6 mars 2026 | Mise à jour le 6 mars 2026
L'âge de la majoration des allocations familiales est désormais décalé de 14 à 18 ans pour le deuxième enfant. Inscrite dans la loi de financement de la sécurité sociale 2026, cette mesure budgétaire d'austérité doit permettre de réaliser au moins 200 millions d'euros d'économies pour les dépenses de la branche « Famille » de la Sécu afin, officiellement, de financer le nouveau congé de naissance et l'ASU. Elle promet surtout un manque à gagner important aux familles. Décryptage.
Le décret du 27 février 2026 repoussant l'âge de la majoration des allocations familiales est entré en vigueur le 1er mars 2026, à très bas bruit médiatique. Pourtant, cette disposition va lourdement pénaliser des millions de familles avec deux enfants et plus. Explication : Jusqu'à présent, les allocations familiales étaient majorées à partir des 14 ans du deuxième enfant, ainsi que pour tous les autres enfants du foyer jusqu'à l'âge de 20 ans. Or, ce seuil d'âge permettant de déclencher la majoration est désormais repoussé de 14 à 18 ans. Coup dur pour les nombreuses familles concernées qui vont devoir accuser les conséquences concrètes de ce « petit » déplacement de curseur d'âge : un manque à gagner pouvant aller jusqu'à 900 euros par an pour une famille avec deux enfants, estime le milieu associatif.
Vent debout contre cette réforme budgétaire de la CAF (Caisse d'allocations familiales), la fédération des Familles de France dénonce le sacrifice des familles sur l'autel des restrictions budgétaires que le gouvernement justifie au motif de financer le nouveau congé de naissance qui entrera en vigueur en juillet 2026. Au micro de France Culture, lundi 2 mars, Emilie Souplet (responsable éducation de la fédération) alerte sur les conséquences de cette réforme qui met en danger les enfants et les familles : « Qui dit moins de revenus dit moins de loisirs, plus d'écrans, une alimentation de moins bonne qualité et un taux de pauvreté des enfants qui ne cesse d'augmenter », a-t-elle fait valoir en réclamant une remise à plat totale de la politique familiale et la « reconstruction d'une politique claire, universelle, qui donne foi en l'avenir ».
La branche « famille » élaguée à la tronçonneuse
Dans ce droit fil, Lucille Chorro de la CGT des organismes sociaux (agent de la CAF de Haute-Garonne) dénonce une énième atteinte aux piliers de la Sécurité sociale. Et une politique de sape à l'œuvre depuis 2008 et la crise des sub-primes, qui ne fait que s'accélérer et s'intensifier au gré des réformes libérales successives : « En 2008, le gouvernement avait fixé la majoration des allocations familiales à l'âge de 14 ans et c'était déjà une grosse entame au principe d'universalité de la Sécurité sociale. Puis, la majoration des allocations a été soumise à un plafond de ressources du foyer. Aujourd'hui, alors que nous sommes en période inflationniste persistante, le gouvernement s'emploie à réduire encore ces amortisseurs sociaux, en totale contradiction avec sa politique de « réarmement démographique » et cela, au prétexte du « congé supplémentaire de naissance » dont le financement relève de la CPAM et non de la branche famille de la Sécu », souligne-t-elle.
Ce détail est important. Car la branche famille est la seule des cinq départements de la Sécurité sociale à ne pas être en déficit et cela s'explique principalement par la baisse tendancielle de la natalité en France : moins d'enfants, c’est moins d'allocations à verser. C'est pourtant cette branche encore saine que le gouvernement choisit d'affaiblir au prétexte d'en financer d'autres, celles qu'il s'est antérieurement appliqué à mettre en déficit. « En toute logique, si on voulait protéger et pérenniser notre modèle de protection sociale, on devrait avant tout créer de nouvelles cotisations afin de répondre aux besoins de financement des évolutions de la société », analyse Lucille Chorro qui dénonce une attaque globale de la Sécurité sociale, à travers sa branche « Famille ».
Dernière étape d'un projet de démantèlement final de la sécurité sociale ?
Car, tandis que nous nous focalisons sur cette mesure du rehaussement des seuils de majoration, d'autres épisode de la série « On achève bien la Sécu et son modèle de protection sociale » sont déjà inscrits au calendrier gouvernemental. Premier exemple : le projet d'allocation sociale unifiée (ASU), qui devrait être présenté en Conseil des ministres en avril et qui prévoit de fusionner le RSA, la prime d'activité et les APL (allocations pour le logement) dans un même dispositif afin d’inciter davantage à la reprise du travail ou à l’augmentation du temps de travail. À quoi s'ajoute un autre projet de loi, à venir en septembre, qui prévoit la suppression des aides au logement des étudiants étrangers à l'Union Européenne. Autant de mesures apparemment isolées les unes des autres, mais qui forment une cohérence d'ensemble dans l'attaque, ciblée, du principe d'universalité de la sécurité sociale : « L'universalité, c'est le pilier de notre modèle de protection sociale, celui qui a permis à la France de mieux résister que d'autres pays à la crise de 2008, grâce à ses amortisseurs sociaux qu'il nous semble absurde de vouloir détruire alors qu'ils permettent à tous de tenir en des temps difficiles », conclut Lucille Chorro.
Alors que la pauvreté atteint un niveau inédit (15,2 % de personnes en situation de pauvreté en 2023, dont 4,1 % en situation de grande pauvreté selon l'Insee, juillet 2025) ces réformes, qui menacent les conditions de vie des personnes en situation de pauvreté ou de précarité sont très attentivement surveillées par les acteurs sociaux. Tout comme la CGT ou Familles de France, le collectif ALERTE – espace inter-associatif visant à échanger autour de la pauvreté, l’exclusion et les moyens de les combattre – appelle « à la plus grande vigilance devant la réouverture de ce chantier de l'ASU, maintes fois repoussé depuis 2017 tant il est complexe et porteur de risques pour les allocataires de prestations sociales ».