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ENTRETIEN

Industrie automobile : « Le système chinois est décrié alors qu’on le fait vivre »

22 juin 2026 | Mise à jour le 22 juin 2026
Par | Photo(s) : Emil Dromery
Industrie automobile : « Le système chinois est décrié alors qu’on le fait vivre »

Environ 400 personnes étaient mobilisées, le 23 avril 2026, à l'usine Stellantis de Poissy, après que le constructeur a annoncé la suppression d'un millier de postes et l'arrêt de l'assemblage automobile sur ce site.

Denis Bréant, responsable de la filière automobile à la Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, dénonce la politique « purement financière » des constructeurs automobiles français. Et défend, notamment, la production d'un « petit véhicule électrique accessible » sur le territoire national. Un entretien à retrouver dans notre mensuel « Ensemble » en date du mois de juin.

Comment résumer la stratégie des constructeurs automobiles français ?

Elle est purement financière. Renault et Stellantis produisent toutes leurs voitures de segment B (Clio, 308…) hors de France. Depuis trois ou quatre ans, sur les dix véhicules les plus vendus dans notre pays chaque année, seuls deux y sont assemblés. Ces usines tournent énormément, ce qui a organisé la sous-charge des sites hexagonaux.

Avec quelles conséquences pour les équipementiers ?

Les grands groupes – Valeo, Bosch, Forvia… – peuvent suivre les donneurs d'ordre dans leurs pays d'implantation. Pour les entreprises moyennes, c'est beaucoup plus délicat. Renault et Stellantis ont abandonné les fonderies françaises. Ils avaient trouvé d'autres fournisseurs, en Roumanie notamment. La CGT avait des propositions industrielles, mais il aurait fallu que les deux groupes s'engagent à leur donner du volume pendant deux ou trois ans. Ils ont tout rejeté en bloc.

Quel est le poids de la Chine ?

Renault et Stellantis ont le même discours : la Chine est un concurrent. Mais le moteur et 50 % des pièces de la future Twingo électrique, assemblée en Slovénie, viennent de l'empire du Milieu. La C3 électrique est à 100 % de conception chinoise et indienne. Le système chinois est décrié alors qu'on le fait vivre. Et ce pays s'implante peu à peu en rachetant des groupes français en difficulté, comme l'équipementier GMD. Il acquiert ainsi des brevets et une technologie, ça pose un problème de souveraineté industrielle.

Demain, construira-t-on encore des véhicules en France ?

On pourrait malheureusement imaginer que Renault garde juste une usine terminale en France, par exemple à Douai (Nord), et une pour les petits fourgons, à Sandouville (Seine-Maritime) ou Maubeuge (Nord). Ils ont assez de moyens de production à l'étranger. Mais, même si on assemblait deux millions de véhicules sur le territoire ­national [1,5 million en 2025, NDLR], sans équipementiers, pourrait-on encore parler d'une industrie automobile française ?

Et en Europe, quelle est la situation ?

Il faut une harmonisation européenne des droits des travailleurs, des salaires et des conditions de travail. Sinon, le dumping social se poursuivra. Pour une industrie forte, il faut aussi garder notre sidérurgie, sans quoi il n'y a pas d'automobiles.

L'électrique est-il sur le point de remplacer le thermique ?

L'électrique ne peut être l'unique solution. Nous n'avons aucun problème avec l'objectif environnemental, mais quand on voit que la Dacia Spring [électrique, dont le constructeur vient d'annoncer, le 21 juin, le rapatriement en Europe, NDLR] est faite en Chine, un des pays les plus pollueurs, et qu'elle arrive chez nous par conteneurs… Avec Réseau Action Climat et Greenpeace, nous défendons l'idée d'un véhicule électrique accessible, produit en France. L'hybridation peut être un compromis pour aller vers l'électrique, mais pas d'ici à 2035, c'est beaucoup trop tôt.

Quel projet global défendez-vous ?

Dans le monde rural, les gares ferment et les transports collectifs sont quasi inexistants : on aura donc encore longtemps besoin d'automobiles. Mais un SUV de 2,5 t, même électrique, ce n'est pas écologique. On pourrait avoir un petit véhicule électrique au quotidien et faire appel, pour les longs trajets, à un parc de location public, qui proposerait des véhicules plus confortables, avec davantage d'autonomie.