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DROITS DES FEMMES

Droit à l’avortement : une première victoire pour les femmes de l'Union Européenne

20 janvier 2026 | Mise à jour le 20 janvier 2026
Par | Photo(s) : Photo by Thomas SAMSON / AFP
Droit à l’avortement : une première victoire pour les femmes de l'Union Européenne

Manifestation pour le droit à l'avortement à l'occasion de la Journée internationale pour l'avortement sans risque, le 28 septembre 2025. Paris.

Lancée en avril 2024 par le mouvement MyVoice-MyChoice, la pétition pour un droit effectif à l'avortement a poussé le parlement européen à l'adoption d'un texte facilitant l'accès à ce droit. En mars prochain, la Commission européenne devra légiférer.

Ce texte a été adopté le 18 décembre 2025 à l'ultra-majorité des eurodéputés avec 358 voix « pour ». Sans surprise, il a été combattu de pied ferme par le Rassemblement National ainsi que par l'ensemble des députés d'extrême droite européenne (202 voix « contre ») qui auront tout tenté, y compris l'obstructionnisme, pour empêcher le vote. En vain.

« Il faut bien y voir une première victoire pour toutes les femmes d'Europe dans leur longue bataille pour le droit effectif à l'avortement », souligne Myriam Lebkiri, membre de la direction de la CGT et référente du collectif « Femmes & Mixité ». Car le texte qui vient d'être approuvé au Parlement va faire son chemin. Et contraindre la Commission européenne à légiférer d'ici mars afin de faciliter et surtout, de sécuriser l'accès à l'avortement dans l'ensemble des pays de l'Union Européenne.

L'IVG, un droit théorique constamment dévoyé

En effet, si le droit à l'avortement est officiellement reconnu en UE, il est en réalité souvent restreint, entravé ou pire, criminalisé dans la plupart des 27 Etats membres. A Malte ou en Pologne, par exemple, l'IVG n'est autorisée qu'en cas de viol ou d'inceste. Quant à l'aide à l'avortement, elle est passible de trois ans de prison.

En Hongrie, les femmes sont obligées d'écouter le battement de cœur du fœtus. Au Portugal, elles doivent se soumettre à un examen psychologique approfondi et, dans la plupart des pays européens dont la France (sauf la Suède, la Finlande et la Lituanie), les soignants bénéficient d'une clause de conscience qui leur permet de refuser de pratiquer l'avortement.

En Croatie et en Italie où, respectivement 59 % à 70 % des praticiens l'observent religieusement, cette liberté de conscience constitue une entrave très concrète à la liberté des femmes à disposer de leur corps. En Roumanie – autre exemple – les hôpitaux publics sont exonérés de l'obligation de pratiquer l'IVG. En France, seul pays de l'UE où le droit à l'avortement est inscrit dans la constitution, l'accès à ce droit est parfois soumis au stock disponible de pilules abortives (se souvenir de la rupture de stocks de 2023).

Les plus précaires, premières victimes des entraves au droit à l'IVG

Sans compter que, même là où il est officiellement autorisé ou reconnu, le droit à l'avortement n'est pas gratuit. Ce qui conduit les femmes les plus précaires à se faire avorter hors de leur pays, ou bien à recourir à des alternatives dangereuses (auto-avortement, pratiques clandestines…) dans leur propre pays.

Quelle que soit la nature des entraves à l'accès au droit à l'IVG, le cumul de ces restrictions produit des tragédies systémiques : femmes qui décèdent des suites d'un auto-avortement ; femmes qui, suite à un avortement pratiqué dans un pays tiers, sont ensuite poursuivies en justice dans leur propre pays, etc.

20 millions de femmes victimes du déni de leur droit

Le phénomène n'est pas anecdotique. En UE, on estime à 20 millions le nombre de femmes victimes, à divers degrés, du déni de leur droit à l'avortement. Déni porté principalement par les forces politiques réactionnaires comme en témoigne la séquence parlementaire du 18 décembre où les forces d'extrême droite auront déployé les grands moyens pour empêcher ce vote.

Ayant recueilli 1,2 millions de signatures contre 600 000 exigées, la pétition d'initiative citoyenne lancée en avril 2024 par les forces politiques progressistes, le monde associatif, les syndicats (dont la CGT et la CFDT pour la France) et qui vient d'être adoptée par le parlement contraint la Commission européenne à légiférer, d'ici le 2 mars afin de traduire en directive les revendications portées par le mouvement MyVoice-MyChoice ( mouvement politique agrégeant militantes et militants de tous horizons partageant un souhait : que les conditions de vie en Europe s'améliorent, ndlr). A savoir, un droit effectif à l'avortement, garanti et sécurisé au sein des 27 pays de l'UE.

La Commission européenne va devoir trancher

« Nous attendons des mesures concrètes et invitons la Commission européenne à se doter d'un budget et d'un fonds de solidarité qui permettent à chaque femme d'avorter sans danger et en toute légalité dans un pays tiers de l'UE sans plus risquer d'être poursuivie au retour dans leur pays d'origine », plaide Myriam Lebkiri. On peine à croire que la  Commission européenne rechigne à entériner ces revendications simples, légitimes et progressistes. Verdict, le 2 mars 2026.