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SANTÉ

58 lits de moins en 6 ans : à Laval, la psychiatrie publique en (grand) danger

23 mai 2026 | Mise à jour le 22 mai 2026
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58 lits de moins en 6 ans : à Laval, la psychiatrie publique en (grand) danger

Vue de l'hôpital de Laval.

Le SPAL (service de psychiatrie adulte lavallois) du centre hospitalier de Laval, en Mayenne, a perdu 18 lits fin avril. Il n’en reste que 30, faute de médecins psychiatres pour encadrer les soins. Une crise qui met à mal les personnels, en grève du 22 janvier au 5 mai 2026, et affecte tout autant la population.

Depuis son ouverture en 2001 et jusqu’en 2020, le SPAL (pour service de psychiatrie adulte Levallois) du centre hospitalier de la ville mayennaise comptait 88 lits répartis dans quatre services pour accueillir les patients. L’année dernière il ne restait que 58 lits. Depuis le 24 avril 2026 seuls deux services et 30 lits sont alloués à la psychiatrie au centre hospitalier de Laval. Soit 58 lits de moins en six ans. Un seul psychiatre est en poste avec un Padhue (praticien hors Union européenne). Le 20 avril dernier, une personne hospitalisée d’office en raison de son état psychologique a été contrainte d’attendre 48 heures aux urgences attachée avant qu’un lit se libère pour le soigner. Un décompte qui illustre une situation alarmante… et a motivé une longue grève des personnels, terminée le 5 mai dernier.

Patients livrés à eux-même

« Un patient sous contention », c’est-à-dire attaché, « c’est un patient dangereux pour lui-même ou les autres parce qu’il ne peut pas canaliser ses émotions, ses pulsions », explique Sylvain Bihel, infirmier en psychiatrie et secrétaire adjoint Force Ouvrière au centre hospitalier de Laval. « Notre crainte est que ça devienne une forme de routine. C’est totalement inacceptable. » « Sachant que les urgences n’ont pas préconisation à garder les patients » complète Meryame El Hamdaoui, aide-soignante au sein de ce service et secrétaire générale CGT de l’hôpital. Bien sûr, il est possible de moins recourir à la contention quand le personnel est suffisamment nombreux pour surveiller et accompagner les patients… Mais il y a pénurie.

Le manque de personnel soignant et plus particulièrement de psychiatres engendre aussi un suivi médical trop parcellaire. « Les patients sont là, ils ont besoin de soins. On n’a pas assez de médecins pour voir les patients en consultation de jour », poursuit Sylvain Bihel. « Il y a des patients suicidaires qu’on renvoie chez eux faute de place, c’est sûr. On croise les doigts pour qu’ils ne passent pas à l’acte. »

Attirer les médecins

« Quand il manque un acteur de la chaîne de soins, c’est toute la chaîne qui s’écroule », souligne Meryame El Hamdaoui : « On a besoin de médecins, d’aide-soignants, d’infirmiers, d’agents de service hospitalier. Personne ne peut travailler si ce n’est pas de façon collégiale et avec des effectifs suffisants. Pourquoi en Mayenne on n’arrive pas à recruter de psychiatres ? C’est une cause nationale, mais des territoires sont quand même mieux lotis que le nôtre. »

Ce manque peut s’expliquer par plusieurs raisons : des départs à la retraite non remplacés, des problèmes de gouvernance interne, les difficultés inhérentes au métier qui peine à susciter des vocations, et la géographie. Les internes en médecine sont rattachés à l’université d’Angers, en Maine-et-Loire, à 80 km de Laval. « Ils construisent leur vie là-bas », observe Sylvain Bihel. « Et si on veut que le peu qui reste à Laval ne craque pas, il ne faut pas leur rendre la vie impossible en fermant un service tout entier. » En attendant, c’est le CHU d’Angers qui dépêche trois médecins pour assurer chacun une journée à Laval. « Leur condition pour venir est de baisser le nombre de lits pour limiter leur charge de travail. Sauf que plus on réduit le nombre de lits plus les médecins partent. C’est un puits sans fond. »

Le 5 mai, un protocole de sortie de grève a été signé avec la direction du centre hospitalier de Laval. Seuls trois soignants débarqués récemment seront redéployés dans d’autres services tandis que les représentants ont rappelé la nécessité d’étoffer les effectifs. La vigilance reste toutefois de mise, rappelle la CGT. « On continue d’alerter les élus au niveau régional et national », déclare ainsi Meryame El Hamdaoui.