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Les footballeuses de l'équipe de France en partance pour la Coupe du monde officieuse au Mexique en 1971.
Les footballeuses de l'équipe de France en partance pour la Coupe du monde officieuse au Mexique en 1971.
Longtemps moquées, ignorées voire bannies, les footballeuses françaises obtiennent en 1970 la reconnaissance de la Fédération française de football, permettant officiellement aux licenciées d’intégrer les clubs et lançant dans la foulée l’équipe de France féminine. Une victoire arrachée après des décennies de mépris médiatique et d'interdiction légales qui ouvre la voie, lentement, à l'émancipation d'un sport toujours considéré comme une affaire d'hommes. Neuvième épisode de notre série d’été consacrée à ces moments où le sport est rattrapé par l’Histoire et les grands mouvements collectifs.
En 1955, un commentaire télévisé suffisait à résumer le regard porté sur le football féminin. Alors que les caméras françaises couvrent pour la première fois un match féminin aux Pays-Bas, le commentateur ironise sans retenue : les joueuses seraient trop « timorées » pour se disputer réellement le ballon, une gardienne ne pourrait pas plonger « car elle rebondirait », une autre serait freinée par son « indéfrisable coiffure ». Il conclut, goguenard, qu'elles feraient mieux de « rentrer à la maison faire le ménage ». Le ton est donné : le football, jugé incompatible avec la féminité, devient un prétexte à la dérision plutôt qu'un objet d'information sportive.
Une pratique née dans les usines, assommée par la loi
Dès 1894, la féministe britannique Nettie Honeyball fonde le premier club féminin, le British Ladies Football Club. Mais c'est la Première Guerre mondiale qui donne au football féminin son premier véritable essor : pendant que les hommes sont au front, les femmes britanniques remplacent la main-d'œuvre masculine dans les usines d'armement, et le patronat leur propose des activités sportives en sortie d'usine. Elles choisissent massivement le football : dès 1916, l'Angleterre compte environ 150 équipes de « munitionnettes ». En France, l'institutrice et féministe Alice Milliat impulse la création d'une fédération autonome de sport féminin, entre 1918 et 1919, une quarantaine d'équipes voient le jour, ainsi qu'un premier championnat, la Coupe La Française. Le succès populaire est réel : en 1921, un match international entre les Anglaises des Dick, Kerr’s Ladies et une sélection française attire les foules, jusqu'à 50 000 spectateurs à Liverpool.
Ce succès inquiète. Dès la fin 1921, la Fédération anglaise de football interdit aux clubs professionnels masculins d'aider les clubs féminin ou de leurs prêter terrains et stades. Bref, c’est le football féminin lui-même qui se retrouve persona non grata. Une interdiction de fait qui durera jusqu'en 1971. En France, des commentateurs conservateurs jugent que le rôle des femmes est de rester robustes pour enfanter, quand des médecins avancent, sans le moindre fondement scientifique, que les secousses du jeu abîmeraient organes reproducteurs et poitrine. Faute de soutien institutionnel, la pratique décline dès 1925. Le coup de grâce vient du régime de Vichy, qui interdit officiellement le 27 mars 1941, la pratique du football féminin.
Le déclic rémois et la reconnaissance de 1970
Il faudra attendre la fin des années 1960 pour que le football féminin renaisse, à la faveur de kermesses de clubs dans l'Est de la France. En juillet 1968, un match organisé à Reims dans le cadre d'une kermesse suscite un enthousiasme tel que le Football Club féminin de Reims voit le jour dans la foulée. Le 29 mars 1970, Le Conseil fédéral de la FFF, réuni à Cannes et présidé par Jacques Georges reconnaît officiellement la pratique féminine, ouvrant la porte aux clubs des licenciées. Un an plus tard, en 1971, une sélection française composée majoritairement de Rémoises participe à un Mondial officieux au Mexique.
Cette reconnaissance institutionnelle ne signe pourtant pas la fin du mépris médiatique. Dans les années 1970, les matchs du Football club de Reims commencent certes à intéresser les journalistes, mais le traitement qui leur est réservé, notamment dans l'émission Stade 2, reste marqué par la condescendance et l'ironie. En 1977, pour la toute première fois, l’émission consacre un sujet football féminin, présenté par la journaliste Christine Cusin-Paris, évidemment la seule femme du plateau par ailleurs. Le reportage porte justement sur les joueuses de Reims qui évoquent leur rapport au sport, leur vie de famille, le regard des hommes et le manque de reconnaissance dans leur discipline. Mais avant même de lancer le reportage, Christine Cusin-Paris demande à tous les hommes présents sur le plateau s’ils sont « pour ou contre le football féminin », et la majorité d’entre eux de répondre par la négative, en enchaînant les blagues sexistes.
Paradoxalement, les mouvements féministes de l'époque s'intéressent peu à leur cause, considérant le sport comme un lieu de production du machisme plutôt que comme un terrain d'émancipation à conquérir.
Bref, on le voit : les joueuses sont sans cesse renvoyées à leur statut de femmes, jugé en contradiction avec la nature supposément virile du football, situation qui perdure jusqu’à aujourd’hui. La preuve, le 29 janvier 2026, l’ex-entraîneur Guy Roux déclarait encore dans un entretien à l’Est Éclair qu’une « femme est faite pour mettre des enfants au monde, avec un bassin plus large » et que « le foot n’est pas fait pour les bassins larges ».
De l'anonymat à la reconnaissance médiatique
Ainsi, le chemin vers la visibilité sera long. Jusqu'au début des années 2000, le football féminin reste dans l'anonymat, malgré l'émergence de figures comme les footballeuses Marinette Pichon ou Corinne Diacre (qui fut aussi sélectionneuse de l’équipe de France). Le véritable tournant médiatique intervient lors de la Coupe du monde 2011 en Allemagne, où l'équipe de France atteint les demi-finales : le grand public découvre une génération de joueuses accessibles, à rebours de l'image dégradée que renvoie alors l'équipe masculine post-Knysna. Porté ensuite par le succès de l'Olympique Lyonnais et du Paris Saint-Germain, le football féminin bénéficie d'une préparation physique optimisée et d'un intérêt croissant des médias, jusqu'à l'organisation, en France, de la Coupe du monde 2019, consécration d'une intégration désormais pleine et entière dans le paysage sportif national.
Reste que cette histoire n'est pas linéaire. En France, le football féminin n'est toujours pas professionnel, contrairement à l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne, les pays nordiques ou les États-Unis : les joueuses françaises évoluent avec des contrats comparables à ceux de la troisième division masculine.
Au-delà de ces disparités très concrètes, le football féminin n’a jamais été si vivant, comme le montre l’augmentation du nombre de pratiquantes : d’après les chiffres officiels, la pratique féminine de la discipline augmente de 10% chaque année, et le nombre de licenciées s’établissait à 251 369 en 2024, contre 35 000 en 1999.
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