7 août 2026 | Mise à jour le 7 août 2026
Placée en redressement judiciaire pour la cinquième fois depuis 1945, Duralex voit se dessiner trois pistes de reprise. Parmi les candidats figurent notamment Cédric Meston, cofondateur de HappyVore, et le groupe Carlesimo. Pour les salariés, l'enjeu est désormais de préserver les emplois et de relancer l'investissement dans l'outil industriel.
Le cinquième redressement judiciaire de Duralex depuis 1945 sera-t-il le dernier ? L'entreprise de 243 salariés, connue pour ses verres réputés incassables, était une nouvelle fois placée en juin en procédure de redressement judiciaire. L'entreprise expliquait rencontrer des difficultés financières en raison d'«une hausse du stock très importante sur janvier et février 2026, couplée à des ruptures impactant les ventes sur des produits emblématiques», ainsi que d'une «hausse croissante du coût des matières premières et de l'énergie en début d'année».
Mais ce jeudi 6 août 2026, trois dossiers de reprise de la célèbre verrerie Duralex ont été déposés auprès du tribunal de commerce d'Orléans, a annoncé à l'Agence France Presse (AFP) l'administrateur judiciaire. Celui-ci n'a pas souhaité communiquer les noms des candidats. La date limite de dépôt des offres, initialement fixée à jeudi 12 heures, «va être prolongée jusqu'au 11 septembre», a-t-il ajouté.
«On est loin de crier victoire, car la situation n'a pas non plus évolué, mais le fait qu'il y ait trois dossiers déposés, ça veut dire qu'il y a un avenir pour Duralex. Maintenant il faut voir dans quelles conditions, car on est attaché au nombre de salariés et au projet d'investissement», défend Pascal Sudre, secrétaire départemental de la CGT.
Trois candidats sur les rangs
Seuls les noms de deux possibles repreneurs sont connus. France Inter révélait le 6 août que Cédric Meston, cofondateur de la start-up HappyVore, avait déposé un dossier pour reprendre Duralex. Le même qui avait racheté Tupperware France. La radio publique ne donne aucun détail sur son offre de reprise.
Un autre possible repreneur est également connu : le groupe Carlesimo, qui avait déjà formulé une proposition il y a deux ans, prévoyant alors la suppression de 150 emplois. « On n'a pas plus d'informations pour le moment sur les détails de l'offre, mais je pense, j’espère qu'ils ont dû faire un effort sur le nombre de salariés qu'ils vont maintenir », espère Pascal Sudre.
En 2024, Duralex était sortie de sa quatrième procédure de redressement judiciaire grâce à une reprise sous la forme d'une société coopérative et participative (SCOP) par ses salariés. Depuis, l'entreprise a enchaîné les campagnes de financement par les dons, faisant appel au soutien des Français. En 2025, une première campagne avait permis de réunir, en moins de 24 heures, plus de 19 millions d'euros. Rebelote au début de l'année 2026.
Une gouvernance contestée
Au printemps dernier, la gouvernance de l'entreprise a été remise en cause. François Marciane, le patron de Duralex, et son fils Antoine Marciane, directeur financier, ont été licenciés. Tous deux dénoncent un licenciement abusif.
Du côté de la CGT, le licenciement est plus que justifié. « Il y avait une gestion opaque de l'entreprise, car François Marciane gérait l'entreprise comme avant, alors que l'entreprise était devenue une SCOP. Par exemple, il ne voulait pas dévoiler les chiffres demandés par le conseil d'administration (CA), donc le CA a décidé de le licencier. On attend toujours les chiffres », défend Pascal Sudre.
Des ventes en hausse, mais des finances dans le rouge
Pourtant, depuis la reprise, les résultats économiques de l'entreprise apparaissent sur le papier plutôt au beau fixe. Installée à La Chapelle-Saint-Mesmin, Duralex affiche des résultats commerciaux en progression. Les ventes ont augmenté d'environ 7 % en 2025 et le début de l'année 2026 restait conforme aux objectifs.
Mais cette dynamique n'a pas suffi à enrayer les tensions financières accumulées. Celles-ci ont été aggravées par l'augmentation des coûts de l'énergie et des matières premières, une très forte hausse des stocks due à une surproduction au début de 2026, ainsi que des ruptures sur certains produits phares. Un audit financier a mis en évidence l'ampleur des difficultés. Une situation qui a conduit au placement de l'entreprise en redressement judiciaire le 1er juin 2026.
Les industriels ayant déposé un dossier ont désormais quelques semaines pour affiner leurs propositions. D'autres propositions de reprises pourraient voir le jour, la date de clôture du dépôt des dossiers étant décalée au 11 septembre 2026. Le tribunal de commerce d'Orléans se prononcera le 17 septembre.
«On va continuer à s'organiser pour peser, il faut que le tribunal fasse le bon choix pour garantir l'avenir de l'industrie et la souveraineté nationale et pour notre territoire qui a déjà subi la fermeture de Brand» [450 emplois supprimés dans la Loire], explique Pascal Sudre.