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Entreprise

Nouvelle stratégie industrielle, recherche d'investisseurs, soutiens publics… Les pistes pour sauver Duralex

9 juin 2026 | Mise à jour le 9 juin 2026
Par | Photo(s) : Thomas Samson / AFP
Nouvelle stratégie industrielle, recherche d'investisseurs, soutiens publics… Les pistes pour sauver Duralex

« Actuellement, une seule ligne de production sur les cinq fonctionne, et les exportations ont baissé de 50 % », explique Pascal Sudre, secrétaire départemental de l'UD CGT 45.

Malgré une activité commerciale en hausse, la célèbre verrerie du Loiret a été placée en redressement le 1er juin 2026, avec une période d’observation de six mois. Il s’agit de la troisième procédure de ce type en six ans, malgré la reprise de l’entreprise sous la forme d’une coopérative, en 2024. Alors que Duralex compte nombre de soutiens, parmi lesquels l’État et la CGT, l’entreprise devra convaincre les instances judiciaires, et notamment le tribunal de commerce d’Orléans, début juillet.

Duralex replonge dans l'incertitude. Placée en redressement judiciaire le 1er juin 2026, la verrerie emblématique du Loiret tente de sauver son activité après une nouvelle crise de trésorerie, et ce, malgré le succès d'une levée de fonds avec une reprise sous la forme d’une société coopérative et participative (Scop), en 2024. L'entreprise, installée à La Chapelle-Saint-Mesmin, affiche pourtant des résultats commerciaux en progression. Les ventes ont augmenté d'environ 7 % en 2025 et le début de l'année 2026 restait conforme aux objectifs. Mais cette dynamique n'a pas suffi à enrayer les tensions financières accumulées, aggravées par l’augmentation des coûts de l'énergie et des matières premières, une hausse très forte des stocks due à une surproduction au début de 2026, ainsi que des ruptures sur certains produits phares. Un audit financier a mis en évidence l'ampleur des difficultés.

Par ailleurs, le printemps a été marqué par un autre problème de taille : la gouvernance de l'entreprise. En avril 2026, François Marciano, le patron qui a repris l'entreprise sous forme de coopérative, ainsi que son fils Antoine, nommé directeur financier, ont été licenciés. Les deux hommes contestent leur éviction et dénoncent un licenciement qu'ils jugent abusif.

Miser sur les exportations

Pour Pascal Sudre, secrétaire général de l'union départementale CGT du Loiret, le projet de la coopérative Duralex souffrait dès l'origine d'un défaut majeur : « Nous avons soutenu la volonté des salariés mais, dès le début, nous avons aussi émis des réserves sur l'absence d'investissements. » Le syndicaliste met en parallèle cette situation avec celle de Scop Ti, l'emblématique coopérative qui a réussi à relancer sa production de thé grâce à l'implication des ex-salariés de Fralib, de la CGT et d'une lutte longue de 1336 jours… Un scénario bien différent de celui de Duralex, où les salariés sont maintenus à l'écart des informations et décisions majeures.

« Le fait est qu'actuellement, une seule ligne de production sur les cinq fonctionne, et les exportations ont baissé de 50 % », insiste encore Pascal Sudre. Et de plaider pour une stratégie de développement de l'entreprise, qui intégrerait davantage la vente à l’international. « Aujourd'hui, la priorité est de reconstruire une stratégie industrielle solide, complète le secrétaire de l’UD CGT 45. Nous aurons aussi besoin d'investissements. Par exemple, nous disposons d'un four dont la durée de vie devrait arriver à échéance d'ici à cinq ans. Compte tenu du coût de l'énergie et des exigences environnementales, mais aussi pour garder une indépendance industrielle, il serait pertinent d'envisager de le remplacer par un four électrique. » Selon la CGT, un financement d'environ 20 millions d'euros serait nécessaire pour pérenniser l'entreprise, un objectif loin d’être inatteignable.

Les collectivités locales, l'État et le mouvement des Scop ont par ailleurs indiqué vouloir continuer à soutenir l'entreprise, qui emploie encore quelque 240 salariés. L'espoir est donc encore permis. « L'enjeu de Duralex est aussi politique. Personne ne peut assumer la disparition d'une entreprise qui fait partie du patrimoine français », estime Pascal Sudre.

Une situation sociale toujours tendue

À ce jour, les salariés n'ont reçu qu'une partie de leur salaire de mai, l'autre moitié, prise en charge par les AGS, n'ayant pas encore été versée. Une mobilisation pour exiger son virement immédiat est prévue devant l'usine, mercredi 10 juin. Elle sera aussi l'occasion d'interpeller les pouvoirs publics. L'avenir de Duralex dépend désormais aussi des prochaines échéances judiciaires, notamment l'audience du 2 juillet devant le tribunal de commerce d'Orléans. Ce dernier devra examiner la trésorerie, les perspectives d'activité et l'éventuelle arrivée de nouveaux investisseurs. Plusieurs scénarios restent ouverts, du plan de continuation à une cession, voire à une liquidation si le redressement échoue.

Entre-temps, la popularité de la marque ne se dément pas : présents à Tours durant le congrès de la CGT, les salariés de Duralex ont pu une nouvelle fois mesurer leur succès avec la vente de leurs célèbres verres incassables.