dominants. La résistance culturelle passe par la création d'un contre-narratif. »

Lutter contre la concentration des médias

Sur scène, impossible pour les invités du jour de ne pas mentionner la mainmise de Vincent Bolloré sur la culture, et les polémiques qui émaillent actuellement le Festival de Cannes, qui interviennent notamment après le départ d'une centaine d'auteurs de Grasset après le limogeage de l'éditeur Olivier Nora par le milliardaire breton. « Je ne pense pas qu'il faille réfléchir en termes de scission. Il ne s'agit pas d'être pour ou contre Bolloré, mais de se battre contre la concentration de plus en plus excessive des médias dans les mains des milliardaires. Il faudrait protéger juridiquement l'exception culturelle française avec des lois anti-concentration dans les médias », juge Robert Guédiguian.

De son côté, l'écrivain Éric Vuillard considère que l'origine du problème provient avant tout de l'accaparement des richesses : « La montée de l'autorité et de la répression est associée à la concentration des richesses dans les mains de quelques-uns. C'est quelque chose que l'on oublie souvent. Vincent Bolloré ne pourrait pas faire ce qu'il fait s'il n'était pas aussi riche. Son degré de fortune exorbitant lui permet de s'octroyer tous les pouvoirs », estime le lauréat du prix Goncourt 2017. Il est soudainement interrompu par Jeanine, 80 ans, qui le félicite chaleureusement pour son discours. « Vos mots m'ont beaucoup fait réfléchir. Cela va être dur de combattre l'extrême droite, mais nous allons tout faire pour », lâche-t-elle dans un rire. Le combat ne fait que commencer.