« Ils se sentent pousser des ailes » : depuis les municipales, l'extrême droite multiplie ses attaques envers les syndicats

Christophe Barthès nouveau maire RN de Carcassonne.
Au téléphone, Patrice Moulun affiche un calme olympien. Le secrétaire général de l'union locale CGT de Toulon a pourtant de quoi s'inquiéter. Début avril, dans la foulée des élections municipales, le militant a été la cible de menaces de mort. Des tags, retrouvés sur les locaux de la CGT, appelaient à « guillotiner les antifas et la CGT ». « On avait déjà eu des tags anti-CGT dans Toulon. Même si c'est une nouvelle étape, on n’a pas la trouille. » À la suite, entre autres, de l’affaire Quentin Deranque, « l'union départementale de la CGT avait décidé de rappeler que le syndicat était antifasciste et que nous refusions l'inversion du stigmate qui commençait à émerger dans les médias, reprend Patrice Moulun. C'est peut-être ce communiqué qui a déclenché cette réaction. »
Menaces de mort à Toulon, alerte à la bombe à la CGT et attaque des locaux de Solidaires à Lyon, prise à partie de militants communistes à Tours… La mort du militant néo-nazi Quentin Deranque puis la campagne des municipales ont marqué un tournant dans les violences d'extrême droite ciblant les militants syndicaux et les organisations de gauche. « Avant les élections, on s'inquiétait d'une montée des tensions, on le sentait venir », reprend Patrice Moulun, qui rappelle que plusieurs militants LFI ont été agressés dans la ville durant les municipales. « Mais Toulon, ce n'est pas Lyon, et les violences physiques et verbales y restent en principe limitées. »
Les agents des collectivités en première ligne
Toulon a beau ne pas être Lyon, l’ambiance locale apparaît de plus en plus délétère. « Un certain nombre de militants d'extrême droite se sentent pousser des ailes, rapporte Pascal Brun, membre de la Coordination départementale contre l’extrême droite (Codex) du Var, qui réunit de nombreuses organisations syndicales. Mais on a ici affaire à une extrême droite très traditionaliste, avec un diocèse assez extrême et une antenne de l'Action française ». Pour lui, le véritable danger vient des nouvelles municipalités conquises par le Rassemblement national. « Dans le Var, on a au moins sept mairies officiellement RN, en plus de deux autres collectivités où les maires sont très proches de ce parti ou de Reconquête!, précise-t-il. Ça nous affecte directement en tant que travailleurs et syndicalistes. »
En première ligne, évidemment : les agents des collectivités. « Travailler dans une mairie RN, ça veut dire avoir l'extrême droite comme patron. On voit des systèmes de surveillance interne qui se mettent en place, de la dénonciation, des sanctions… À Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, un camarade syndicaliste a été convoqué en conseil de discipline car il avait tenu des propos contre l'extrême droite », rapporte le membre de la Codex. D’autres secteurs sont également concernés, à l’image de l'Éducation nationale. « Dans un collège, par exemple, le maire siège de droit au conseil d'administration. Il a peu de pouvoirs mais il va pouvoir donner son point de vue et aura de l'influence », rappelle Pascal Brun.
Organiser la riposte
« Chaque fois qu'une mairie passe au RN, les libertés sociales et syndicales sont systématiquement attaquées », abonde Nathalie Bazire, secrétaire confédérale de la CGT chargée de la lutte contre l'extrême droite. Les exemples récents sont nombreux. À Vauvert, dans le Gard, Nicolas Meizonnet, le maire RN fraîchement élu, a interdit un festival de jazz dès les premiers jours de son mandat. À Liévin, dans le Pas-de-Calais, Dany Paiva, maire du Rassemblement national également élu en mars dernier, a décidé de supprimer la cérémonie du 1er Mai, jugée trop « politique ». À Saint-Avold, dans la Moselle, le nouveau maire RN Hervé Simon s’oppose à la tenue de la Fête populaire organisée par la CGT. À Carcassonne, dans l’Aude, le nouvel édile Christophe Barthès a pris pour cible la Ligue des droits de l'Homme en coupant leurs subventions et en leur enlevant leurs locaux. « Il applique in extenso le programme de l'extrême droite, constate Nathalie Bazire. Il vient de retirer aux organisations syndicales l’accès aux locaux municipaux. » La secrétaire confédérale de la CGT complète : « Il y a un historique. On sait que dans certaines mairies, on empêche la constitution de listes de représentants du personnel, en particulier sous l'égide de la CGT, et que les maires d'extrême droite ont l'habitude d'utiliser l'argent public pour nous traîner devant le tribunal. »
Dans beaucoup de collectivités, le second tour des municipales, le 22 mars, a été un coup de massue. « Des camarades ont rendu leur mandat parce qu'ils avaient l'impression qu'ils ne pourraient plus militer », explique Nathalie Bazire. La riposte s'organise peu à peu. « On a un plan de bataille confédéral, avec des stratégies de solidarité et d'entraide qui se renforcent, reprend la syndicaliste. En parallèle, on commence à recenser l'ensemble de ces violences pour les visibiliser et montrer le vrai visage de l'extrême droite. »
« Depuis les législatives, l'union départementale CGT a organisé six sessions par an de stage sur l'extrême droite, ainsi qu’un stage avec l’intersyndicale CGT-FSU-Solidaires. Et nous allons continuer de le faire », promet Pascal Brun. Dans la foulée des menaces de mort, l'union locale de Toulon a aussi décidé de renforcer les mesures de sécurité autour de ses locaux. Une plainte au parquet de Toulon a également été déposée.