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Analyse

Chômage, salaires, « flexi-jobs »... En Belgique, le front syndical s'organise contre le « grand bond en arrière » social

28 mai 2026 | Mise à jour le 28 mai 2026
Par | Photo(s) : JONAS ROOSENS / Belga / AFP
Chômage, salaires, « flexi-jobs »... En Belgique, le front syndical s'organise contre le « grand bond en arrière » social

Le Premier ministre belge, Bart De Wever, au parlement le 2 avril, artisan de la casse sociale.

En Belgique, les trois centrales syndicales s’opposent depuis plus d’un an à la feuille de route de la coalition au pouvoir qui attaque de nombreux conquis sociaux, sous prétexte de restriction budgétaire. Mais les syndicats belges rappellent qu’il existe une autre voie, centrée sur la justice sociale et fiscale.

Limitation des indemnités de chômage, coup de rabot sur les pensions, flexibilisation des emplois… En Belgique, les mesures annoncées dans l’accord de gouvernement passé en janvier 2025 entre les nationalistes flamands de Bart De Wever (Premier ministre depuis le 3 février suivant), des libéraux francophones, des socialistes et chrétiens-démocrates néerlandophones laissaient craindre aux syndicats une « casse sociale » d’ampleur. La suite de l’histoire a montré que ceux-ci ne s’y étaient pas trompés. Et aujourd’hui, près d’un an et demi après l’accession au pouvoir de cette coalition dite « Arizona » (en référence aux couleurs des parties qui la composent), les organisations représentant les travailleurs –  la FGTB, la CSC et la CGSLB - s’opposent sur plusieurs fronts à la politique de sape de la protection sociale et des conditions de travail menée par ce gouvernement. 

Au fil des mois, le front syndical a en effet engagé une série de mobilisations d’une ampleur inédite. « C’est monté crescendo, avec une solidarité très forte entre les secteurs public et privé », rappelle pour NVO.fr Olivier Valentin, secrétaire national de la CGSLB. « Les attaques sont si larges et si nombreuses que les gens comprennent qu’on fait face à un grand bond en arrière, une remise en cause du pacte social d’après-guerre », souligne Selena Carnonero Fernandez, secrétaire générale de la FGTB. Le 12 mai, les syndicats étaient d’ailleurs dans la rue pour la – déjà – 13e journée de mobilisation contre les orientations socio-économiques du gouvernement. 

Des mesures « antisociales » d’un gouvernement fermé à la concertation sociale  

Premier chapitre du grand recul social : la réforme du chômage, rapidement adoptée en juillet 2025, qui a engendré, dès le 1er janvier, l’exclusion de nombreux chômeurs de longue durée. D’ici juillet 2027, 184 000 personnes seraient concernées par la perte de leurs allocations, tandis que la durée maximale de l’indemnisation a été fixée à deux ans, avec une dégressivité plus rapide des montants. En conséquence, les centres publics d’action sociale (CPAS), en charge de l’attribution des minimaux sociaux, peinent à faire face à l’afflux de ces nouveaux demandeurs. Les syndicats ont dénoncé le manque de mesures d’accompagnement pour les personnes éloignées de l'emploi, et ont introduit, avec d’autres organisations, une requête en annulation devant la Cour constitutionnelle. 

Ce printemps, ce sont les retraites qui sont au cœur des inquiétudes, avec des débats législatifs sur de nouvelles règles, qui pénaliseraient les carrières longues et atypiques (congés prolongés, temps partiel, inactivité involontaire, etc.). Les travailleuses seraient les plus touchées, selon les syndicats, au moment d’obtenir leurs droits. « On est en train de dire qu’on change les règles de calcul à des personnes qui ont travaillé dur, fait des choix et qui, à l’approche de la retraite, ne peuvent plus refaire leur carrière », dénonce Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC. Par ailleurs, les syndicats s’opposent toujours à l’obligation de travailler jusqu’à 67 ans, au manque de prise en compte de la pénibilité de certaines carrières, ainsi qu’à la fin du système des pré-retraites.  

Parmi les autres mesures contestées, on trouve le durcissement des conditions d’arrêt de travail de longue durée, avec davantage d'obligations et de sanctions, et des mesures de flexibilisation du travail (élargissement des conditions pour favoriser le travail de complément, dits « flexi-jobs », le travail étudiant – dès 15 ans -, le travail de nuit et les heures supplémentaires).   

Enfin, le gouvernement s’attaque aussi au système de l’indexation des salaires, le plafonnant plus étroitement. Olivier Valentin déplore : « Ce gouvernement n’attache pas une grande importance à notre légitimité démocratique, il n’y a pas que les parlementaires élus qui sont légitimes ; nous, syndicats, représentons 60% des personnes qui travaillent ou qui sont pensionnées ».   « Ce gouvernement prend des décisions qui relèvent de la concertation sociale. Nous avons évoqué avec les représentants des employeurs un système qui protège le pouvoir d’achat, sans coûter plus cher aux finances publiques et le gouvernement ne respecte pas le rôle des partenaires sociaux », abonde Selena Carnonero Fernandez. 

Des alternatives pour des réformes plus justes  

Ainsi, afin de contrer les arguments appelant à l’« austérité », les syndicats ont démontré qu’il était possible d’élaborer un budget plus équitable et moins délétère sur le plan social. Au mois d’avril, a été présenté un plan – en 14 propositions élaborées avec Oxfam – suggérant aux dirigeants du pays des pistes pour récolter 21 milliards. « Il s'agit de peser sur le débat public et que ces questions percolent dans la société, tout en montrant qu'on ne fait pas que s'opposer », souligne Marie-Hélène Ska de la CSC.  

Le front commun plaide pour un rééquilibrage de l’impôt des personnes physiques, qui pèse aujourd’hui fortement sur le travail et peu sur les patrimoines financiers et immobiliers. Revoir les réductions fiscales accordées à certaines sociétés, types de contrats ou aux rémunérations alternatives (stock-option, logement de fonctions) figurent aussi parmi les mesures esquissées pour réaliser des économies, tout comme la réduction de certaines subventions aux entreprises.  « On ne peut pas demander tous les efforts aux travailleurs, aux chômeurs et aux malades, il faut que d’autres fassent aussi leur part », insiste la représentante de la CSC.  Afin de défendre cette « fiscalité plus juste » auprès de la Chambre des représentants, une pétition a été lancée. 

Le front syndical entend ainsi souligner la nécessité de l’action commune. « L’indignation est énorme, on a le devoir de mener cette lutte sur tous les fronts », pose Selena Carnonero Fernandez de la FGTB, qui conclut : « C’est la bataille la plus longue qu’on ait menée ces 20 dernières années ». 

  Mathilde Dorcadie